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Baudelaire, Charles
Le Vin des Chiffonniers.
[Manuscrit autographe signé].

(Entre 1843 et 1848). 
EXTREMELY PRECIOUS MANUSCRIPT, OFFERED BY BAUDELAIRE TO HONORÉ DAUMIER.
Estimate
100,000150,000
LOT SOLD. 168,000 EUR
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Baudelaire, Charles
Le Vin des Chiffonniers.
[Manuscrit autographe signé].

(Entre 1843 et 1848). 
EXTREMELY PRECIOUS MANUSCRIPT, OFFERED BY BAUDELAIRE TO HONORÉ DAUMIER.
Estimate
100,000150,000
LOT SOLD. 168,000 EUR
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Details & Cataloguing

100 Books, Manuscripts, Documents and Objects from the Pierre Leroy Collection

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Paris

Baudelaire, Charles
Le Vin des Chiffonniers.
[Manuscrit autographe signé].

(Entre 1843 et 1848). 
EXTREMELY PRECIOUS MANUSCRIPT, OFFERED BY BAUDELAIRE TO HONORÉ DAUMIER.

32 vers sur une page et demie in-4, 273 x 210 mm, au crayon sur un double feuillet de papier vélin fin teinté. Signature à la fin : « Charles Baudelaire ». Une correction. 
Marques de pliures, légères fentes en bordures, ancien montage sur onglet.


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Provenance

Honoré Daumier (don du poète).
Robert de Montesquiou (monogramme en rouge, Vente avril 1923, n° 115).
Armand Godoy (Vente Paris-Drouot, 1988, n°4, reproduction de la première page).

Literature

Ce poème autographe a été publié en fac-similé dans la Revue de l’Amérique Latine (juillet 1924) puis dans Le Manuscrit autographe, numéro spécial consacré à Charles Baudelaire, Paris, Blaizot, 1927 (p. 6). Cette version a été publiée intégralement par Claude Pichois, dans les notes de l’édition de la Pléiade, Œuvres complètes de Charles Baudelaire (tome I, pp. 1049-1050).
Quant aux deux autres manuscrits recensés, tous deux en 24 vers, l’un appartient au fonds Smith-Lesouëf de la B.N.F., l’autre est en mains privées.

Catalogue Note

Très précieux manuscrit de ce célèbre poème des Fleurs du Mal [Le Vin : XCIV (1857)]. Il présente des variantes considérables avec la version définitive publiée de même que les autres versions manuscrites connues, tel le second manuscrit s’intitulant "L’Ivresse des Chiffonniers" et ne contenant que 24 vers. Le poème, de plus, ne se présente pas ici divisé en quatrains, comme dans la version publiée dans Les Fleurs du Mal ; il n’a en commun avec cette version imprimée qu’un seul vers demeuré inchangé; le seizième : « Moulus par le travail et tourmentés par l’âge » qui se retrouve en deuxième vers de la quatrième strophe de la version définitive. Tous les autres vers  présentent des variantes et la construction du poème lui-même varie.

Version du présent manuscrit :
Au fond de ces quartiers sombres et tortueux,
Où vivent par milliers des ménages frileux,
Parfois, à la clarté sombre des réverbères,
Que le vent de la nuit tourmente dans leurs verres,
On voit un chiffonnier qui revient de travers,
Se cognant, se heurtant, comme un faiseur de vers,
Et libre, sans souci des patrouilles funèbres,
Seul épanche son âme au milieu des ténèbres. (…)

Version des Fleurs du Mal (1857) :
Souvent, à la clarté rouge d’un réverbère
Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre,
Au cœur d’un vieux faubourg, labyrinthe fangeux
Où l’humanité grouille en ferments orageux,
On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête,
Butant, et se cognant aux murs comme un poète,
Et sans prendre souci des mouchards, ses sujets,
Épanche tout son cœur en glorieux projets. (…)

Claude Pichois a recensé trois versions manuscrites, toutes trois différentes, de ce poème.  Deux de ces manuscrits sont en 24 vers, tandis que le présent en comporte 32. Pichois le citait en premier  dans son étude de la Pléiade : « La signature du manuscrit (…) n’est pas utilisée par Baudelaire avant 1848, date à laquelle, par son graphisme, ce manuscrit ne peut pas être antérieur. [Il] peut très bien être une copie d’un manuscrit qui remonterait à 1843. En effet, ce manuscrit a été retrouvé dans les papiers de Daumier par le critique d’art Arsène Alexandre qui en fit don au poète Robert de Montesquiou. Celui-ci le joignit, avec un manuscrit du Monstre à l’exemplaire des Paradis artificiels sur petit papier qu’il avait acquis à la vente Goncourt. (…) depuis lors, le manuscrit (…) a été séparé de l’exemplaire. (…) Il y a lieu de retenir que le manuscrit a été donné par Baudelaire à Daumier. Comme c’est surtout entre 1841 et 1844 que Daumier a représenté les chiffonniers, on peut penser que Baudelaire, écrivant son poème après la rencontre du « Général », l’aura composé en 1843 et remis en 1848 ou plus tard à l’artiste, à la fois comme un hommage et comme le signe d’une différence : rares sont les chiffonniers de Daumier vraiment ivres. Quelques imperfections de cette première version ne sont pas pour faire récuser une date ancienne. »  Pichois indique d’autre part qu’il existe six versions imprimées. Le poète en effet retravaillait constamment, avec la plus grande méticulosité non seulement ses manuscrits successifs mais les épreuves qui lui étaient envoyées avant impression.

Ce manuscrit d’une « date ancienne » permet de suivre, vers après vers, tout le remodelage qu’a subi le poème à partir d’une version déjà aboutie et très forte. Les manuscrits des poèmes de Baudelaire étant extrêmement rares, toute cette mise en œuvre progressive au cours de laquelle apparaît la beauté formelle tant recherchée, est, la plupart du temps, restée ignorée dans son évolution. Un exemple pur en est ici donné, avec le célèbre troisième vers du poème, ainsi rédigé dans le présent manuscrit « Parfois à la clarté sombre des réverbères »  qui est devenu dans la version définitive « Souvent à la clarté rouge d’un réverbère ».
Le thème du vin revêt une importance essentielle dans la poétique baudelairienne ; il est présent tout au long de la vie et de l’œuvre du poète. « Le Vin » forme une des dernières sections des Fleurs du Mal (avec cinq poèmes : "L’Âme du vin", "Le Vin des Chiffonniers", "Le Vin des Assassins", "Le Vin des Amants") et occupe la première section narrative des Paradis artificiels – Vin et haschich ; "Enivrez-vous"  est le titre d'un poème en prose ; enfin, Baudelaire projeta un scénario de pièce de théâtre intitulé L’Ivrogne. La figure du « chiffonnier » permet à Baudelaire de composer un des grands avatars métaphoriques du poète.

Les manuscrits des grands poèmes des Fleurs du mal sont de la plus insigne rareté, bien plus rares sur le marché que les poèmes d’Arthur Rimbaud.

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