View full screen - View 1 of Lot 177. Westwego. Poèmes. 1922. Rel. Jean de Gonet. Exemplaire de Marcel PROUST, avec envoi.
177

Soupault, Philippe

Westwego. Poèmes. 1922. Rel. Jean de Gonet. Exemplaire de Marcel PROUST, avec envoi

Artist's Resale Right

Estimate:

7,000

to
- 10,000 EUR

Soupault, Philippe

Soupault, Philippe

Westwego. Poèmes. 1922. Rel. Jean de Gonet. Exemplaire de Marcel PROUST, avec envoi

Westwego. Poèmes. 1922. Rel. Jean de Gonet. Exemplaire de Marcel PROUST, avec envoi

Estimate:

7,000

to
- 10,000 EUR

Lot sold:

10,080

EUR

Soupault, Philippe


Westwego. Poème. 1917-1922.

Paris, Éditions de la Librairie Six, 1922.


In-8 (235 x 165 mm). Plats rigides en médium vernis et cuirs faux-tressé rouge et olive disposés selon un schéma en biais ; quatre rivets d’ébène ponctuent la bordure des peaux, couture sur deux lanières de nubuck noir, doublure de nubuck rouge, gardes de papier noir, couverture, étui à dos de veau rouge (J. de Gonet, 2005).

Petite tache en pied du premier plat.


EXCEPTIONNEL ENVOI D’UN DES FONDATEURS DU SURRÉALISME À MARCEL PROUST.

DANS UNE RELIURE EN BIAIS DE JEAN DE GONET.


Édition originale tirée à 318 exemplaires. Elle est illustrée de deux empreintes de la main de l’auteur.


Un des 300 exemplaires sur papier vergé du tirage courant.


Envoi autographe signé, inédit, sur une page de garde :

"À Marcel Proust

'il est inépuisable le vocabulaire

de l’hypocrisie et de l’injustice'

Les images des grands persécutés

resplendissent.

Mes respectueuses amitiés

Philippe Soupault".


La citation de cet envoi est extraite de De l’esprit de conquête et de l'usurpation de Benjamin Constant. Soupault considérait-il Marcel Proust comme un "grand persécuté" ?


Le jeune Philippe Soupault avait rencontré Proust à Cabourg en 1913, ainsi qu’il le raconte longuement dans Profils perdus (1963 ; voir ci-dessous). Soupault ne le savait pas écrivain alors, ni qu'il rédigeait À la recherche du temps perdu, mais attiré par l’étrangeté du personnage, il avait tenu à faire sa connaissance. Sur la terrasse du Grand Hôtel, Proust lui adressa la parole "parce qu’il avait appris que j’étais le fils d’une de ses jeunes filles en fleurs". 

Plus tard, en 1919, Proust recevra de la part de Breton et de Soupault un exemplaire des Champs Magnétiques (voir https://www.sothebys.com/en/auctions/ecatalogue/2018/livres-et-manuscrits-pf1803/lot.186.html et Corr., XIX, n° 218).


Westwego, l’un des plus beaux poèmes de l’auteur, est achevé d’imprimer le 31 mars 1922, quelques mois avant la mort de Proust. On ne sait ce que ce poème plein de charme et d’images inventives d’un réalisme décalé, sur un thème classique traité avec toute la spontanéité apportée par le surréalisme, put évoquer à l’auteur de Swann, mais il fut sans doute particulièrement sensible à ces vers : "Ma mémoire ne me quittait pas d’une semelle. / Ma mémoire me suivait comme un petit chien".


Jean de Gonet, jouant avec les codes de la reliure, reprend le modèle des "demi-reliures à coins" en déplaçant un des coins extérieurs, habituellement ainsi renforcé, pour le placer près du dos. Jouant également avec les matériaux, il mêle un médium à un maroquin, qu’il travaille d’un motif tressé.


Référence : Fr. Schuerewegen, "Quelques progrès dans l'étude du dadaïsme proustien", in Introduction à la méthode postextuelle, l'exemple proustien, Garnier, 2012 (p. 163-180).

Petite tache en pied du premier plat.

 

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Dans Profils perdus (1963), Philippe Soupault relate ainsi sa rencontre avec Marcel Proust vers 1913 :
"J’ai toujours aimé les gens que l’on qualifie d’extravagants. Dès mon enfance quand j’avais le plaisir de rencontrer des femmes et des hommes qu’on traite d’individus bizarres, je ne pouvais m’empêcher de leur adresser la parole alors que mes contemporains les évitent et les fuient. [...]
C’est à la même époque que je rencontrai pendant mes vacances à Cabourg un homme dont l’étrangeté m’attira et je voulus, selon ma coutume, faire sa connaissance. Un de mes amis, plus âgé que moi, me présenta à cet homme qui se promenait parfois le soir dans les salles du casino. Il se nommait Marcel Proust. J’éprouvais la même stupéfaction et la même sympathie que pour mon étrange amie du VIIIe arrondissement.
Marcel Proust réussit toujours à m’étonner. Vers six heures du soir, au coucher du soleil, on apportait sur la terrasse du grand hôtel de Cabourg un fauteuil de rotin. Pendant quelques minutes, ce fauteuil restait vide. Le "personnel" attendait. Puis Marcel Proust s’approchait lentement, une ombrelle à la main. Il guettait sur le seuil de la porte vitrée la tombée de la nuit. Lorsqu’ils passaient près de son fauteuil, les grooms se parlaient par signes comme les sourds-muets. Puis les amis de Proust s’approchaient. Ils parlaient d’abord du temps et de la température. À cette époque – c’était en 1913 – Marcel Proust craignait ou semblait craindre le soleil. Mais c’est le bruit surtout qui lui faisait horreur.
Tous les habitants de l’hôtel racontaient que M. Proust avait loué cinq chambres au prix fort. L’une pour y habiter, les quatre autres pour y "enfermer" le silence.
Quand, fasciné, je m’approchais de lui pour le regarder, il m’adressait la parole parce qu’il avait appris que j’étais le fils d’une de ses jeunes filles en fleurs. Il me parlait souvent d’un cours de danse qui se donnait dans un appartement de la rue de Ville-l’Évêque.
– C’est là que j’ai rencontré votre mère, votre tante, elle s’appelait Louise, n’est-ce pas? Je vois ses yeux, les seuls dont on pouvait dire qu’ils étaient violets.
Il parlait beaucoup de sa jeunesse, des coïncidences, des rencontres, des regrets. Son sourire était jeune, ses yeux profonds, son regard las, ses gestes lents. Bien sûr, j’ignorais qu’il écrivait. Il ne parlait jamais de son œuvre. C’est pourtant à cette époque qu’il écrivait À la recherche du temps perdu. Personne d’ailleurs ne semblait s’en douter. Il posait cependant beaucoup de questions. Je ne me souviens malheureusement que de quelques-unes. Elles me paraissaient puériles. Ainsi : À quelle époque exactement, demandait-il, à un garçon de café, fleurissent les cerisiers dans les vergers de Cabourg, pas les pommiers, les cerisiers ?
Un autre jour il fit venir un des cuisiniers de l’hôtel pour lui demander la recette des soles à la Mornay. Le cuisinier la récita. Marcel Proust lui glissa un billet de banque. Et le cuisinier empochant le pourboire partit en murmurant : "C’est trop, c’est trop !" Un autre jour il demanda quelle marque de cigares fumait le Prince de Galles qui était devenu Edouard VII. Qu’appelle-t-on un chapeau Cronstadt ?
Je n’en revenais pas. Je l’écoutais bouche bée.
Parfois on le retrouvait assis devant une grande table. Il offrait à ceux qui l’approchaient une coupe de champagne. Quand il réclamait des cigares pour ses amis, on savait que c’était le signal de son départ.
– Excusez-moi, disait-il, la fumée du cigare me fait tousser…
Et il se levait. Il semblait avoir hâte de retrouver sa chambre et le silence.
Je ne le revis que quelques années plus tard, après la guerre. Je savais qu’il était un écrivain puisqu’il avait eu la gentillesse de m’envoyer Du côté de chez Swann. On commençait à parler de lui. Mais il sortait de moins en moins. Je l’aperçus une nuit au Bœuf sur le Toit. Il avait terriblement changé. J’allai le saluer et m’assis en face de lui. Il était fiévreux, anxieux même. Il parlait à voix basse. Il me demanda si j’étais retourné à Cabourg. Petite tirade sur Cabourg. Mais il avait l’air si fatigué que je n’insistai pas. Il se retira sur la pointe des pieds.
Quelques mois plus tard, je lui envoyai les Champs magnétiques qui venaient de paraître. J’habitais à cette époque dans l’île Saint-Louis, quai Bourbon, tout près de ses amis Bibesco. Un soir, à huit heures, on sonna à ma porte. Un chauffeur me demanda si j’accepterais de venir parler à M. Marcel Proust qui attendait dans sa voiture devant ma porte. J’acceptai, bien sûr. Pourtant, j’habitais à l’entresol. Qu’importe.
Marcel Proust, emmitouflé, était assis dans le fond d’un taxi. On voyait briller ses yeux, comme ceux d’un hibou. Il me remercia longuement, trop longuement à mon gré, d’avoir bien voulu me déranger.
– Je viens de chez les Bibesco qui sont vos voisins.
Il n’aurait pas voulu passer devant ma porte, me précisa-t-il, sans me remercier pour l’envoi d’un livre "capital" (Marcel Proust n’hésitait pas à employer les superlatifs).
– Je suis si fatigué que je ne puis vous remercier très longuement comme je le devrais et comme je n’étais pas sûr de vous trouver je vous ai écrit une lettre. La voici.
Il ferma soudain les yeux. Il paraissait épuisé. Jouait-il la comédie ? Je ne le crois pas. Je le remerciai et pris congé. Il avait, une fois de plus, réussi à m’étonner. Son extrême politesse, excessive, était peut-être de l’insolence.
Je voulus à mon tour le remercier de l’envoi d’un de ses livres mais il me fit dire par son chauffeur qu’il était trop fatigué pour recevoir mais qu’il me ferait signe un soir si je ne craignais pas de sortir après minuit.
Je crus, et ne fus pas le seul, qu’il se cachait et qu’il refusait de revoir ceux qui auraient pu lui rappeler des souvenirs dont il n’avait plus l’usage. En vérité, et je le compris aisément, il avait hâte de finir son œuvre qui d’ailleurs ne fut jamais finie bien qu’il ait cru nécessaire d’écrire le mot fin au bas d’une des feuilles de son manuscrit."
(Ce texte a été retravaillé par Soupault d'après celui de 1923, pour Hommage à Marcel Proust publié par la N.R.F. après la mort de l'écrivain. Voir : https://www.sothebys.com/zh/auctions/ecatalogue/2007/100-books-manuscripts-documents-and-objects-from-the-pierre-leroy-collection-pf7025/lot.87.html).