
Important ensemble de 33 lettres signées à Thomas Perrenot de Chantonnay, son ambassadeur en France. Laredo, Valladolid, Toledo, Madrid, 1559-1561.
Lot Closed
June 27, 12:18 PM GMT
Estimate
15,000 - 20,000 EUR
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Description
Philippe II d'Espagne
Importante réunion de 33 lettres signées à Thomas Perrenot de Chantonnay, son ambassadeur en France.
Laredo, Valladolid, Toledo, Madrid, 22 août 1559-14 avril 1561.
86 pages in-folio (310 x 218 mm). Signées "Yo el Rey". En espagnol, deux en partie chiffrées et une en français, La plupart des lettres sont contresignées par Gonzalo Perez, secrétaire de Philippe II. Encre brune sur papier. Suscription "Por el Rey / A Mosr de Chantone [ou Xantone] del su Consuelo y su embaxador en Francia". Cachets plaqués sous papier.
Quelques mois après la paix du Cateau-Cambrésis, les relations entre l’Espagne et la France prennent une nouvelle tournure. Les deux royaumes s’unissent pour lutter contre l’hérésie protestante. Malgré leurs divergences, le fils de Charles Quint entend gagner la confiance de Catherine de Médicis.
C’est peu de temps après la signature du Cateau-Cambrésis (3 avril 1559) et le mariage par procuration de Philippe II avec Élisabeth de France, fille d’Henri II et de Catherine de Médicis (22 juin 1559), et seulement un peu plus d’un mois après la mort d’Henri II (10 juillet 1559) que débute cette correspondance. Les relations entre l'Espagne et la France sont enfin apaisées et le mariage de Philippe II scelle la réconciliation des deux royaumes. Le traité de 1559 stipulait la restitution à la France de plusieurs villes. Cependant Marguerite de Parme, demi-sœur de Philippe II et gouvernante des Pays-Bas, émit de sérieuses réticences.
Dans une lettre en français, écrite de Tolède le 26 décembre 1559 et contresignée par Josse Courteville, le roi d’Espagne évoque la plainte de Sébastien de L’Aubespine, évêque de Limoges et ambassadeur de France en Espagne. La duchesse de Parme n'accepte de rendre Le Catelet qu’après la restitution par les Français de certains lieux et villages du "coste de Luxembourg". Elle souhaite également que Saint-Quentin et Ham lui soient rendues. "[… ] Levesque de Lymoges lambassadeur du Roy de France […] nous est venu faire une grande doleance de ce que […] la duchesse de Parme auroit differe la restitution du Chastelet [Le Catelet]". Quelques jours plus tard, le 28 décembre, Philippe II lui fera entendre raison (voir M. Gachard, La Correspondance de Marguerite d’Autriche, duchesse de Parme, avec Philippe II, Bruxelles, Muquardt, 1867, tome I, p. 85, lettre n° XVIII).
Après la mort de François II, en décembre 1560, Charles IX, âgé de dix ans, lui succède et Catherine de Médicis assure la régence. Philippe II entend gagner la confiance de sa redoutable belle-mère qui se révèle être une adversaire rusée dont la politique ne s’accorde pas toujours avec la sienne. Son ambassadeur en France est alors son principal atout. Il diligente Thomas Perrenot de Chantonnay (1521-1571), jeune frère du cardinal de Granvelle, qui occupera cette charge jusqu’en 1564. "L’arrivée de Chantonnay à la cour de France marque le rétablissement de relations pacifiées de part et d’autre des Pyrénées. Le nouvel ambassadeur espagnol se doit, dès lors, de participer à la réconciliation entre Valois et Habsbourg. Avec lui se remettent également en place les structures et les moyens d’action de la représentation du monarque espagnol. Au sommet de ce personnel, les secrétaires des lettres espagnoles et françaises secondent le diplomate. En outre, l’envoi d’émissaires extraordinaires, dont Philippe II intensifie l’usage, constitue un secours régulier au diplomate espagnol dans de nombreuses négociations" (J.-B. Vaisman, La correspondance de Thomas Perrenot de Chantonnay, ambassadeur espagnol à la cour de France (1559–1564). L’acculturation politique d’un diplomate franc-comtois, thèse soutenue à l’École des Chartes, 2012).
Ces lettres, foisonnant de détails, révèlent comment le roi d’Espagne défend son point de vue.
Le 28 janvier 1560, le roi évoque l'arrivée d'Élisabeth de Valois en Espagne et son prochain mariage qui doit être célébré à Guadalajara. "La Reina mi mujer entra hoy en Guadalajara muy buena a Dios gracias, y yo me partiré de aquí mañana a Alca , y en Ilegando a Guadaljara se celebrará n[uest]ro casamiento […]" (28 janvier 1560).
Le 4 mars de la même année : " […] al dicho Caldeyra en lo que ay hiere de negociar, para que sea bien y brevemente despachado : que en ello me hareis accepto plazer y servicio. Y porque el medio del cardenal de Lorena sera muy util […]".
Il évoque la fièvre de son fils Don Carlos et le comte Egmont. Ce dernier sera exécuté par les Espagnols.
L'une des questions politiques les plus cruciales est alors celle de la succession au trône d’Angleterre. Marie, reine d'Écosse, revendique âprement le trône d'Elizabeth Ire et la France envoie des troupes en Écosse pour la soutenir.
Si la politique espagnole officielle penche pour un règlement pacifiste, ces lettres montrent que Philippe II ne tenait pas à rester sur la touche.
16 avril 1560 : "[..] que la Reyna de Inglaterra avia afloxado enlab provisiones que avia començado a hazer por la parte de Escosia. Y lo que abimismo respondio al Embaxor del Rey Chrmo mostrando no querer comper, sino tener con el Guena paz a amistad, nos ha aliviado en parte el cuydado que teniamos delo alli auria succedido, por que passandoje adelante en aquello, no podria dexar de açenderse un nuevo fuego en la chritiandad […]."
La lettre du 24 juin 1560 relate la conversation que le duc d'Albe eut avec Sébastien de L’Aubespine, au cours de laquelle le duc affirme que les revendications de la France sont excessives. "De mas desto dixo el duque al dicho obispo de Limoges, que como ania entendido, que el Rey su amo hazia gran preparacion de gente de guerra, mucho mayor que hasta aqui sele ania dicho de mi parte que podia embiar en Escosia sin causar sospecha alos vezinos, le queria advertir de mi parte (como tambien vosotros lo dixiades, ay a su amo) que si por ventura pensana hazer diversion en Inglaterra o en alguna de las yslas de aquel reyno, tuviesse entendido, y por muy cierto, que yo en ninguna manera lo podria sufrir, ni dar lugar a que ponga pie en ninguna de aquella partes, por las razones ya tanta vezes se le anian dicho […]."
Quelques mois plus tard, les avertissements deviennent plus pressants et Chantonnay est chargé de nier toutes les rumeurs selon lesquelles Philippe II lui-même envisage d'envoyer des troupes en Angleterre et de prévenir le roi des conséquences de l'envoi de forces françaises sans le consentement du souverain espagnol.
Une autre préoccupation majeure du roi d'Espagne est l’application du concile de Trente à laquelle il s’attelle avec Pie IV. La France s’y oppose fermement, souhaitant un concile purement français.
4 novembre 1560 : "[…] Vos tengais la mano con el Rey, con la Reyna, y con el [Cardenal] de Lorrena, y [Mossiur] de Guisa, assi para que se encamine la apercion del concilio general, como en que se estorue el nacional, que esto ha de ser el presupuesto y fin principal que se ha de tener en este negocio, para remediar el daño desse Reyno por que delo de Alemania, si dios no pone muy deveras la mano en ello, se puede temer, por estar tan obstinados los protestantes y desviados, [que] ningun genero de concilio, que sea en la forma acostumbrada, y que la yglesia alumbrada por el Spiritu Sancto suele tener, les contentaria […]."
Les minutes de plusieurs de ces lettres sont conservées aux Archives générales de Simancas et ont été publiées (Archivo Documental Espanol Publicado Por la Real Academia De La Historia, I, Negociacione con Francia, Madrid, 1950), voir lettres n° 69 (28 janvier 1560), n° 84 (4 mars 1560), n° 102 ( 16 avril 1560, en partie codée), n° 104 (16 avril 1560), n° 110 (12 mai 1560), n° 115 (6 juin 1560), n° 117 (23 juin 1560), n° 131 (31 août 1560), n° 153 (24 septembre 1560), n° 177 (4 novembre 1560), n° 201 (4 janvier 1560), n° 217 (22 janvier 1560), n° 233 (14 février 1561), n° 253 (17 mars 1561), n° 256 (23 mars 1561) et n° 274 (14 avril 1561).
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