View full screen - View 1 of Lot 130. Carte postale illustrée à Mme Anatole Catusse (1905), envoyée de la clinique où il est reclus.

XXe siècle (lots 51 à 142)

Proust, Marcel

Carte postale illustrée à Mme Anatole Catusse (1905), envoyée de la clinique où il est reclus

Lot Closed

March 1, 03:09 PM GMT

Estimate

800 - 1,200 EUR

Lot Details

Description

XXe siècle (lots 51 à 142)


Proust, Marcel

Carte postale illustrée à Mme Anatole Catusse.

3 janvier 1906.


Carte postale illustrée (Billancourt-Le sanatorium), signée "Marcel Proust", cachet de la poste du 3 janvier 1906. Adresse autographe de sa correspondante au "236 boulevard St Germain".


Rare missive envoyée de la clinique où, après la mort de sa mère, il suit un "traitement psychologique".


Tendre message à "la plus grande confidente et conseillère" de la mère de Marcel (G. Henrot, in Dictionnaire Marcel Proust, p. 198) qui, à la mort de celle-ci, deviendra tout à la fois pour Marcel un "substitut maternel" (ibid.) et une amie. De la clinique où "il lui est défendu d'écrire" (J-Y. Tadié, Marcel Proust, Biographie, I, p. 782-783), Proust écrira tout de même cette rare carte à l'amie de sa mère :


"Madame,

Je vous envoie mes pensées bien profondes, de la maison de santé où vous savez que je suis depuis un mois et demi.

Votre respectueux ami de tout son cœur.

Marcel Proust".


Épuisé par la traduction de Sésame et les Lys, traumatisé par la mort de sa mère, survenue le 26 septembre 1905, après celle de son père en 1903, Marcel Proust se résout à tenter de soigner son état maladif, comme il l'avait promis avec sa mère ("voulant faire ce que Maman aurait aimé"). S'il espère d'abord que le docteur Sollier accepte de le soigner à domicile, sans isolement, sans quitter son appartement (Corr. V, p. 373), il est contraint d'entrer dans la clinique de ce médecin pour suivre un "traitement psychologique" (Corr., VIII, p. 107). La thérapie par isolement, durant six semaines, de décembre 1905 à fin janvier 1906, dans la clinique de Boulogne-Billancourt, n’eut pas les effets escomptés pour Proust, "qui avait horreur d’un nouveau logis" et qui était "resté complètement inadapté, presque hostile à cette méthode" (J. Yoshida). Proust laissa entendre que la cure n’avait été qu'une simple "mise à l’isolement", qu’elle lui avait fait "le plus grand mal" et il dépeindra Sollier comme un individu obtus, incapable de pénétrer les théories spiritualistes de Bergson (Corr. VIII, p. 106).


Le docteur Paul Sollier (1861-1938), élève de Bourneville et de Charcot à la Salpêtrière, avait ouvert en 1894 une clinique spécialisée dans la psychothérapie destinée aux névropathes, c’est-à-dire souffrant de la maladie des nerfs. Spécialiste de l’hystérie et de l’idiotie, il fut un des pionniers de l’étude des phénomènes liés à la mémoire (Les Troubles de la mémoire), expliquant par exemple, à partir des blessés de la Grande Guerre, l’organicité de certaines lésions mentales. La thérapie de Sollier recourait à la "reviviscence", visant à réveiller un vécu enfoui : "c’est non seulement l’apparition dans la conscience d’une image, d’une impression ancienne, mais avec une telle netteté, et de plus accompagnée de la reproduction si précise et intense de tout l’état de personnalité du sujet au moment de l’impression première, que ce sujet croit de nouveau traverser les mêmes événements qu’autrefois" (L’Hystérie et son traitement, 1901).


La clinique du docteur Sollier a été transposée dans Le Temps retrouvé, et constitue une longue ellipse de plusieurs années dans la narration durant laquelle, pour se soigner d’un "état maladif", le narrateur doit "rompre avec la société" et aller se soigner dans une "maison de santé" (Corr. IV, p. 301). Dans le roman comme dans la vie, cette cure précède le moment où le narrateur décide d’écrire.

J. Bougosslavsky et Walusinski, "Marcel Proust and Paul Sollier: the involuntary memory connection", in Schweitzer Archiv für Neurologie und Psychiatrie, avril 2009 – "A la recherche du neuropsychiatre perdu : Paul Sollier (1861-1933)", in Revue Neurologique FMC, 2008 [en ligne].


E. Bizub, "Paul Sollier, le psychothérapeute de Proust", in Le Cercle de Marcel Proust, II, p. 173-187.