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Cohen, Albert

10 lettres autographes signées au sculpteur Joseph Constantinovsky, dit Constant. Genève 1952-1953. Très belle et rare correspondance.

No reserve

Lot Closed

June 27, 01:19 PM GMT

Estimate

2,000 - 3,000 EUR

Lot Details

Description

Cohen, Albert

10 lettres autographes signées à Joseph Constantinovsky, dit Constant.

Genève 1952-1953.


8 pages ½ in-4 (240 x 190 mm) et 3 pages in-8 (145 x 210 mm). 6 feuillets portant l’adresse à sec, du 5 rue Léman à Genève.

 

Très belle et rare correspondance, adressée à un ami, le sculpteur Joseph Constant.


"Le seul livre que j’ai vraiment envie d’écrire, c’est sur ma mère".


Avec un ensemble de manuscrits de Constant et de documents le concernant.


Albert Cohen évoque certaines des expositions de Constant, à Genève ou à Paris, son admiration pour son travail, mais aussi la présence à ses côtés de Bella Berkowich (qu'il épousera en 1955), sa relation avec sa fille Myriam, et son propre travail : de ses tentatives d’écrire à nouveau du théâtre jusqu’à l’achèvement du Livre de ma mère (publié en 1954).

 

26 mai 1952. Albert Cohen est parfois tenté de quitter Genève pour s’établir à Paris, "mais je n’aurai pas le cœur de le faire, sans Marianne [sa seconde épouse dont il a divorcé en 1947] et sans Myriam [fille de son premier mariage, née en 1921] à mes côtés".

Plusieurs lettres, à l’automne 1952, concernent une exposition de Constant à la galerie Motte. Cohen parle de Bella Berkowich, amie de sa fille Myriam et qu’il a connue à Londres durant la guerre : "Elle habite dans la même maison que moi et est ma voisine et mon ange gardien. […] Bella a signalé votre exposition à des amis, la veille (ou le jour) du vernissage, de ma part. J’étais trop démoli pour le faire moi-même". Il lui propose d’écrire un petit mot à Bella qui en serait ravie mais sans lui dire qu’il lui aura soufflé l’idée : "c’est un être moralement admirable".

Sa santé lui a permis de se rendre enfin à l’exposition de son ami : "c’était merveilleux, oui, merveilleux. Force, pureté, simplicité, noblesse, grandeur amour. […] J’ai tout aimé, tout admiré. J’ai été particulièrement impressionné par la formidable, magnifique panthère. Et j’ai une particulière tendresse pour deux petites sculptures : le chaton aveugle et le petit chiot". Il lui envoie des coupures de presse de La Tribune de Genève.

- "La pièce que j’écris fait mon tourment. Je n’en écrirai plus jamais d’autres. Le seul livre que j’ai vraiment envie d’écrire, c’est sur ma mère. J’ai hâte de finir cette pièce pour achever ce livre sur ma mère qui, lui, est un vrai besoin".


Ayant reçu un exemplaire dédicacé de La Cité des peintres [ouvrage paru en 1947 sous le nom de plume de Constant, Michel Matveev, décrivant la vie des artistes juifs russes à Montparnasse], il en fait un vibrant éloge : "Il y a longtemps que je n’ai pas dit d’un livre qu’il est génial […] Je vous le dis avec certitude, avec respect. Le livre est vrai tout le temps, ce qui est extraordinaire, ce que les autres livres ne sont pas. Ce livre, avec ce titre ‘malhabile’, est le plus terrible de tous les livres que j’ai lus. Et j’en ai lu beaucoup car j’ai presque soixante ans et les jeunes filles se lèvent dans l’autobus pour me laisser la place, ce qui ne m’a fait pas plaisir. Dans votre livre, il n’y a presque pas de phrase qui ne soit un couteau dans le cœur. Ça, c’est le génie".

Et dans la lettre suivante, datée du 13 octobre 1952, il l’encourage à écrire un autre livre : "Evidemment, on n’est pas plus heureux après avoir écrit un beau livre. Mais on est malheureux si on ne l’écrit pas". Il poursuit en avouant souffrir de l’éloignement de Myriam [qui réside alors aux États-Unis] auprès de qui il se voyait vieillir.

Au début de l’année 1953, il se décrit malade : "J’ai parfois l’impression d’être construit avec des petites plumes blanches à peine collées les unes aux autres et que le moindre vent disperse". Il donne des nouvelles de sa seconde épouse Marianne Goss (dont il a divorcé en 1947) qui vit à Londres et travaille toujours à la BBC : "J’ai l’impression que pour elle c’est maintenant la période la plus heureuse de sa vie qui n’a pas été heureuse depuis l’âge de 20 ans. Notre divorce n’aura donc pas été une erreur".

- 12 février 1953. En réponse à une lettre de Constant qui séjourne régulièrement en Israël et qui l’a probablement inciter à s’y rendre également : "Aller en Israel ? Peut-être plus tard. Mais ces ‘jeunes gens splendidement costauds et sauvages’ me laissent quelque peu indécis. J’aime mieux les Juifs". Il regrette toujours de n’avoir pas plus souvent de nouvelles de sa fille : "Je tâche de ne pas trop penser à certaines choses pour travailler. C’est bien. Je me réjouis de regarder ce que vous faites, d’aimer et de comprendre. Vous savez, n’est-ce pas, que vous êtes une de mes grandes admirations. Il n’y en a pas beaucoup".


La dernière lettre, non datée, évoque Le Livre de ma mère, enfin achevé. Cet hymne d'amour filial paraîtra chez Gallimard, en mars 1954. "Je viens de finir entièrement un livre sur ma mère morte, entièrement consacré à elle. C’est mon livre le plus vrai […] mon livre est la plus belle épitaphe d’un fils, non parce que je suis moi mais parce qu’elle était elle". Il ne lui reste plus qu’à le faire dactylographier. "J’avais achevé (presque) une pièce de théâtre et puis je l’ai abandonnée pour diverses raisons. Elle contenait pourtant de bonnes choses. Mais le théâtre n’est pas pour moi, je m’en suis rendu compte. On ne peut pas être entièrement soi-même. Il faut penser au public, à ses réactions, machiner, réfléchir, combiner, faire de la stratégie. Être habile, c’est déprimant. Quelqu’un qui sait terriblement qu’il va mourir à envie de dire ce qui est important pour lui'".

 

Né à Jaffa, Joseph Constantinovsky, dit Constant (1892-1969), entre à l’école des Beaux-arts d’Odessa en 1914, travaillant après la révolution de 1917 comme inspecteur des beaux-arts. Après la mort de son père et de son frère lors d’un pogrom en Ukraine, il quitte la Russie, séjourne en Palestine avant de s’installer à Paris avec sa femme Ida, exposant au Salon d'Automne, aux Indépendants ou au Salon des Tuileries. Il abandonne peu à peu la peinture pour la sculpture et écrit, directement en français, sous le pseudonyme de Michel Matveev, nouvelles et romans, inspirés s’inspirant des pérégrinations des Juifs russes. Après les années de guerre vécues dans la clandestinité, réfugié en Corrèze puis dans le Gers, il connaît le succès et devient un sculpteur animalier internationalement reconnu. À partir des années 1950, il partage son temps entre la France et Israël, installant un atelier à Ramat Gan, près de Tel Aviv.

 

[On joint :]

CONSTANT, Joseph.

- Manuscrits autographes. 66 p. in-4, à l’encre ou au crayon, avec quelques passages rédigés en russe et d’autres biffés, sur des feuillets de cahier d’écolier. Notes et brouillons de nouvelles.

- Documents imprimés ou dactylographiés : cartons d’invitation ; page dactylographiée "liste des Artistes Juifs, morts victimes des Boches de 1940-1945" ; poème dactylographié de Pierre Morhange, Berceuse à Auschwitz ; revues ou plaquettes imprimées : L’Egypte Nouvelle n° 38 (17 mars 1923), Les Cahiers d’Arts-Documents n° 54 consacré à Constant, n° 275 de la Nouvelle Revue Française (1er août 1936) où parut une critique d’Étrange famille, par Henri Calet, recueil de nouvelles signé Michel Matveev (prix des Deux-Magots en 1936) ; Les Artistes Russes de l’École de Paris, catalogue d’une rétrospective commémorative en Israël, 1989-1990.

4 tirages photographiques, représentant le sculpteur dans son atelier de Ramat Gan en Israël, dont une avec cachet du photographe au verso et une petite photographie ancienne (120 x 85 mm) [famille Constantinovsky ?].

Correspondance, 1930-1953 : 30 lettres à lui adressées, certaines à son nom d’écrivain, trois d’entre elles rédigées en russe. Lettres de proches, comme l’écrivain Boris Bouïeff, ou de relations professionnelles avec l’éditeur Gaston Gallimard, et huit lettres de Simone d’André [propriétaire du château du Bégué, dans le Gers, où Joseph Constant et sa femme Ida se réfugièrent pendant la guerre, comme des centaines de juifs russes accueillis par le comte et la comtesse d’André].

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