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XXe siècle ─ Lots 72 à 108

Pieyre de Mandiargues, André

Superbe correspondance amoureuse composée de 45 lettres ou cartes postales autographes signées et de 5 poèmes autographes signés, 1969-1975.

Lot Closed

December 18, 02:41 PM GMT

Estimate

7,000 - 10,000 EUR

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Lot Details

Description

Pieyre de Mandiargues, André

Correspondance amoureuse et poétique.

45 lettres ou cartes postales autographes signées et 5 poèmes autographes signés.

2 mai 1969–8 mai 1975.

 

75 pages de formats divers (de 270 x 210 à 90 x 114 mm), dont une douzaine avec collages, sur différents papiers, pelure, calque ou de couleurs, et aux encres également de teintes variées ; une enveloppe. Lettres et poèmes signés du prénom seul ou des initiales de l'auteur.

 

Magnifique correspondance à une gracieuse "corsaire".

 

En 1969, lors d’un vernissage dans une galerie de la rue Visconti à Paris, Pieyre de Mandiargues rencontre une étudiante en philosophie et en arts plastiques. À soixante ans, il tombe amoureux de cette jeune femme libre et indépendante.


Leurs quelques rencontres vont provoquer cette intense relation épistolaire, nourrie des fantasmes que Pieyre de Mandiargues porte à l'égard de la belle corsaire, filant la métaphore du monde des pirates. "Tes mots, tes mines, tes images, tes parfums et tes rires ne cessent de tirer à boulets rouges sur ma vieille coque, qui s’offre au bombardement avec autant de bonheur qu’elle espère l’abordage". "Que s’ouvrent toutes les fermetures-éclairs de ta belle coque, que tonnent tous les canons de ton corps et que les lourds et glorieux boulets de tes seins me réduisent en poudre !".

Fasciné autant par sa beauté que par la liberté de son esprit, elle remplit et exalte ses pensées. "Je suis encore assez surréaliste pour te faire observer [...] que dans LICENCE, il y a LIT et SENS... N'abuse pas trop, cependant, de l'un ni de l'autre. Et garde-moi, s’il se peut, dans une petite case de ta mémoire, jusqu’au beau jour ou à la belle nuit où j’espère que tu me permettras de te retrouver" (9 juillet 1969).

L’écrivain se laisse aller à des rêveries, imaginaires reconnaît-il, s’il pouvait l'avoir à sa merci : "Nue et mains liées derrière le dos j’enfermerais dans ma cabine la corsaire aux beaux yeux bleus, je la fouetterais peut-être un peu, pour sa cruauté, je porterais les mains partout sur sa beauté épanouie et j’userais d’elle et j’abuserais d’elle sans aucune réserve" (14 août 1969). Dans une lettre écrite à l’encre rouge sur des feuillets de papier rose, il évoque leur première rencontre rue Visconti : "je m’entête à t’écrire en rouge sur rose, dans le louable dessein de te montrer que la couleur de mes sentiments ne change pas [...] Il me semble bien que c’est dans la partie la plus étroite et la plus sombre de cette galerie que j’ai pour la première fois aperçu une splendide fille drapée dans les couleurs infâmes de l’Espagne franquiste et que j’ai ressenti le désir de dévoiler cette belle statue, et le désir me revient aussi fort que cette fois-là" (10 avril 1970).


Mandiargues encourage cette jeune amie dans ses projets professionnels, suggérant des idées de scénarii et lui demandant de se faire lire, entendre ou voir, sans se laisser faire par les industriels du cinéma, l’imaginant interpréter le rôle de Jeanne dans Le dernier Tango à Paris de Bertolucci, lui proposant une liste de pseudonymes pour sa carrière d’actrice. "Ce nom collera à toi comme Gracq sur Poirier et Eluard sur Grindel, et il faut qu’il te convienne et te plaise" (28 janvier 1971).

Il évoque également ses propres travaux, souvent avec humour lorsqu’il décrit un de ses séjours à Venise, mangeant poulpes et seiches avec leur encre "ce qui est une nourriture convenable aux écrivains" et observant une vieille tortue couverte de coquillages et de vermine qui lui a fait penser au général de Gaulle (28 juillet 1969). Il cite la monographie consacrée à Bona Tibertelli de Pisis (son épouse depuis 1950), un livre qu’il envisage de faire avec le sculpteur Berrocal, son recueil de poèmes Le Lièvre de la Lune ou encore sa pièce de théâtre Isabella Morra que Jean-Louis Barrault doit prochainement monter.

Et toujours, il la remercie d’exister, d’avoir rallumé "le vieux Vésuve, qui en avait besoin", demandant de ses nouvelles tendrement ("Il ne m’est pas souvent arrivé de rencontrer quelqu’un dont les traces soient aussi solides que les tiennes. Rien de toi ne s’efface"). La dernière lettre, datée de 1975, évoque tout son bonheur et son émotion de l’avoir revue, fraîche et radieuse.

 

Les images contrecollées sur certaines lettres et poèmes (illustrations de la Juliette de Sade, publicités avec figures de femmes conquérantes, vignettes érotiques...), tout comme le choix des cartes postales font écho, sans équivoque, aux aspirations érotiques de Mandiargues : on relève par exemple une vue de Venise ("Il faut passer le pont pour arriver à la chambre mais tous les pouvoirs te sont donnés par droit de licence "), un dessin de Victor Hugo intitulé Ma Destinée (une immense vague), le portrait de Mme Récamier par Gérard ("C’est pour les pieds nus qu’elle me plaît [...] Je suis aux tiens (de pieds) comme il sied"), une vue des Dolomites dont le décor le fait songer aux yeux d’une belle statue qu’il n’oublie pas, Léda par Michel-Ange, pour lui faire "signe", etc.

Un des cinq poèmes est titré Recuerdos Flamencos (12 vers) : "Ce sera pendant le sommeil / Qu’ivres du sang de ton beau corps / Les nobles poux su sacro monte". Les autres se composent de 8 à 19 vers, et deux sont illustrés d’un collage : "Ton ombre femme et ton reflet / Ne cessent pas de s’étreindre" (bronze de Tacca de deux femmes nues luttant contrecollée) et "Dans tes yeux pers le premier jour / Est une aurore incendiaire" (vignette représentant Charlotte Corday ayant assassiné Marat).

 

[On joint :]

Coupure de presse : article de Mandiargues sur Giuseppe Ungaretti, évoquant les splendides poèmes érotiques que ce "vieillard" a écrit pour une jeune maîtresse. 

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