
XXe siècle (lots 51 à 142)
Correspondance amoureuse avec Yvon Jeanclaude, 7 juin-25 décembre 1943, et manuscrits autographes.
Lot Closed
March 1, 02:59 PM GMT
Estimate
15,000 - 20,000 EUR
Lot Details
Description
XXe siècle (lots 51 à 142)
Piaf, Edith
37 lettres ou billets autographes signés au chanteur Yvon Jeanclaude.
[7 juin-25 décembre 1943].
100 pages in-4 ou in-8 (de 270 x 210 à 205 x 160 mm). Une des lettres est dictée, une autre écrite de sa part. 31 enveloppes. Signés "Edith".
"Approchez-vous, petit crétin, faites voir vos beaux yeux. Là c’est bien ; maintenant donnez-moi vos deux mains et je les mets là où j’aime tant !"
Superbe correspondance amoureuse, avec le manuscrit d'une chanson et diverses notes.
Édith Piaf rencontre Yvon Jeanclaude en décembre 1942. Il a 25 ans, elle 27. Elle n’est plus la "Môme Piaf" et mène une carrière de vedette. Elle engage ce jeune et beau chanteur à la voix de basse pour l'accompagner et vit avec lui une histoire d’amour de quelques mois, tout en poursuivant sa liaison avec le parolier Henri Contet. Les tourments et les reproches que cette situation entraîna inspira d’ailleurs à ce dernier une chanson explicite : Le Brun et le Blond, enregistrée par Piaf en 1943.
Dans ces lettres à l’orthographe incertaine dont la chanteuse moque elle-même ("on est prié de ne pas voir les fautes"), on découvre une Edith Piaf à la fois battante et déprimée, enjouée et triste, courageuse et fatiguée, donnant tout à son travail, et très amoureuse même si elle taquine souvent le jeune homme, lorsqu'il dit ne plus vouloir la partager avec Contet ou qu’il se présente dans un vilain costume vert.
Durant le mois de juin, elle écrit quotidiennement à son amant qui est parti se reposer et se soigner dans le Loiret, puis en Savoie. Les douze premières lettres sont numérotées par elle, et elle indique souvent les jours qui la séparent de son Jean-Claude, surnommé "petit papillon bleu", "tout petit lapin rose", "joli crétin", "doux cœur", "mon soir sans nuages", etc.
"Je voudrais avoir votre petite gueule contre moi, je voudrais que vous la mettiez contre mon épaule, et que vous restiez là tout le temps" (10 juin). "Approchez-vous, petit crétin, faites voir vos beaux yeux. Là c’est bien ; maintenant donnez-moi vos deux mains et je les mets là où j’aime tant ! bon assez de choses ‘malsaines’ comme dirait Asso" (2 juillet). "Vous me dites que j’en ai marre de vous, petit crétin chéri, idiot, mais êtes-vous devenu fou, je n’ai jamais pensé aussi fort à toi, comprendra tu une bonne fois pour toute que je t’aime" (6 octobre). "Ça fait du bien de sentir un sentiments pur et sincère parmi toutes cette pourriture"…
Elle se montre protectrice et ambitieuse pour le jeune chanteur : "je veux que mon petit Jeanclaude devienne une grande mais vraiment une grande vedette et je veux qu’il enterre tout le monde". "Je veux que ma petite gueule chérie fasse tout craquer dans les musics halls, et que son nom soit le plus grand, vous m’y aiderez et vous verrez comme vous serez heureux !". Elle écoute sans arrêt les chansons enregistrées par son amant, comme Lily Marlène et Donne-moi ton sourire.
Au milieu de ces déclarations d’amour, la guerre est cependant présente : "Ça bombarde drolement sur Paris, et vous savez je ne confond pas, ça n’est pas la d.c.a., c’est vraiment le tatatata de la mitrailleuse […] J’entends les avions qui survolent Paris, ça fait quand même une drole d’impression" (16 juin). Elle a sympathisé avec la sœur de son amant qu’elle trouve charmante et qui la fait marrer quand elle l'entend parler affaires [Annie Jeanclaude fut la maîtresse de Lafont, le chef de la Gestapo française]. Le lendemain 17 juin, elle a été emmenée par la police allemande et doit y retourner "pour prouver mon activité depuis le début de la guerre, on m’accuse d’un tas de choses […] ça fait quand même un drôle d’effet, surtout quand on a rien à se reprocher ! […] vraiment ce n’est pas marrant, c’est qu’ils voulaient m’arrêter sur le champ, j’en menai quand même pas large". Le lendemain, elle avoue avoir eu très peur "même quand on est inocent on n’a toujours du mal à se sortir de trucs pareil, enfin espérons que ça n’était qu’un cauchemar".
À la mi-août, elle est en tournée en Allemagne avec Charles Trenet, bientôt remplacé par Félix Paquet, un chic type lui, "ça change évidemment de certaines têtes de lard !". Si elle a trouvé belle la ville de Berlin, avec des gens sympathiques et d’autres moins, et qu’elle profite des pains et du bon beurre allemand, Piaf attend impatiemment de retrouver Paname : "Dieu que la France est belle et accueillante, malgré tous les défauts des Français, c’est encore le plus épatant", et bien sûr de revoir son petit gosse chéri, ses mains, ses cheveux noirs et sa voix si belle qui lui manquent tant.
"Je ne regrette pas d’être parti, si vous saviez la joie que l’on peut apporter à des pauvres gas qui attendent depuis si longtemps et aux ouvriers qui le méritent aux aussi […] Si vous saviez comme les ouvriers vous remercient, ça fait du bien de voir le cran et le moral qu’ils ont". Elle chante dans les camps de prisonniers : "ce sont des types épatant, ils ont un moral formidable, qu’est ce qu’ils peuvent nous rendre comme point, c’est vraiment beau de voir cela !". Elle poursuit ses démarches pour trouver des engagements à son amant, souhaitant par exemple lui offrir les droits d'une chanson qu'elle a écrite, Rue sans issue et dont il fera ce qu’il voudra. Elle compte le faire travailler avec elle, à l’ABC et en tournée, lui envoie de l’argent, le nom de personnes à contacter, se propose de lui faire signer un contrat d’exclusivité…
En tournée à Lille, au mois d’octobre suivant : "Les gens ici sont vraiment adorables, ils pigent d’une façon épatante, et j’en suis bien contente". Grand succès aussi à Bruxelles en novembre, à Marseille en décembre : "les Marseillais étaient déchainés, la musique avait beau réataquer, ils continuaient de gueuler ‘Edith Piaf’ j’ai du revenir", mais à Toulouse, elle doit essuyer une cabale organisée par quelques spectateurs qui ont ri et qui lui ont jeté des pièces pendant son tour de chant : "Pour la première fois depuis que je suis Edith Piaf, on n’a voulu me foutre en l’air"…
Au fil des lettres, on relève le nom de ses proches, de certains camarades, compositeurs et acteurs : sa demi-sœur Simone, sa secrétaire Andrée Bigard dite Dédé, André Claveau, Damia, Marjane, Henri Varna, Raymond Asso, Marguerite Monnot, Anne Chapelle, Paul Meurisse, Norbert Glanzberg, Madeleine Robinson, Robert Dalban, etc.
Ces pages pleines de vivacité témoignent aussi d’un côté sombre de l’artiste : elle a souvent le cafard, les tournées et ses problèmes de santé l’épuisent. Dans sa dernière lettre datée de Lyon le 25 décembre 1943, elle s’attriste des choses méchantes que lui écrit son ami, de ses reproches à propos d’Henri Conte, de ses lettres trop rares, aux lignes espacées : "le seul endroit ou vous les avez un peu serrez, c’est juste à la fin pour m’engueuler, c’est charment, mais vous aussi vous avez une drole de façon d’aimer ! […] Avouez quand [même] que pour un homme qui aime, vous avez de drole de façon d’agir, ne trouvez vous pas ? J’ai quand même un cafard noir et suis désolée de voir que je ne puis compter sur personnes, Dieu, pourvu qu’il ne m’arrive rien avant la mort de papa, que deviendrait-il ? […] Je suis si stupide par moment, trop sensible ! ça n’empêche pas que je vous aime quoique vous en pensiez et que je suis triste à pleurer".
Leur liaison s’achevait peu après, un chanteur chassant l’autre, Piaf s’éprenant quasi simultanément de Jean-Louis Jaubert, un des Compagnons de la Chanson, et d’Yves Montand.
L’ensemble est complété par deux cartes de vœux amicales, au même Jeanclaude. Carte illustrée avec enveloppe [13 janvier 1949] et carte de visite avec enveloppe [11 janvier 1952]. Plus deux télégrammes adressés à Yvon Jeanclaude [20 et 26 juin 1943].
[On joint :]
Ensemble de notes et de manuscrits autographes.
Edith Piaf, parolière.
Devant le ciel. Manuscrit autographe signé "Edith Piaf".
2 pages ½ petit in-4 (225 x 172 mm) sur un bifeuillet de cahier d’écolier.
Texte d’une chanson, en deux couplets et deux refrains, décrivant l’amour d’un homme pour une femme infidèle, dont le dernier refrain n’est pas sans évoquer le célébrissime Hymne à l’amour :
"La devant mes yeux tout s’illumine
Mon cœur s’anime
Il est plein d’amour
A son tour
Il peut bien neiger
Tout peut s’effondrer
Qu’importe l’hiver et l’été
Car devant mes yeux tout s’illumine […] Au fond de ses yeux
Brille un coin de cieux
Un coin qui sera toujours bleu".
Liste autographe de titres, au crayon, au verso de la dactylographie des paroles de Sous le métro, musique de Henry Bourtayre, dont la mélodie sera finalement composée par Marguerite Monnot, à l’intention d’Yvon Jeanclaude, mais qui semble n’avoir jamais été enregistrée. Sous le métro reprend quelques vers du manuscrit ci-dessus cité : "Y’avait le printemps qui courait dans la rue / Il se faufilait joyeux dans la cohue / Bousculant les gens avec l’air engageant"…
Notes autographes au verso du texte dactylographié de la chanson "Un monsieur me suit dans la rue que Piaf interpréta en 1944, au crayon et à l’encre. Ébauche pour une chanson d’amour :
"Si seulement il avait connu sa mère
Il aurait su qu’on aime autrement
Deux brouillons autographes :
"Je viens d’enterrer mon amour
Je viens d’enterrer mes beaux jours".
17 lignes à l’encre bleue au verso d’un fragment de partition. Sur l’autre demi-page, quelques notes également autographes, à propos de choses et d’achats à faire.
- "Dans ma vill’ y a des rues / y a des rues sans issue", 4 lignes, au crayon, au verso du texte dactylographié de la chanson Gramophone, paroles de Robert Malleron, musique de Joeguy.
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