
II. Livres XIX-XXIe siècles (lots 17-53)
Manuscrits autographes illustrés et lettres autographes signées à Henri Pichette. 1952-1961. À propos de "Nucléa".
Lot Closed
July 4, 12:23 PM GMT
Estimate
10,000 - 15,000 EUR
Lot Details
Description
Calder, Alexander
5 manuscrits autographes illustrés et 4 lettres autographes signées à Henri Pichette.
Paris, Roxbury ou Saché, 1952-1961.
15 pages (respectivement 6 et 9) in-4 (277 x 215 mm) dont 6 avec dessins, au crayon de papier ou de couleurs, et 4 enveloppes dont deux illustrées par Calder. Écrites principalement au pinceau.
Calder, scénographe.
Précieux ensemble à propos des décors de Nucléa, créé au TNP par Gérard Philipe en mai 1952.
Notes et instructions pour la scénographie mobile conçue par Calder, accompagnées de dessins originaux.
Sur le premier feuillet, Calder dessine un personnage manipulant à l’aide de fils des disques de toile, de différentes couleurs, précisant que le mouvement doit être lisse, "no jigghing". Et sur un second feuillet, il indique le tempo à respecter pour le déplacement des quatre disques.
Les deux dessins suivants représentent un personnage équipé d’une baguette en bambou attachée à la ceinture faisant se mouvoir un long et mince drapeau rouge, ainsi que le cadre de scène avec des fils de fer pour guider la trajectoire du décor. Une mention concerne la lumière, crépusculaire, qu’il convient de créer.
Un autre dessin figure le plateau "vu de derrière le rideau de fer" où l’on voit deux machinistes, cachés du public, manipulant les disques.
Le dernier feuillet semble dater des dernières répétitions alors que ces fameux disques ont été remplacés par des mobiles : "Si vous prenez les petits mobiles (rouge, etc.) comme avant, prenez tous que vous voulez mais ALLUMEZ LES [Calder souligne et entoure ces mots de multiples flèches rouges]. Les ‘Nuages’ étaient meilleurs le premier fois – descendants juste à la fin de d’acte I – Quand Gérard dit 'Nuit et jour, et jour et nuit'".
Après avoir monté Les Épiphanies, en 1947, première pièce de son ami le poète Henri Pichette, Gérard Philipe s’attaqua à Nucléa, texte poétique extrêmement novateur qu’il incarna au Palais de Chaillot aux côtés notamment de Jeanne Moreau, Jean Vilar, Monique Chaumette, Maurice Garrel, Françoise Spira, Charles Denner, entre autres, et d’une vingtaine de figurants présents sur scène. La musique, composée par Maurice Jarre, était pour la première fois diffusée en stéréo, et l’on fit appel à Calder, artiste à la renommée internationale, pour la scénographie. Créé le 3 mai 1952, reprise pendant le 6e festival d’Avignon, ce spectacle attira les critiques les plus contradictoires, ses partisans louant un lyrisme "explosif", une langue et une structure novatrices, ainsi que l’audace et l’ingéniosité de la mise en scène.
Lettres à Henri Pichette.
Les quatre lettres signées "Sandy", adressées à "Harry", évoquent une reprise de la pièce en 1953, les souvenirs qu’il a conservés de leur collaboration et de Gérard Philipe, ainsi que le documentaire à venir sur son cirque miniature, film réalisé par Carlos Vilardebó en 1961.
- [Roxbury] 4 février 1953 (3 p. in-4, enveloppe ornée d’un dessin de poisson au crayon de couleurs).
"Je trouve le dispositif très beau, et pour moi c’est comme une montagne et doit rester comme il est". Mais quelques modifications de couleurs pourraient être apportées : "bleu, ou blanc – j’allais dire jaune, mais ça pourrait nuire à l’amour… On peut parsemer le plateau de mobiles […] ─ Demande de Maeght et Lefebvre-Foinet ce qu’il y a ─ peut-être il y a le ‘Blizzard’ – (grand, blanc) et même la ‘Foret’ qui est noire".
- [Paris, 20 octobre 1954] (1 p. in-4, enveloppe).
Il demande à Pichette d’écrire un petit quelque chose pour le numéro spécial de Derrière le miroir qui va lui être consacré, "S’il te plaît !! ? " [avec dessin d’une petite étoile]. Pichette répondra à cette demande.
- [Roxbury, 4 février 1960] (4 p. ½ in-4, enveloppe ornée d’une flèche à la gouache rouge).
Cette fois, c'est lui qui répond à une sollicitation de Pichette concernant son travail sur Nucléa : "J'ai dû apprendre Nuclea par osmose. Gérard avait décidé un grand praticable, une grande plateforme 2 m. de haut pour qu’on puisse marcher en-dessous. J’ai suggéré un ruban en arc, avec une langue, descendante, au milieu. La prochaine fois que j’ai vu le praticable le milieu était raccourci avec des marches. C’était Vilar et Philipe qui l’avaient décidé. Ils avaient coupé ma langue. Ils voulaient ‘un arbre’. Je leur ai fait un arbre ‘arbre’. Mais ça ne plaisait pas. Et je ne voyais pas ce qu’ils voulaient. Gérard m’a dit ‘tu es paresseux. Tu nous donnes pas d’arbre’. J’ai dit ‘pas vrais’. Un jour je suis allé visiter mes vieilles choses chez Lefebvre-Foinet et là j’ai trouvé un petit stabile, très joli. […] C’était un arbre stabile et pas un arbre arbre qu’ils voulaient". Calder livre quelques anecdotes à propos de Gérard Philippe dont il a apprécié la compagnie et la fantaisie, par exemple lorsqu'il entrait par la fenêtre plutôt que par la porte. "Il avait toujours l’air sans souci, mais au travail c’était un sérieux, acharné ".
- Saché lundi 6 février [1961] (1 p. in-4, enveloppe).
Il espère la visite de son ami à Saché, ainsi que celle de Vilardebó "pour qu’il voit le CIRQUE au même temps (parce que c’est vraiment beaucoup de travail pour moi – et la dernière fois – octobre – j’étais tout courbaturé". "Le Cirque de Calder", court-métrage en couleurs d’une vingtaine de minutes réalisé par le cinéaste portugais Carlos Vilardebó montre l’artiste, à genoux, en train de manipuler les nombreuses figurines et sculptures animées qui compose son célèbre cirque miniature élaboré dès les années 1920.
Henri Pichette (1924-2000), puis par descendance.
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