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XV-XVIIIe siècles (lots 1-67)

[Sade, Donatien Alphonse, marquis de]

Sade entouré de femmes : domestiques, maîtresses ou amies. 9 lettres, [1774]-1796. [Avec :] lettres de ses valets, Langlois et La Jeunesse.

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June 17, 12:56 PM GMT

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Lot Details

Description

[Sade, Donatien Alphonse, marquis de]

9 lettres de l’entourage féminin du marquis.

[1774-1802].

 

Ensemble 15 pages de formats divers (de 290 x 180 à 180 x 115 mm).

 

Quelques femmes de la vie de Sade, qu’elles soient domestiques, maîtresses ou amies.

Avec des lettres de ses valets, Langlois et La Jeunesse.

 

NANON, Anne Sablonnière dite. Lettre autographe signée "Nanon Sablonier" à Ripert, viguier à Mazan [vers 1774] (une p. in-8, adresse, cachet cire rouge).

"Je me charge de vous dire que la persone an questiont que vous atendier cette nuit ne peut pas venir atendut que l’arivés de madame sye oppose […] Je vous prie de ne pas l’atandre envoyez moi du beur de la volaile tout ce que vous poure trouvé comme cela".

Recrutée comme chambrière à Lacoste en 1772, Nanon reste trois ans au service des Sade. En mai 1775, elle accouche d’une fille et, à la suite d’une violente querelle avec Mme de Sade, elle menace de révéler la paternité du marquis et les orgies organisées au château. La Présidente de Montreuil étouffera l’affaire en accusant Nanon de vol et la faisant enfermer, grâce à une lettre de cachet, dans une maison de force d’Arles d’où la jeune femme ne sortira qu’en février 1778.

 

TREILLET, Catherine dite Justine. Pièce signée "Catherine Treillet", Lacoste 29 janvier 1777 (une page in-8).

Reçu pour ses gages comme cuisinière chez Mme de Sade pendant trois mois, "aujourd’hui que je quitte son service a cause de son départ pour Paris".

Arrivée à Lacoste durant l’été 1776, rebaptisée Justine par Sade et devenue l’une de ses servantes-maîtresses, Catherine Treillet fut la cause d’une énième procédure lancée contre le marquis, lorsque son père vint la réclamer, accusant Sade de la dévoyer, tirant un coup de pistolet avant de porter plainte au tribunal d’Aix en janvier 1777. Le 13 février suivant, Sade est arrêté à Paris et emprisonné.

 

GOTHON, Marguerite Maillefer dite. Lettre autographe signée "Servette Gotton" à Gaufridy, Lacoste 12 février 1777 (2 pages petit in-folio, adresse, cachet cire rouge).

Elle se plaint des domestiques du château, dont le petit secrétaire qu’il faudrait renvoyer et qui ne sera jamais bon à rien. Elle se retrouve au milieu de gens "qui non point de sentiment, des enfans qui ne pence qua joué ou a s’ennvivré […] Je vous laisse a pencer Monsieur sinia pas de quoi devenir chevre". Après l’avoir informé du prochain départ de Mlle Rousset, elle demande des nouvelles de Paris [Sade sera arrêté le lendemain et incarcéré à Vincennes] : "jean suis bien inquete, tiré moi de paine au non de dieu". Elle lui envoie trois grives "car je voi bien que vous avé besoin de faire gras". Au verso, un état de comptes (de la main de Gaufridy ?).

Intendante toute puissante de Lacoste originaire de Suisse, appréciée de Sade qui vantait ses charmes callipyges, moins de Mme de Sade qui la soupçonna de malversations, Gothon connut diverses amours, notamment avec le valet du marquis, Carteron dit La Jeunesse, puis avec le menuisier Jacques Grégoire qu’elle épouse après s’être convertie au catholicisme. Elle meurt des suites de son accouchement en novembre 1781.

 

ROUSSET, Marie-Dorothée dite Milli de. 3 lettres autographes dont une signée à Gaspard Gaufridy (6 pages petit in-8, 2 avec adresses).

  • Paris 18 décembre 1778. Longue lettre parlant de sa détestation du chanoine Vidal, de Mme de Montreuil, du marquis de Sade qui écrit "comme un ange" et de démarches à entreprendre auprès de la famille du prisonnier. "Je laisse les tripots pour ceux à qui cela amuse, je vais toujours mon train, mes pensées, mes démarches visent toutes au bien et me mocque des petits esprits. D'où vient que vous, organisé par le même maître vous ne pensez pas de même ? […] Vous négligez de voir Mde l’abbesse de Cavaillon [tante de Sade] qui est d'une nécessité absolue de faire agir, nous traînons en longueur un temps précieux". Elle assure Gaufridy de l’attachement que lui portent M. et Mme de Sade et qu’il doit laisser de côté les calomnies. Elle donne des nouvelles de sa vie à Paris dont le climat est moins gai que celui de Provence, mais "je ris pourtant quelquefois et fait rire mon auditoire en dépit des gros soupirs que si je me ravisais de faire écho, je serais morte dans deux fois vingt quatre heures". Puis il est question de sa correspondance avec Sade : "Si jamais je fais imprimer ses lettres, je vous assure qu'elles feront plus de bruit que les mémoires du fameux Beaumarchais. Il écrit comme un ange. Mais il ne peut pas écrire à tout le monde, le nombre de personnes est limité. […] Pourquoi plutôt à moi qu'un autre ? C'est sans doute parce que cela lui sert d'amusement". Elle demande des nouvelles de Gothon, l’intendante de Lacoste, se moque à nouveau des équipées de l’abbé Vidal, et parle de l’arrangement pris avec Ripert concernant le bail de Mazan. "Votre projet valoit mieux, persuadés le qu’il attende le retour de Mr le marquis, vous en serés tous plus contents".
  • "Ce Vendredy au soir". Où il est question de M. Brun, d’achat d’oliviers, de sa santé. "Je suis incommodée depuis 15 jours d'un ténesme qui a été jusqu'à la dissenterie [sic]. Les lavements les plus assidus et les plus multipliés n'ont apporté encore qu'un foible soulagement. Je redoute les médecins et encore plus les drogues".
  • "Ce vendredy au soir, de Lacoste". À propos de ses lettres que Mme Gaufridy a pu décacheter, elle proteste de son amitié pour eux. "Si elle a lu notre commerce de Paris et la suite, elle aura vu une continuité de plaisanterie soutenue dont l'amitié est la plus vertueuse amitié en fait toute la base. Si elle ne l'a pas exactement lue, ma lettre de ce matin a dû lui paraître louche et énigmatique et peut-être équivoque. […] Madame Gaufridy m'a toujours paru raisonnable. Pourquoi veut-on lui donner un ridicule qu'elle n'a pas ? Si par hasard je me trompe, si mon style lui paraît énigmatique, expliqués lui d'une manière à ne point laisser d'équivoque sur la vérité, son amitié m'est précieuse".

 

Native de Saint-Saturnin-d’Apt, Milli de Rousset (1744-1784), amie de jeunesse de Sade, fut l’une de ses correspondantes fidèles, soutenant Mme de Sade durant les premières années d’incarcération de son mari. En 1781, elle s’installe au château de Lacoste comme gouvernante, se chargeant de diverses démarches et entretenant avec Gaufridy une relation amicale, teintée d’humour rebelle et de persiflage.

 

DOYEN DE BAUDOUIN, Mme. Lettre autographe signée au marquis de Sade, à son château de Lacoste. Nîmes 12 décembre 1782 (2 pages petit in-4, adresse, cachet cire noire).

Émouvante lettre d’une ancienne détenue de la prison d’Aix que Sade a croisée lors de sa détention en juillet 1778. Elle s’inquiète de n’avoir aucune nouvelle depuis quatre ans. "L'on m'assurez que vous étiez enferméz pour toute votre vie. Si se malheur ne vous acable pas daignez m'en faire part tout de suitte, je partagerez avec vous une nouvelle si chère à mon cœur et me délivrerez des tourments où l'insertitude de votre sort me plonge".

Dans sa correspondance, Sade évoque avec amusement cette "dulcinée au miroir" à laquelle il avait fait parvenir par l’intermédiaire de son avocat de l’argent ainsi qu’une lettre, lettre qui fut interceptée et dont Reinaud se plaindra en raison de son contenu qui, s’il avait été référé au procureur, aurait attiré la punition sur la prisonnière, le mépris pour Sade et la flétrissure pour lui.

 

QUESNET, Marie Constance, née Renelle. Lettre autographe signée à Gaufridy, ce 8 fructidor [25 août 1796] (une page in-4, adresse).

Elle demande qu’il lui témoigne de la reconnaissance "en ne laissant pas languir M. de Sade comme vous le faites. Voilà 15 jour Monsieur quil est sans le sol et que mes seuls amis le font vivre, malade comme il est cette situation le met au tonbeau". Si elle ne doute pas de la probité de Gaufridy, elle répète que Sade est malade et n’a qu’à peine de quoi vivre modiquement; "jusqu’au premier mai ou tout s'arrangera d'une manière qui ne pourra que vous être agréable à l’un et l'autre". Il est probable qu’il s’agit là des démarches de Sade auprès du député Rovère, futur acquéreur du domaine de Lacoste (voir lot 63).

Comédienne, séparée de son mari et élevant seule un fils, Constance Quesnet avait rencontré le marquis quelques semaines après sa libération, en août 1790. Surnommée "Sensible" par lui, elle devint une fidèle compagne, multipliant les démarches en sa faveur, notamment lors de son incarcération en 1793 pour modérantisme. Dédicataire de Justine ("Oui, Constance, c'est à toi que j'adresse cet ouvrage ; à la fois l'exemple et l'honneur de ton sexe, réunissant à l'âme la plus sensible l'esprit le plus juste et le mieux éclairé…"), elle suivit Sade jusqu’à Charenton où elle allait être acceptée comme pensionnaire, par autorisation spéciale, en 1804, et y mourir près de trente ans plus tard, à l’âge de 75 ans.

 

[On joint :]

LANGLOIS, Jacques-André. — Lettre autographe signée à l’abbé de Sade, à Saumane, "Salle de Force 23 juillet 1774" (2 p. in-4, adresse). Au pain noir et à l’eau depuis près d’un an, plus à plaindre qu’un galérien, il demande des secours, n’ayant reçu aucune réponse aux lettres qu’il a écrites à Mme de Sade qui a pourtant promis de ne pas l’abandonner. — Pièce autographe signée, Mazan 18 octobre 1792 (1 p. in-4). Quittance pour un quart de ses gages, reçu des mains de M. Ripert "moitié papier moitié argent". Compromis dans les parties organisées par Sade, Langlois se verra accorder une très modeste pension et sera relégué au château de Mazan.


LA JEUNESSE, Carteron dit. — Lettre autographe signée à Gaufridy (½ p. in-4, adresse). Il faut demander à Chauvin ce qu’est devenue une partie du bois acheté à la Chambrelle près de Bonnieux. Avec une curieuse apostille d’une autre main "Ceci est la servante a M. le curé […]", peut-être une allusion à son amante Gothon, convertie au catholicisme par amour pour un autre. — Lettre autographe signée "Carteron" à son cher Vincent, Paris 5 novembre 1781 (1 p. in-4). Il lui demande de passer chez l’avocat Reinaud à Aix pour rapporter un paquet de soie destinée à la marquise de Sade. Il lui donne d’amicaux conseils ("quoique tu connaisse un peu la Provence je te prierai de ne pas trop jouer à la liqueur commune qui est a present très fréquente, malgré ta tête bronzée") et d’oublier sa colère envers Mme de Sade à cause d’un voyage manqué. Valet personnel du marquis de Sade, souvent employé comme copiste, La Jeunesse vécut la plupart du temps à Lacoste, restant au service de Mme de Sade après l’arrestation du marquis. Il meurt en 1785.


LA PORTE l’aînée, Mme de. Lettre autographe signée au notaire Pichonnière à Chemillé, Jarzé 22 prairial an X [11 juin 1802] (1 p. ½ in-8, adresse, cachet cire rouge). Curieuse lettre relative au voyage d’une dame Laporte et d’un enfant, conduits jusqu’à Angers pour y retrouver ledit Pichonnière.