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XV-XVIIIe siècles (lots 1-67)
Après sa libération, au moment de la Révolution. 7 lettres ou notes, dont 6 autographes, [1792]-1798.
Lot Closed
June 17, 12:59 PM GMT
Estimate
6,000 - 8,000 EUR
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Description
Sade, Donatien Alphonse, marquis de
6 lettres ou notes autographes et une lettre signée.
[1792]-1798.
14 pages petit in-4 ou in-8 (235 x 183 à 198 x 157 mm), sur feuillets ou bifeuillets, dont 3 avec adresses.
Après sa libération, au moment de la Révolution, Sade est redevenu un citoyen libre mais désargenté.
"Ce que je vous demande, c'est de l'argent, ce que je veux, c'est de l'argent, ce qu'il me faut, c'est de l'argent".
Le marquis doit faire face à une menace de mise sous séquestre de ses biens, se proclame partisan de la cause révolutionnaire, prêt à offrir son sang comme celui de ses enfants, tout en se plaignant de la lenteur de Gaufridy, ce qui pourrait le pousser à se brûler la cervelle.
"État général de mon argenterie. Les pièces en gage sont marquées d’une croix, celles # sont ches M. Chometi, celle + sont ches M. Rippert".
Liste de pièces de vaisselle (plats, couverts, assiettes), engagées ou confiées à des dépositaires comme Ripert, régisseur du domaine de Mazan.
À la fin de l’année 1792, Sade inquiet de la situation dans les Bouches-du-Rhône, a renoncé à se rendre sur ses terres provençales, demandant à Gaufridy de gérer au mieux ses affaires, notamment de retirer son argenterie engagée au mont-de-piété.
Pétition très soigneusement calligraphiée demandant à bénéficier de l’exception accordée aux parents d’émigrés s’ils se sont visiblement opposés à ce "crime" national.
Sade relate comment le 3 juillet 1789, alors embastillé, il est parvenu [à l’aide d’un porte-voix improvisé] à dévoiler aux Parisiens les atrocités qui se préparaient contre eux. "Launay me crut dangereux, je possède la lettre par laquelle il sollicitait le ministre Villedeuil de m'éloigner d'une forteresse dont je voulais empêcher la trahison à tel prix que ce pût être. On m'enlève ; je suis transféré à Charenton, j’y reste neuf mois de plus que l'époque qui brise les fers de tous les prisonniers d'état. J'ignorais tout. On ne peut plus enfin me cacher la révolution je suis libre ; un seul mouvement m'anime alors, celui de la reconnaissance ; je veux aller offrir à la patrie qui brise mes fers, mon sang, celui de mes enfans. […] Je les appelle... je les excite à partager ma reconnaissance, vaines clameurs !... désespoir horrible. Les monstres... ils m'ont fui ; ils ont refusé de connaître leur père, ils se sont soustraits aux mouvements de leur reconnaissance". Il peut donner des preuves de tout, affirmant n’avoir pas fait envoyer de fonds à ses enfants. "Puis-je ne pas être écouté quand je vous supplie de me conserver un bien que je ne veux employer qu'à former des nœuds qui brisant les anciens puissent donner bientôt l'existence à des enfans dont l'éducation et les sentiments me consolent de tous les malheurs dont m'ont accablé les premiers".
Alors que la loi sur les émigrés se durcit, Sade a appris l’arrestation d'un de ses régisseurs, Lions cadet qui était en possession d’une pétition destinée au district [des Bouches-du-Rhône] et de son certificat de résidence : "vous savez de quelle urgence ces pièces étaient pour me faire effacer de la fatale liste". Quinquin doit immédiatement partir pour Arles et savoir entre quelles mains ces documents sont tombés. "C'est d'une extrême importance et il n'y a pas une minute à perdre, la loi d'une rigueur inconcevable à cet égard ne donne qu'un mois". Il évoque son horrible situation et le conjure également de s’entendre avec Gaufridy pour qu’on lui envoie l’argent de ses rentes : "vous n'imaginez pas dans quelle détresse je suis et le peu de ressources qu'il y a dans ce pays ci quand on manque". Et il ajoute dans la marge : "je vous conjure de presser M. Ripert d'envoyer de l'argent à M. Gauffridi, c'est très urgent".
Durant la tourmente révolutionnaire, certains régisseurs des domaines provençaux du marquis ont été inquiétés, comme les Lions, père et fils, responsables du Mas de Cabanes ou encore François Ripert, à Mazan, que Sade fit remplacer au jacobin Jean-Baptiste Quinquin dit le veuf.
Sade reproche à Gaufridy de tarder à lui envoyer les sommes convenues, sous prétexte de le consulter sur les moyens de cet envoi. "Ces retardements me mettent le poignard dans le cœur ; comme privé de lettre de crédit, d'effets à engager et d'aucune ressource d'emprunt, il faut, lorsque vous me laissez manquer que je meure exactement de faim, alors, dis-je, je ne puis ni vous pardonner ni légitimer en quoi que ce puisse être ces exécrables retardements, lesquels me mettent à la mendicité... Oui, j'y suis... J'y suis exactement, il y a quatre jours que je n'ai plus de domestiques chez moi n'ayant plus rien pour les nourrir et que je ne subsiste qu'en allant dîner à droite et à gauche. Dans huit jours, trois billets vont me tomber sur le corps […] et mes meubles saisis si je ne paie pas". La lettre de Gaufridy lui demandant conseil l’a profondément blessé : "oui croyez-moi je vous en donne ma parole d'honneur, il est exact que j'ai sauté sur mes pistolets et que sans un ami, je me brûlois la cervelle… [..] on a sur le champ brûlé votre lettre pour qu'en rejetant les yeux dessus je ne puisse pas retomber dans les accès de rage et de désespoir où elle m'avait mis. Ce que je vous demande, c'est de l'argent, ce que je veux, c'est de l'argent, ce qu'il me faut, c'est de l'argent. […] Ma santé, altérée par de longs malheurs, n'est plus en état de soutenir de pareils coups".
Que ce soit en vendant un coin de terre ou en lui concédant une avance, que Gaufridy fasse ce qu’il veut, "avec Saumane, avec Mazan, avec Arles, avec la Coste, taillés, rognés, engagés, vendés, faites l'enfer, faites le diable, mais envoyés-moi de l'argent, parce qu'il faut que j'en aie tout de suite, ou que je me porte aux dernières extrémités."
Il demande ce qu’il en est de son certificat de résidence, puisqu’il a appris que Lions avant d’être arrêté avait pu le remettre aux autorités, ou s’il doit en envoyer une autre : "quand on ne s’est pas fait ôter tout de suite de dessus cette liste fatale, on a toutes les peines du monde à s'en faire rayer". Il s’apprête d’ailleurs à se plaindre au ministre de ce qu’on a fait à Gaufridy [inquiété pour ses opinions royalistes] et de la contribution "inconcevable" qu’on exige pour Lacoste : "Je vais lui demander qu'elle soit imputée sur les dommages et intérêts qu’ils me doivent pour avoir laissé piller mon château".
Le château de Lacoste avait été dévasté et en partie détruit le 17 septembre 1792. Le pillage se poursuivant, la municipalité fit officiellement défense de s’en approcher et de s’approprier le bien d’autrui.
Les acquéreurs de la terre dite Grand’Bastide près de Saumane confirment l’envoi de 400ll écus, mais Sade se plaint auprès de Gaufridy fils – qui a repris les affaires de son père – accusant ces "honnêtes banquiers" de procédés judaïques et de faire travailler un argent qu’il attend comme le messie et alors qu’il meurt de faim. "Je ne sais plus où donner de la tête et certes dans 8 jours, les loups féroces ne seront pas encore dessaisis de la pâture de la malheureuse brebis. […] Pressés votre opération des mandats, on trame quelque chose. Sous un mois il ne sera peut-être plus temps".
Sade se plaint des retards de Gaufridy, citant l’exemple de Mazan dont la vente lui était essentielle "pour l’acquisition d’un bien plus à ma convenance que le château de Mazan", mais qui n’aboutit pas en raison des lenteurs de son notaire. En revanche il annonce qu’il a vendu, l’avant-veille, sa terre de Lacoste au représentant du peuple Rovère : "tout ce qui est dû ou à recueillir jusqu’au 1er vendémiaire m’appartient, tout ce qui vient après cette époque est à lui. Tous les débris et les grands tonneaux actuellement existant, ou à la Coste, ou à votre disposition dans Apt, lui appartiennent, les autres me restent. Voilà pourquoi j’ai prié hier votre fils, dans une note, de vous prévenir de mettre sur le champ le calice et autres petits effets précieux, s’il en existe, en main tierce, pour me les envoyer tout de suite". Il affirme qu’il sera payé de la totalité dans un an et conjure le notaire d’éviter par tous les moyens que les créanciers n’apprennent le prix de cette transaction, de crainte qu’ils n’y fassent opposition. Comme parmi ces créanciers, se trouve la marquise de Sade – dont la dot est garantie par hypothèque sur le bien vendu –, il ne faut donc pas l’avertir, mais si elle l’apprenait, Gaufridy n’aurait qu’à la féliciter d'un changement qui mettra son gage sur un nouveau bien, plus à sa portée qu’au fond de la Provence.
Après s’être fermement opposée à cette vente dans un premier temps, Mme de Sade finira par accepter de reporter son hypothèque sur deux fermes beauceronnes acquises avec l’argent de Lacoste. Le marquis investira une partie de son argent dans l’achat d’une maison à Saint-Ouen, au nom de sa compagne Constance Quesnet, et qui sera son domicile jusqu’à son arrestation en 1801. Quant à Joseph Stanislas Rovère, natif de Bonnieux et député du Vaucluse, il n’eut guère le temps de profiter de son domaine. Ancien Montagnard et plus royaliste qu’il ne l’aurait fallu, il sera arrêté lors du coup d’État du 18 fructidor un an plus tard et déporté en Guyane où il décédera en septembre 1798.
Au moment de la vente du Mas de Cabanes, une des propriétés de Sade en Provence, et au sujet d’un marché passé avec un nommé Lombard et que Sade veut dénoncer. Il fait écrire par son fils Louis-Marie une lettre résumant ces faits qui se termine ainsi : "Voilà tout ce qu’on m’écrit et n’en comprenant pas davantage, j’en ai parlé à mon père qui me charge de vous écrire ceci de chez lui où je dine aujourd’hui. Vous priant d’arranger cela, nous savons l’intérêt que vous prenez à l’intérêt de la famille". Au verso du feuillet, rédigé par lui, Sade commente et envoie ses instructions pour régler l’affaire avec Lombard. "Cette épitre vous fait voir d’abord à ce que j’espère que M. le Comte de Sade a des correspondances très réglées en Provence, vous voyés qu’il est très au fait de notre affaire Lombard. Ce dont on l’effraye là me paraît être l’histoire de l’acte dont vous l’avés vous-même parlé. Il faut tacher d’arranger cela".
Louis-Marie de Sade, fils aîné du marquis, avait quitté la France en 1791 avant d’y revenir quatre ans plus tard, se défendant d’avoir émigré et se justifiant par des voyages pour l’amour de l’art et de la botanique.
[On joint :]
Billet autographe signé (becquet in-32). "Exemplaire corrigé de la main de l’auteur et donné par lui à Madame [mot biffé]. De Sade".
Provenance : Sassier Saulcy (cachet "ssp").