[Sade, Donatien Alphonse, marquis de]
29 lettres ou pièces émanant de parents du marquis.
1741-1834.
Souvent adressées aux notaires Gaufridy père et fils, plusieurs lettres concernent le marquis, de sa jeunesse aux années de prison.
"Ce malheureux s’enfonce dans l’abîme, il n’y a plus rien à espérer" (abbé de Sade).
"La famille a puni le libertin, il ne troublera plus la société" (commandeur de Sade).
SADE, Jean Baptiste François comte de (1702-1767), père du marquis de Sade.
6 lettres dont 3 autographes non signées et 3 signées, 1741-[vers 1760]. Ensemble 9 pages ½ in-8 (env. 220 sur 170 mm).
- À Gaufridy [père de Gaspard] 15 février 1741. Il l’informe qu’il est envoyé à Cologne sur ordre du roi et qu’il sera donc plus à même de lui rendre service. "Si vos enfants n’étaient pas si jeunes je vous en aurais demandé quelqu’un pour venir avec moy".
(Plis fendus).
- À Gaufridy père. "Je suis ravi du bien que vous me dites de mon fils et de sa gouvernante". Il est également très satisfait de ce qu’il fait pour Lacoste, lui proposant même de s’y établir, avec logement et pension.
(Adresse d’une autre main ; lettre très abîmée et grossièrement restaurée).
- 5 mai, à M. Taulier à Mazan. Il le félicite du choix qu’il a fait de la Malvoisie, le complimente pour son mariage et se dit content du soin qu’il a de sa terre : "je ne connois pas un plus honnête homme que vous ny plus attaché a mes interests".
- Lettre autographe à sa mère, la marquise de Sade [née Louise Aldonze d’Astouaud], à Avignon. À propos du nouveau logement qu’elle a trouvé à Avignon et d’une affaire qui le lie à M. de Castellane. "Mde de Sade sort aujourdhuy […] Le petit garçon se porte bien".
- À M. Bressi, vicaire perpétuel de Lagnes par Avignon. 6 juin (lettre en partie dictée). Il lui demande de presser M. Le Blanc d’achever les reconnaissances de Saumane "de la même façon que celles de Mazan et de la Coste, et que l’on y passe la même police". De sa main, le comte de Sade ajoute qu’il a grand besoin d’argent, ayant prêté de l’argent à son frère, et qu’il n’aime guère la proposition d’une rente tournante. Il s’enquiert du neveu de son correspondant, ajoutant : "j’en suis en peine et furieux contre le prince de Conti que je ne verray de ma vie". [On joint :] Lettre du vicaire Bressy à Gaufridy, Lagnes 4 septembre 1749, se désolant des injustices dont il est victime Gaufridy et l’enjoignant à ne pas se laisser abattre.
- À Gaufridy père. Lettre de reproches. "J'avois envie de vous rendre service et de vous faire placer quelque part, mais je cesse de m'intéresser pour vous sur ce que j'ay appris que vous aviez été à Marseille, touché les 600 ll quoique je vous eusse demandé de n'en rien faire. Ce dernier trait, joint à plusieurs autres, détruit toute l'amitié que j'avois pour vous".
- 2 quittances de fermages remises à des régisseurs de Mazan, Avignon 3 novembre 1746 ; pièce signée deux fois [par Mme de Sade, d’après une note ancienne au verso du feuillet].
SADE, Jean-Louis Balthazar de (1703-1789), oncle du marquis de Sade. Chevalier de Malte, commandeur, bailli et grand prieur de Toulouse.
5 lettres ou pièces signées, dont 2 autographes, 1739-1789.
- Pièce autographe signée "le Chr de Sade". Paris 25 juin 1739 (demi-page petit in-4). Reconnaissance de dette pour une somme de 1200 livres, remboursable en trois fois.
- Lettre autographe signée "le Chr de Sade" à M. Taulier au château de M. de Sade à Mazan (une page in-12, adresse). Il a besoin de lui et lui demande de le rejoindre. "C’est quelque chose de bien simple mais qui me fairoit plaisir, je vous attend […] Je vous envoy un cheval".
- Lettre signée "le comd. de Sade" [à un magistrat d’Aix-en-Provence], St Cloud 28 juin 1778 (2 pages petit in-4). Une des missives que le commandeur envoya au Parlement d’Aix au moment du procès qui devait casser la condamnation par contumace prononcée en 1772. "La famille a puni le libertin, il ne troublera plus la société. Le roi et le gouvernement se sont prétés aux arrangemens qu’il convenoit de prendre pour conserver l’honneur d’une famille qui n’a jamais rien eu à se reprocher. […] Vous rendrés également service à ceux qui ont donné cet arrêt diffamant, en le cassant. Nous ne l’aurions surement pas essuyé si vous aviez été juge de cette affaire".
Sade, à l’écoute du verdict du 30 juin qui ne le condamna que pour libertinage et débauche outrée mais plus pour le crime d’empoisonnement, se pensa bientôt libre mais la lettre de cachet obtenue par Mme de Montreuil le renvoya à Vincennes. (Provenance : vente Broca, 17 juin 2024, lot 119).
- Pièce signée "le bailly de Sade" St Cloud lès Carpentras 3 novembre 1787 (une page in-folio oblong, cachet de cire rouge). Nomination (laissée en blanc) d’un garde-chasse pour la terre et la seigneurie de Lacoste.
- Lettre signée "Le bailli de Sade" à Gaufridy [datée par celui-ci "mai 1789"] (2 pages petit in-4, très abîmée avec atteinte au texte). Le vieux commandeur, qui signe d’une main tremblante, s’inquiète des brigues et des cabales, commente un mémoire concernant M. d’Autric, indique qu’il a prêté 20 louis au chevalier [Claude Armand, fils de Sade], comptant sur les soins de Gaufridy pour se faire rembourser. En post-scriptum : "J'ajoute que Mde de Sade demande des secours pour ses enfants ; je pense que nous devons nous y prêter".
SADE, Jacques François Paul Aldonse, abbé de (1705-1777) oncle du marquis de Sade. L’abbé de Sade, établi à Mazan, servit de tuteur au jeune Donatien de 1744 à 1750.
5 lettres ou pièces signées, dont 4 autographes, 1762-1777.
- Lettre signée, Avignon 20 mars 1762. À M. Michaelis fermier de Mazan (une page obl. in-8). Demande de payer à M. Taullier une somme qui sera ajoutée à ce qu’il doit au comte de Sade.
- Pièce signée "l’abbé de Sade Mazan" (d’une écriture tremblée), Avignon 16 mai 1764 (demi-page in-4). Reçu de son frère le comte de Sade une partie de sa pension annuelle.
- Lettre autographe signée à Ripert. Saumane 29 juillet [1774 ?] (une page petit in-4, adresse, cachet cire rouge). Ripert a exigé un cautionnement avant d’avancer de l’argent à Mme de Sade "pour faire le voyage le plus nécessaire dans la conjoncture où nous nous trouvons". Il trouve ce refus très ridicule, rappelant que Ripert ne risque rien : "Vous devez savoir que mon neveu a assez de bien libre pour répondre de vingt et trente mille francs et d'ailleurs quand Mde Sade s'engage, sa dot qui est de cent mille écus répond de tout". Durant l’été 1774, Sade est en cavale et sa femme est allée à Paris afin de faire casser l’arrêt du parlement d’Aix qui menace toujours son mari.
- Billet autographe signé. Saumane 17 septembre 1774 (demi-page in-4, adresse). M. de Saint-Laurent est prié de remettre au commandeur de Villefranche la somme qu’il lui doit.
- Lettre autographe signée à Gaufridy. Saumane 11 février [1777 ?] (une page in-4, adresse, cachet cire rouge). Sade, visé par la plainte du père de la jeune Catherine Trillet dite Justine (voir lot 60), a décidé de se rendre à la capitale, sous prétexte de voir sa mère mourante, mais arrivé à Paris le 8 février, il sera arrêté le 13 février 1777. L’abbé a été pénétré de douleur à la lecture de la dernière lettre de Gaufridy : "Ce malheureux s’enfonce dans l’abime, il n’y a plus rien à espérer. Venés le plus tost que vous pourrés et arrangés vous de façon à passer au moins un jour entier chés moy. Nous y aurons Moïse de Beaucaire avec qui vous pourrés terminer suivant les idées de Mde de Montreuil. J’ai su le passage a l’isle, on dit que l’homme a paru dans le païs, il y a quelques jours, je ne pense pas qu’il eût oser aller à Paris. Je ne comprends rien à sa conduite dans la crise où il est, et encore moins à celle de M. de M[ontreuil ?] qui est inconcevable…".
- 2 lettres de change en sa faveur. Nîmes, juillet et novembre 1775 (1 p. obl. in-8 chaque).
SADE, Charles de (1713-1793), cousin (de la branche de Tarascon) du marquis de Sade.
- Lettre autographe signée "l’abbé comte de Sade prévôt [de Saint-Victor], au curé de Mazan. Marseille 2 août [1774 ?] (une page petit in-4, adresse, cachet cire rouge, marque postale "Marseille"). Il n’a pas reçu d’ordre de Mme de Montreuil pour lui payer ce qui lui est dû, mais consent par obligeance envers lui et envers Mme de Montreuil, à lui avancer la somme. Il sera soit à Marseille, soit à Toulon pour voir son frère qui prend le commandant d’une frégate.
Il est à relever qu’au printemps 1774, Sade a quitté Mazan, revêtu de la soutane du curé et que c’est sous ce déguisement qu’il a rejoint Marseille avant de s’enfuir en Italie. A-t-il demandé ou fait demander, sous ce nom, une aide financière auprès de ce cousin, certes éloigné mais en relation avec la Présidente de Montreuil ?
VILLENEUVE-MARTIGNAN, Henriette Victoire de Sade, marquise de (née en 1715), tante du marquis de Sade ; une des quatre filles du comte de Sade.
- Lettre autographe signée "Sade Villeneuve", à M. Ripert, viguier à Mazan [1778 ?] (3 pages in-4, adresse). Elle se plaint de ne pas avoir de nouvelles, ni de Ripert ni de Gaufridy et le leur reproche. Elle veut savoir quelle réponse on a eu de Paris "car enfin on doit en avoir eu une. Pourquoi ne pas me la communiquer ? Que signifie ce silence de tout les côtté, je ni compren rien. Si les intentions de Mde de Sade étoÿent douteuses, on ne deves pas m'engager a faire le voyage de Sommane, c'est bien là du mic mac, auquel on ne peut rien comprendre". Elle se plaint du fils de Gaufridy qui est venu plusieurs fois à Carpentras sans passer la voir ni lui écrire à propos de meubles et qui lui avait également promis de lui faire passer des quintaux de bois sec, ce qu'il n'a pas fait. Ayant appris que Ripert est allé à Beaucaire – sans l’en avertir – elle espère cependant qu’il y a fait de bonnes affaires.
Il est possible que cette lettre concerne la succession de l’abbé de Sade, mort en janvier 1778, car la correspondance de Sade regorge de détails sur l’avidité de cette tante qui, à plusieurs reprises, a tenté de s’emparer de biens mobiliers de ses frères, que ce soit à Saumane, Mazan ou Lacoste.
SADE, Gabrielle Eléonore de Sade (morte en 1776), abbesse de Saint-Benoît de Cavaillon, tante du marquis de Sade, une des quatre filles du comte de Sade, dont trois furent religieuses.
- Lettre autographe à son frère l’abbé de Sade qui fait suivre sa lettre à Gaufridy [1775 ?] (3 p. in-8, adresse de Gaufridy). Son couvent ayant pour règle de ne recevoir aucune pensionnaire de plus de 15 ans, elle ne peut accéder à une demande de Gaufridy malgré toute l’estime qu’elle lui porte. Elle s’inquiète pour la santé de son frère, craignant qu’il ne respecte pas les soins et le régime nécessaires. L’abbé de Sade envoie la réponse de sa sœur, précisant qu’il est dans son lit "avec une grippe affreuse".
- Lettre autographe signée à Gaspard Gaufridy, Cavaillon 11 janvier 1776 (4 p. in-8). "Je ne desire rien tant que de voir terminer entièrement cette maudite affaire de mon neveu qui nous a couté tant d’inquiétude et à vous Monsieur tant de pennes et d’embarras. Mon pauvre frère l’abbé qui a tant travaillé pour cela, n’est plus guere en état aujourd’hui d’agir ny de donner le moindre mouvement". Elle parle longuement de la mauvaise santé de son frère, mal remis d’une grippe perfide, puis elle recommande vivement que Mme de Sade règle ce qu’on doit à deux ouvriers, un serrurier et un maçon ; elle précise que M. Fage (notaire du comte de Sade auquel le marquis de Sade préféra Gaufridy) possède tous les papiers nécessaires.
SADE, Armand de (1769-1847), chevalier de Sade ; second fils du marquis de Sade, il mena une carrière militaire.
6 lettres autographes signées, 1787-1834 ; 4 avec adresses (9 pages in-4 ou in-8).
- 2 lettres à son oncle le commandeur de Sade. Malte 12 mai 1787 et 20 septembre 1788.
Il expédie une caisse contenant des graines de brocolis et de choux-fleurs pour le jardin de son oncle ainsi que du vin destiné à sa mère et de l’eau de fleur d’oranger pour Mde Raousset [sa cousine germaine] que Gaufridy est chargé de leur remettre. Avec apostille autographe signée du destinataire, 11 juillet 1787, informant Gaufridy de cette commission. En 1788, Armand parle de la jolie campagne qu’il a faite en passant par Naples. Il espère pouvoir rendre visite à son oncle lorsqu’il sera de retour à Marseille.
- À Gaspard Gaufridy [1791]. Servant dans le régiment de Bretagne, il vient d’apprendre par les nouvelles publiques l’arrestation de sa tante [Henriette de Villeneuve-Martignan, sœur du marquis] et s’en inquiète fort, espérant pouvoir obtenir une permission si sa tante avait absolument besoin de son aide. "On imprime ici que madame de Villeneuve, allant de Carpentras à Orange voir madame de Raousset, sa fille, a été arrêtée par les brigands et menée en prison" [lettre de Sade à Gaufridy, 22 mai 1791].
- À François Ripert, régisseur du château de Mazan, Condé par Château-Thierry [14 octobre et 6 novembre 1810]. Au sujet de Mazan qu’il veut garder mais que Ripert souhaite acquérir. "Si vous avez conservé quelque attachement pour notre famille, vous ne disputerez pas avec nous les restes de la fortune de mon père". Il désire que cette terre reste à son nom et à celui de ses enfants [Armand de Sade a épousé en 1808 sa cousine Laure de Sade, dont il aura cinq enfants].
- À M. Coulhion, avoué. Hôtel d’Espagne 9 septembre 1836. Il lui confie la clef d’un cabinet dans lequel se trouvent des papiers de famille lui appartenant ainsi qu’à son beau-frère Xavier de Sade et qu’il souhaite récupérer. Provenance : cachet SSP (Sassier Saulcy).