Sade, Renée-Pélagie de Montreuil, marquise de
16 lettres autographes, dont 5 signées, la plupart à Gaufridy.
[Paris, vers 1774-1789].
42 pages in-4 ou in-8 (de 240 x 190 à 165 x 100 mm). 6 lettres avec adresse au verso des bifeuillets.
Important ensemble de lettres de Madame de Sade prenant la défense de son mari et de ses biens.
"Accoutumée à être trompée, je me méfie de tout".
Où il est question, entre autres, des affaires de Marseille et de Lyon, d’un "projet" d'évasion en cas de condamnation de Sade, de ses domestiques et de ses maîtresses, des relations conflictuelles entre la marquise et sa mère la Présidente de Montreuil, d’argent et de créances.
L’orthographe très aléatoire de la marquise de Sade a été conservée dans les citations.
Elle fait part à Gaufridy de son besoin d’obtenir une voiture, lui fait parvenir des instructions pour recevoir des habits noirs qui seraient encore dans sa garde-robe à Lacoste ainsi que des confitures "pour M. de Sade qui les aime beaucoup et l’on en trouve pas a Paris". Elle donne des nouvelles de la santé de son fils cadet auquel elle va faire prendre du lait d’ânesse, recommande Joseph Sambuc [habitant et futur maire de Lacoste] attaqué par le curé pour avoir manqué au Saint Sacrement ou à une procession. Elle fait part de ses inquiétudes et de son embarras pour des lettres qu’on ne lui fait pas suivre, dont celle de sa mère et de Lions [un des régisseurs du Mas de Cabanes], se plaignant de plusieurs personnes de son entourage dont le marquis de Murs [un cousin du marquis de Sade].
- 23 septembre 1774. Mme de La Croix est allée voir la Présidente de Montreuil [mère de la marquise de Sade] pour la décider à demander la levée de la lettre de cachet contre Sade : "elle m‘a dit qu’il fallait que M. de S. put être ché lui. Cette une femme d’esprit et j’espère beaucoup en sa negociation".Elle joint à sa lettre la demande du notaire qui, pour établir une procuration, a besoin du titre de la terre de Lacoste : comté, marquisat, baronnie ou simple terre seigneuriale ?
- Le 21 juin 1775, il est longuement question de la servante-maîtresse de Sade, Nanon Sablonnière. Enceinte, Nanon a menacé de révéler la paternité de Sade et les sévices qu’il a fait subir aux très jeunes filles qu’il a fait venir de Lyon. Mme de Sade écrit à Gaufridy pour dénoncer tous ces mensonges et l’informer que sa mère travaille à la faire enfermer pour vol. "Cette fille est cause de tout le train de cet hivert, cette elle qui a mis dans l’embara de tout les petite fille. En un mot cet une créatur fort dangereuse tant par ces manœuvres que par ces propos. Ma mère instruite de tout travaille maintenant à la faire enfermé". Elle demande instamment à l’avocat de trouver un moyen pour empêcher Nanon de se joindre à la cabale de Lyon et aux accusations portées contre son mari.
Et plus tard, toujours à propos de l’affaire des "petites filles", elle se plaint de ne pouvoir récupérer une certaine Marianne, qui était à son service l’année passée et qui est retenue au couvent de Caderousse sous prétexte que son père la redemande.
- En 1777, Ripert [régisseur du domaine de Mazan] lui a écrit à propos de la petite [Nanon] : "il est tres rassurer sur elle par ce que, dit-il, elle a bien promi de ne rien dir. […] il me marque de plus que les nouvelles de Mazan ces que Mr de Sade a fait les devotions a Notre Dame de Lorret […]. Tout cela me prouve que Charvin [maître de poste à Courthézon qui avait accompagné le marquis lors de la fuite en Italie] babille et m’inquiète beaucoup".
- Le 16 février 1778, alors qu’il est question que Sade, incarcéré à Vincennes, soit transféré devant le parlement d’Aix-en-Provence, elle envoie un "Projet pour faire sauver Mr de Sade à Aix ou sur la route" : "Si vous réucissé, je vous oré une obligation mil fois plus grande que si vous m'aviés sauvé la vie, et que aucun terme ni aucune chose au monde ne peut vous marquer qu'inparfaitement la reconnoissance que j'en conserverai tant que j'existerai". Elle décrit sur trois pages les diverses manœuvres possibles pour éviter que Sade ne soit ramené à Vincennes, s’en remettant à Gaufridy et à l’avocat Reinaud pour lui permettre de s’évader, peut-être en Italie. "Avancer a Mr de Sade l’argent nécessaire que je rendrai si je puis sur le champ, ou au moins par délégation. Lui dir quil ne s’inquiète de rien, jusca ce qu’il est explication par moi de tout. Mais qu’il ce tienne bien caché toujours. Si vous pouviéz le cacher dans le païs avec autant de sûreté, vous vairai [verrez] pour le mieu et le plus sur".
- Le 6 mai suivant, dans une autre longue lettre de 4 pages, la marquise donne des instructions pour récupérer des livres à Grenoble ainsi que divers papiers et titres à Lacoste. Elle s’inquiète des relations entre La Jeunesse, valet du marquis, et Gothon, intendante à Lacoste, tout comme elle s’alarme du manque d’argent et des dettes que sa mère refuse toujours de payer.
- En juin 1778, la cour d’Aix n’a condamné Sade qu’à une amende et à l’interdiction de se rendre à Lyon, mais la lettre de cachet n’ayant pas été révoquée, le marquis qui a regagné Lacoste sera arrêté et reconduit à Vincennes quelques semaines plus tard. Mme de Sade répond à des demandes de Gaufridy concernant la gestion des domaines et la conservation des biens du marquis pour éviter la ruine à ses enfants. "Il faudrai que vous écrivissiez les lettres les plus fort à ma mère pour lui représenter le désordre où met la détention de Mr. de Sade dont l'on ne peut ce passer ni de ces pouvoirs ni d’avoir un commerce libre, pour pouvoir éclairer des fait embrouillé depuis si longtemps. […] Il y a de grand monstre en Provence. N’a-ton pas écrit à Mde de Sade d’Aiguière [de la branche d'Eyguières dont une des filles épousera Louis-Armand, fils cadet du marquis] que tous le temps que M. de Sade avoit été en Provence, il avoit été entouré de juiffe qui lui portait de l'argent de tous les côté. Si je tenais ces gens-là, je leur torderoi le coup". Et elle se plaint amèrement de la Présidente de Montreuil : "Si vous saviez tout ce que ma mère m'a fait dire et même prouvé, pour me faire croire quelle ne tremp pour rien dans tous ceci. C’est inconcevable que les détour aille a ce point là, quelle voye de sanc froid l’etat ou elle me réduit c’est inoui. […] Il vaudrai mieux dir tout unimen, je veux vous perdre".
- En 1781, elle a appris la conversion de Gothon et son mariage [avec Jacques Grégoire, nîmois et catholique]. "Dieu veuille quel persiste dans le bien". Elle demande à Gaufridy d’intervenir pour que Gothon obtienne une pension de "nouvelle convertie", sans préciser bien sût qu’elle est concierge à Lacoste. Il faudra que la jeune femme considère cela "comme une recompense de ces services envers M. de Sade et de moi".
Sur le même feuillet, une lettre [de la main de Gothon ?] datée du 9 mars 1781 à Gaufridy, affirmant qu’elle pense être "une fille faite pour le jardin de M. le Curé" et parlant de sa mauvaise santé qui la décide à aller respirer l’air natal : "ainsi Monsieur j’espere avoir l’honneur de vous embrasser un des premiers parce que je suis sûre que vous saurés me trouver ou je serais. Je vous en donnerais avis".
- Le 16 septembre 1789, c’est à Ripert que s’adresse Mme de Sade, inquiète des mauvaises communications et de ce qui ressemble à la confusion de la tour de Babel. Elle l’implore donc d’être prudent, de s’informer auprès de Gaufridy et de veiller aux intérêts de M. de Sade. Enfin, elle le charge de prévenir sa tante de Villeneuve, que ses fils n’ayant pu obtenir de congés, il faudra s’organiser pour qu’ils la rejoignent plus tard.
[On joint]
Reconnaissance de dette autographe signée "Montreuil de Sade", 10 mars 1774 (1 p. obl. in-8). Mme de Sade doit 1290 livres à M. de Bouvard et s’engage à le rembourser au bout d’une année.
MURS, Jean, marquis de. Lettre autographe signée, Murs 7 mai 1779 (1 p. in-4). À propos d'un prêt et d'une somme d'argent remis au chanoine Vidal. Avec post-scriptum d'une autre main, attestant de cette remise au concierge de M. de Murs à Carpentras. Au verso annotation autographe de Mme de Sade : "il a esté posé dans mes contes dernier de 1780".
WAVRIN DE VILLERS-AU-TERTRE, Françoise Pélagie, née Cordier de Launay de Montreuil. Lettre autographe [à sa sœur Renée Pélagie]. Béthune 14 juillet [vers 1785] (4 p. petit in-4). Au sujet d'une expédition de tonneaux d'huile destinés aux demoiselles de Villers, donnant des nouvelles de son fils Albert qui commence à marcher, demandant des rubans de différentes couleurs... La benjamine s'adresse à son aînée de près de vingt ans, d'un ton affectueux, espérant qu'elle ira se rétablir chez leur mère. Francoise avait épousé en 1783 le marquis Honoré de Wavrin de Villers-aux-Tertres.