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XV-XVIIIe siècles (lots 1-67)

Lope de Vega

Rare manuscrit autographe signé de la préface dédicatoire de "El Cardenal de Belen" (le cardinal de Bethléem), pièce composée en 1610.

Lot closes

June 17, 12:35 PM GMT

Estimate

40,000 - 60,000 EUR

Starting Bid

40,000 EUR

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Lot Details

Description

Lope de Vega, Felix Lope de Vega Carpio dit

Manuscrit autographe signé de l'épître dédicatoire à Hortensio Félix Paravicino y Arteaga, pour El Cardenal de Belén. 

Sans lieu [Madrid ?] ni date [août 1610].


7 pages ¼ in-8 (207 × 151 mm) sur quatre feuillets vergés cousus au centre, à l’encre brune.


Exceptionnelle redécouverte de l'épître dédicatoire de El Cardenal de Belén, comédie hagiographique consacrée à saint Jérôme.

 

L’une des rarissimes reliques autographes de Lope de Vega encore en mains privées.


Incarnation du génie dramatique du Siècle d’or espagnol, fondateur de la Comedia nueva, Lope de Vega fut surnommé "le Phénix", le "monstre de la nature" par son contemporain Miguel de Cervantes en raison de l’extraordinaire fécondité de son œuvre.

 

La pièce El Cardenal de Belén met en scène la figure de saint Jérôme, associé au titre de "cardinal de Bethléem", dont elle dramatise la vie, la conversion et l’ascèse, en opposant les tentations mondaines à l’idéal du renoncement chrétien. Lope de Vega exalte ainsi la sainteté, l’érudition et le combat spirituel de son personnage, dans un style propre au théâtre religieux du Siècle d’or. Il rédige ici une épître dédicatoire conformément à sa pratique, inaugurée précisément avec Parte XIII, selon laquelle chacune de ses comédies était dédiée à une personnalité différente de l’époque.

Pour El Cardenal de Belén, "Le Phénix" s’adresse à son ami Hortensio Félix Paravicino y Arteaga, orateur et prédicateur royal nommé par Philippe III d’Espagne en 1617, figure éminente de l’élite culturelle madrilène.

Paravicino fut immortalisé par El Greco dans un célèbre portrait, aujourd’hui conservé au Museum of Fine Arts de Boston.


Réflexions sur la gloire des vivants et leur postérité : Lope de Vega convoque les autorités philosophiques de l’Antiquité romaine dans une vaste démonstration d’érudition. Opposé à une tradition tenace qui réserve la gloire à la postérité, le dramaturge s’appuie sur l’autorité des Anciens pour remettre en cause leur idée selon laquelle seule la renommée posthume a de la valeur, et la dénonce ici comme un malheur humain, la "desdicha humana". Il s’évertue ainsi à prouver que l’admiration peut et doit s’exercer envers les contemporains, comme l’exprime la formule latine de Sénèque : "Un homme grand parmi les plus grands […] dont l’admiration n’est pas diminuée par le fait qu’il est né à notre époque" ("vir in primis magnus […] cuius admiratione […] non obstat, quod nostro saeculo natus est"). Cette prise de position renvoie aussi à sa propre personne, Lope de Vega y affichant ostensiblement l’étendue de son érudition. En puisant maximes et citations latines dans les manuels du savoir pour nourrir un discours élitiste, le dramaturge affirme ainsi la supériorité de son talent face à ceux qui resteraient aveugles à son génie. Il termine son épître par un éloge appuyé de Paravicino, dont il célèbre le talent oratoire et l’érudition, justifiant la dédicace de sa comédie, offerte comme un hommage sincère ("non ex amore iuditium hoc, sed ex iuditio amor") à l'égard d'un homme dont les vertus méritent d’être reconnues de son vivant.


Fondateur de la Comedia nueva ou tragi-comédie à l’espagnole, véritable matrice du théâtre populaire du Siècle d’or, Lope de Vega doit sa postérité à l’ampleur et à la diversité exceptionnelles de son œuvre. Autant admiré qu’envié par ses pairs, il laisse un corpus prodigieux comprenant environ 1 800 pièces profanes, 400 drames religieux, 3 000 sonnets, 9 épopées et de nombreux romans et intermèdes, couvrant tous les tons et explorant une grande variété de thèmes littéraires. Ses manuscrits n'en sont pas moins rarissimes en mains privées.

Ses comédies, qu’il commence à faire éditer auprès de son imprimeur Alonso Martín dès 1604, sont réparties en vingt-cinq édition distinctes (Partes), dont l’ultime publication a lieu plus de dix ans après sa mort, en 1647.

Pour El Cardenal de Belén, Alonso Martín étant décédé avant 1620, c’est sa veuve, Francisca Medina, qui se charge de la publication de Partes XIII , avec le financement d'Alonso Perez, libraire‑éditeur madrilène.


Ami de Francisco de Quevedo et de Juan Ruiz de Alarcón, Lope fut également la cible d'envieux et de rivaux, dont Luis de Góngora ou Cervantes, ce qui souligne combien son influence et son prestige dépassèrent les frontières de son temps. La vigueur, l’inventivité et l’érudition de son théâtre continuent d’inspirer l’étude académique, affirmant sa place de figure incontournable dans la littérature espagnole et de modèle pour les dramaturges des siècles suivants.

 

L’implication de Lope de Vega dans la publication de ses comédies à partir des Partes IX-XIII.

La comparaison entre la mise au net de cette épître dédicatoire et sa première publication dans Partes XIII est saisissante. Ce parallèle permet de comprendre l’attention toute particulière avec laquelle Lope de Vega veille à la publication de son œuvre, amorcée dès 1617 avec les Partes IX. Dans l'appareil critique consacré à la déférente épigraphe du "Phénix" à son ami Paravicino, Marco Presotto met en évidence, à partir d’un exemplaire de l’édition originale (Madrid, por la viuda de Alonso Martin, a costa de Alonso Perez, 1620, d'après l'exemplaire conservé à la Biblioteca Histórica de la Universidad Complutense de Madrid), le strict respect par l’éditeur de la mise en page retenue par l’auteur dans ce manuscrit. Le titre et le court texte liminaire en sont les exemples les plus frappants, chaque retour à la ligne étant scrupuleusement respecté, jusqu’à reproduire le retour à la ligne du mot "trinidad", coupé à la première syllabe dans le manuscrit. Un autre exemple saisissant repose sur la liste des personnages de la pièce, "Las figuras desta Comedia" : rédigée en deux colonnes sur la dernière page du manuscrit, elle est reprise à l’identique dans la publication.

Marco Presotto relève que l’imprimé reprend par ailleurs deux erreurs d’ordre typographique, peut-être dues à l’écriture si particulière du dramaturge. Ainsi la mauvaise lecture du pronom "lo" le transforme en "la" dans la Parte ; sur la même page, du même ordre : "y que solo es digno de fama lo que no vimos" devient " y lo que solo es digno de fama lo que no vimos".


Lot expertisé en collaboration avec Laurent Auxietre - Le Manuscrit Français.

Alonso Martín, imprimeur (décédé avant 1620), puis sans doute Francisca Medina, sa veuve.

Benjamin Fillon (vente Charavay, 15 juillet 1878, série VII, n° 1431). Le catalogue est accessible ici : Inventaire des autographes et des documents historiques composant la ... : Benjamin Fillon , Étienne Charavay : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive

Par descendance dans la même famille jusqu'en 2018.

Acheté auprès de ces derniers par l'actuel propriétaire en 2018.

M. Presotto, "La dedicatoria autógrafa de Lope para la publicación de El cardenal de Belén", Anuario Lope de Vega, Texto, literatura, cultura, XXVI (2020), p. 500-533.