
XXe siècle (lots 111-170)
Lettre signée. 10 mai 1950. Relative au sort du maréchal Pétain, condamné à la prison à perpétuité.
Lot Closed
June 17, 01:44 PM GMT
Estimate
6,000 - 8,000 EUR
We may charge or debit your saved payment method subject to the terms set out in our Conditions of Business for Buyers.
Read more.Lot Details
Description
Gaulle, Charles de
Lettre dactylographiée signée à M. Massit.
10 mai 1950.
1 page in-4 (268 x 214 mm) à son en-tête. Signée "C. de Gaulle". Adresse de son correspondant, à Voiron, en bas de page.
Remarquable document concernant le sort du maréchal Pétain, alors détenu sur l'île d'Yeu, et la position du RPF à l’égard du prisonnier.
"Vos nouvelles lettres ont eu toute mon attention.
J’ai déjà, à plusieurs reprises, précisé mon point de vue concernant le Maréchal Pétain, mais je réponds très volontiers à la question que vous me posez à ce sujet. Il est, en cette affaire, une chose sur laquelle on ne peut revenir, c’est la condamnation de ce qui fut la capitulation de l’État et la collaboration de principe avec l’ennemi. Mais il est compréhensible que des Français, considérant la situation actuelle de ce vieillard de 94 ans et le rôle glorieux qu’il joua jadis, demandent qu’on lui donne la possibilité d’achever sa vie dans des conditions honorables. C’est ce que j’ai moi-même réclamé. Si c’est la solution qu’attendent ceux dont vous me parlez, le Rassemblement [du Peuple Français] y est tout acquis.
Croyez, Monsieur, à mes sentiments les plus distingués et les meilleurs".
Condamné à la peine de mort et à l’indignité nationale le 15 août 1945 pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison, Philippe Pétain vit cette sentence commuée en réclusion à perpétuité par le général de Gaulle, alors chef du Gouvernement provisoire de la République.
Au cours des années suivantes, une partie de l'opinion publique ainsi que plusieurs dignitaires réclamèrent sa libération. De Gaulle lui-même avait publiquement pris position en faveur de celui qu’il considérait comme un vieillard inoffensif, méritant de mourir dans une certaine dignité, lors d’une conférence de presse en mars 1949. Il renouvela cet appel à la clémence en raison de la santé déclinante de Pétain et en mémoire des grands services rendus à la France pendant la Grande Guerre, notamment lors d’un discours prononcé à Oran le 26 mai 1951. Pétain fut peut après transferé du fort de Pierre-Levée dans une maison de Port-Joinville, décrétée pour l'occasion annexe de l'hôpital militaire de Nantes, quelques semaines avant sa mort, survenue le 23 juillet suivant.
"Malgré tout, je suis convaincu qu’en d’autres temps, le maréchal Pétain n’aurait pas consenti à revêtir la pourpre dans l’abandon national. Je suis sûr, en tout cas, qu’aussi longtemps qu’il fut lui-même, il eût repris la route de la guerre dès qu’il put voir qu’il s’était trompé, que la victoire demeurait possible, que la France y aurait sa part. Mais, hélas ! Les années, par-dessous l’enveloppe, avaient rongé son caractère. L’âge le livrait aux manœuvres de gens habiles à se couvrir de sa majestueuse lassitude. La vieillesse est un naufrage. Pour que rien ne nous fût épargné, la vieillesse du maréchal Pétain allait s’identifier avec le naufrage de la France" (Mémoires de guerre, l’Appel, 1940-1942).
Kenneth W. Rendell Inc., Sommerville, USA (vente 8 novembre 1971, sans numéro).