
XXe siècle (lots 111-170)
Lettre autographe signée à Daniel de Monfreid, avril 1903. Écrite des îles Marquises, quelques jours avant sa mort.
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June 17, 01:43 PM GMT
Estimate
15,000 - 20,000 EUR
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Description
Gauguin, Paul
Lettre autographe signée à Daniel de Monfreid.
[Hiva-Oa] Avril 1903.
Une page ½ in-4 (250 x 201 mm), sur papier ligné. Signée "Paul Gauguin" puis une seconde fois "P. Gauguin".
Une des toutes dernières lettres de Gauguin, quelques jours avant sa mort, et la dernière adressée à son ami intime Daniel de Monfreid.
"Il sera dit toute ma vie que je suis condamné à tomber me relever retomber etc... Toute mon ancienne énergie s'en va chaque jour".
À celui qui fut l’un de ses défenseurs auprès des amateurs et des galeristes pendant les années polynésiennes, Gauguin avoue de grandes difficultés pécuniaires et judiciaires.
Il envoie trois tableaux destinés au peintre et collectionneur Gustave Fayet dont il attend au moins une avance si ces toiles ne lui convenaient pas. Accablé par le manque d’argent, il doit faire face à un "traquenard épouvantable" pour avoir osé protester publiquement contre l’administration locale.
"Après des faits aux Marquises scandaleux j'avais écrit à l'Administrateur pour lui demander de faire une enquête à ce sujet. Je n'avais pas pensé que les gendarmes sont tous de connivence, que l'administrateur est du parti du gouverneur etc... toujours est-il que le lieutenant a demandé les poursuites et qu'un juge bandit aux ordres du gouverneur et du petit procureur que j'avais malmené m'a condamné, loi juillet 81 sur la presse pour une lettre particulière – à 3 mois de prison et 1000f d'amende. Il me faut aller en appel à Tahiti. Voyage séjour et surtout frais d'avocat !! Combien cela va me coûter ? C'est ma ruine et la destruction complète de ma santé. Il sera dit toute ma vie que je suis condamné à tomber me relever retomber etc... Toute mon ancienne énergie s'en va chaque jour".
C’est un rapport rédigé par un inspecteur des colonies qui avait d’abord mis l’artiste en difficulté : "Le peintre Gauguin s’est attaché à attaquer dans l’esprit des indigènes toute autorité établie, les engageant à ne pas payer l’impôt et à ne plus envoyer leurs enfants à l’école". Le gouverneur avait qualifié Gauguin de "mauvais français", et lorsque le peintre avait tenté de dénoncer un gendarme de l’île de Tahuata pour corruption, le prétexte avait été tout trouvé pour le poursuivre pour diffamation.
Gauguin s’inquiète d’autant plus qu’il n'a rien reçu de son ami par le dernier courrier, et que cela fait trois arrivées de courriers sans nouvelles ni argent de Vollard alors qu'il est débiteur auprès de la Société commerciale. Il craint
de se retrouver "terriblement dans le lac" et d'apprendre la mort ou la faillite du marchand. "Toutes ces préoccupations me tuent".
Telle une terrible prédiction, cette dernière phrase trouvera sa réalisation le 8 mai 1903 : épuisé par les effets de la syphillis et de l’alcoolisme, Gauguin est emporté par une crise cardiaque, à l’âge de 54 ans, à Atuona, dans sa "Maison du Jouir".
En apprenant la mort de Gauguin, Vollard écrit à Monfreid, dans une lettre datée du 29 août : "Une très triste nouvelle. On m’annonce à l’instant la mort de Gauguin. Avez-vous entendu dire quelque chose de semblable. La nouvelle me vient de Mr Ary Leblond qui l’a eue du ministère des Colonies. Cela ne fera que me hâter de vous envoyer copie du compte de Gauguin".
Cependant Monfreid avait été averti six jours avant Vollard par l’administrateur aux îles Marquises, soit près de quatre mois après la disparition de Gauguin. C’est lui qui informa Mette Gauguin de la mort de son mari, celle-ci le priant alors de continuer de s’occuper des affaires du défunt : "Je sais que depuis des années déjà vous vous occupez des affaires de Paul et je vous serais très reconnaissante, si pour l’amour de celui qui n’est plus vous voulez bien continuer".
Lettres de Gauguin à Georges-Daniel de Monfreid, Crès, 1918, n° LXXXIII.
B. Danielsson, Gauguin à Tahiti et aux îles Marquises, éditions du Pacifique, 1975.
D. Haziot, Gauguin, Fayard, 2017.