
XIXe siècle (lots 68-110)
Correspondance au régisseur des biens de la famille Banville dans la Nièvre, 1869-1891. 74 lettres + environ 60 lettres de sa mère et de son épouse
Lot Closed
June 17, 01:05 PM GMT
Estimate
3,000 - 5,000 EUR
We may charge or debit your saved payment method subject to the terms set out in our Conditions of Business for Buyers.
Read more.Lot Details
Description
Banville, Théodore de
74 lettres ou billets autographes signés, la plupart à M. Berger, quelques-unes au frère ou au fils de celui-ci.
Paris ou Villa Banville [Lucenay-lès-Aix], 1869-1890.
150 pages in-8 ou in-12 (de 210 x130 à 150 x 100 mm), quelques lettres à son chiffre monogrammé, certaines sur papier deuil, une lettre à en-tête du National de 1869 [reparution sous ce titre du National, journal interdit sous le Second Empire] ; deux lettres co-écrites par Élisabeth de Banville et trois accompagnées de reçus signés et timbrés.
Lorsqu’un homme de lettres, chef de file de l’école parnassienne, se fait gestionnaire terrien.
[Avec :] une soixantaine de lettres de la mère et de l'épouse de Banville, dont une évoquant la mort de Victor Hugo.
Par la branche maternelle, Banville possédait des terres dans la Nièvre et dans l’Allier, à Lucenay-lès-Aix et à Moulins (sa ville natale). À distance, il s’adresse à la famille Berger, chargée de l’entretien des fermages.
Banville veille à tout, il examine les baux, compte et recompte, rectifie des erreurs comptables, signe quittances et reçus, exige des documents justificatifs sur les fermages, se renseigne sur les ventes ou les achats de parcelles, sur des litiges notariaux, etc. Et bien que se disant "peu homme d’affaires", il se montre pour le moins extrêmement pointilleux.
À travers ces pages, on découvre une relation forte et cordiale nouée entre le poète parisien et ses régisseurs, Berger père et fils. S’il est surtout question de finance, d’emprunts et de remboursements, Banville aborde également d’autres sujets comme l’envoi d’approvisionnements – notamment pendant le siège de Paris lorsque la survie de la famille Banville en dépend –, évoquant divers points de logistique (location d’une maison à Moulins), donnant des nouvelles de la santé de sa mère et de son beau-fils Georges [Rochegrosse], décrivant un jour de l’an heureux où ils ont dégusté une oie envoyée par les Berger, faisant brièvement allusion à ses occupations prenantes au journal [Le National], et toujours en saluant affectueusement la famille de son correspondant.
Plusieurs lettres concernent la succession de sa mère [décédée en 1876] et Banville se justifie de l’approximation avec laquelle avait été examinée celle de son père, mort en 1846.
L’abondance de ces missives ne permettent pas d’en détailler tout le contenu. On relèvera plus particulièrement les lettres écrites pendant la guerre de 1870. Banville remercie à plusieurs reprises les Berger pour des expéditions de bois, de vin et de victuailles (poissons, œufs, gibier, volailles…), ce qui leur permet de faire de grandes économies et de profiter de produits qu’on ne trouve pas à Paris ou de mauvaise qualité : "[…] combien je préfère ces volailles de notre pays bien en chair à celles d'ici qui sont engraissées facticement". "Ce qui a été pour nous un trésor inappréciable, c'est le beurre que Mme Berger a bien voulu prendre la peine de fondre elle-même pour nous" (23 février 1871). Il suggère, si cela est possible, de faire parvenir à l’intention de sa mère des fruits qu’on ne trouve pas à Paris. Une fois les routes de communications rouvertes, envois et échanges de documents comptables se poursuivent, année après année, et ce jusqu’à la dernière lettre (18 mai 1890) où Banville s’interroge sur la vente de certaines parcelles.
Si rien ne transparaît des épisodes de la Commune, on relève quelques allusions à la situation politique, par exemple au moment de la crise gouvernementale de 1877 [lorsque le président MacMahon, bien que monarchiste, se voit contraint de former un gouvernement de gauche] : "Les affaires politiques se sont un peu arrangées et on peut croire que les affaires reprendront et que tout se passera avec calme. Mais soyez bien sûr que s'il y avait lieu de craindre des troubles à Paris, je me souviendrais de votre offre si cordiale et j'accepterais votre hospitalité, car il n'est personne à qui je demanderais un tel service, plus volontiers qu’à vous". Banville déplore les ravages causés par le froid exceptionnel de l’hiver 1879-1880 et par les grandes crues de débâcle, à Paris comme en province. Il est en revanche très satisfait des progrès de son fils adoptif, le futur peintre Georges Rochegrosse, dont les études marchent bien, qui parvient assez vite à gagner de l’argent et dont les tableaux ont beaucoup de succès (lettre du 12 mai 1887).
Sa mère Zélie et sa compagne Élisabeth prennent le relais ou le précédent dans leurs demandes et instructions.
BANVILLE, Zélie de. 14 lettres autographes signées à M. Berger, 1869-1875 (27 pages in-8 sur papier deuil, certaines à en-tête de son prénom).
Propriétaire elle aussi de biens gérés par Berger, elle le remercie d’envois d’argent et de billets à ordre, en exprimant son affection pour toute la famille de son correspondant qu’elle considère un peu comme la sienne, compatissant à leurs souffrances, parlant de son grand âge et de sa vie, comme d’un râle d’agonie.
Zélie de Banville (1799-1876), après un premier veuvage en 1846, s’était remariée avec Jacques Auguste Delaire (décédé en 1864).
BANVILLE, Élisabeth de. 56 lettres autographes signées à M. ou à Mme Berger, dont une avec un post-scriptum de la main de Théodore de Banville, 1870-1891 (145 pages in-8 ou in-12, quelques-unes sur papier deuil).
Ces lettres, signées "Élisabeth de Rochegrosse" jusqu’en 1875 puis "Élisabeth de Banville" sont tout aussi affectueuses que celles de sa belle-mère envers la famille Berger. Elles se font plus souvent l’écho de la situation à Paris, particulièrement durant les années 1870-1871. C’est Élisabeth qui se charge de détailler ce dont ils ont besoin, en bois et en provisions, craignant les conséquences de la guerre. "Paris est non seulement en état de siège, mais sera assiégé avant 8 jours. Et comme nous sommes 6 personnes à manger tous les jours et qu'on ne vend déjà plus de viande ou presque plus et à des prix impossibles" (24 août 1870). "On nous dit que les Prussiens seront ici avant 2 jours. Vous pensez dans quel état je suis de ne sentir aucune provision à la maison quand on ne sait pas combien de temps va durer ce siège" (28 août 1870).
"La République vient d'être proclamée il y a 1 h environ, vers 3 heures le corps législatif a été envahi. Il y a eu effusion de sang heureusement très vite apaisée. Ici on espère beaucoup du nouvel ordre de choses pour opérer l’élan patriotique nécessaire à la défense de Paris et nous aider à chasser ces misérables prussiens. M. de Banville est à la Chambre" (4 septembre 1870).
On ne trouve pas plus de commentaires sur la Commune dans les lettres d’Élisabeth que dans celles de Banville, mais à longueur de pages et d’années, des remerciements chaleureux pour les multiples envois de provisions qu’elle reçoit ("d’un très grand secours dans la vie onéreuse de Paris"), se proposant de trouver aux halles un bel homard qu’elle destine à Mme Berger souffrante. Elle donne régulièrement des nouvelles de son fils, qui a commencé une formation artistique, et qui fait déjà de très jolis tableaux.
À l’automne 1876, plusieurs lettres évoquent le travail de Banville à propos d’une pièce montée à l’Odéon [Deïdamia, comédie héroïque en trois actes]. "Mon pauvre mari est sur les dents de fatigue", espérant "que le succès que tout le monde nous prédit se réalisera et mettra du baume sur tous nos maux".
Elle se charge de traiter diverses questions domestiques – notamment pour leur maison près de Lucenay, la Villa Banville – remplaçant son mari, très occupé par des visites officielles et des dîners chez les ministres, "conséquence de sa situation dans le monde et de sa célébrité" (10 janvier 1878). Et toujours elle demande du charbon et du bois pour procurer de la chaleur à son mari "qui ne bouge pas des après-midi entières quand il écrit".
Le 31 mai 1885, elle le prévient d’un retard dans la remise d’une traite "mais cette mort et ces funérailles de Victor Hugo nous ont fait perdre la tête. Et puis mon fils est parti en Allemagne, en Suisse et en Italie, de sorte que j'ai tant eu à faire que je vous le répète j'en ai perdu la tête".
Le 19 mars 1891, Elisabeth remercie les Berger d’être venus assister aux obsèques de Banville [décédé le 13 mars]. Ses dernières lettres sont adressées à Jean Berger fils et concernent la succession de son vénéré mari, étant la légataire universelle de ses biens.
Séparée de son premier mari au début des années 1860, Élise Marie dite Élisabeth Rochegrosse (1828-1904) vécut avec Banville sous son nom de femme mariée jusqu’à leur mariage douze ans plus tard, après la mort de Jules Rochegrosse survenue en 1874.
Cet imposant ensemble de la famille Banville constitue un rare et appréciable témoignage sur les liens entre littérature et domesticité, patrimoine et histoire nationale à la fin du XIXe siècle.
[On joint :]
ROCHEGROSSE, Georges. Lettre autographe signée et télégramme [Alger, 16 décembre 1905], à M. [Jean] Berger. Condoléances pour la mort de sa mère.
BERGER, Jean. Deux minutes autographes, 19 avril et 26 septembre 1904, au verso de lettres du notaire chargée de la succession de Mme de Banville, répondant à ses demandes.
3 faire-part dont celui du mariage de Théodore de Banville avec Mme veuve Élisabeth Rochegrosse, février 1875.
Retirage ancien d’une photographie de la villa Banville à Lucenay [vers 1880 ?].
Famille Berger par descendance directe.