
Les Possédés. Gallimard, 1959. Exemplaire du service de presse, avec un envoi à René Char.
Lot Closed
June 27, 01:13 PM GMT
Estimate
4,000 - 6,000 EUR
Lot Details
Description
Camus, Albert
Les Possédés. Pièce en trois parties, adaptée du roman de Dostoïevski.
Paris, Gallimard , collection Le Manteau d’Arlequin, 1959.
In-8 (185 x 120 mm). Broché.
Exemplaire de René Char.
Édition originale.
Exemplaire du service de presse.
Envoi autographe signé, au stylo bille bleu, au faux-titre :
"À vous, cher René
La moitié du livre avec tout le cœur de
Votre fidèle
Albert Camus".
"Les Possédés sont une des quatre ou cinq œuvres que je mets au-dessus de toutes les autres. À plus d’un titre, je peux dire que je m’en suis nourri et que je m’y suis formé. Il y a près de vingt ans en tout cas que je vois ses personnages sur la scène. [...] Dostoïevski, du reste, a, dans ses romans, une technique de théâtre : il procède par dialogues, avec quelques indications de lieux et de mouvements. L’homme de théâtre, qu’il soit acteur, metteur en scène ou auteur, trouve toujours auprès de lui tous les renseignements dont il a besoin" (Prière d’insérer de la deuxième édition, 1959).
Outre le roman lui-même, Camus a également utilisé pour son adaptation le texte découvert et publié en 1923, La Confession de Stavroguine, ainsi que les Carnets de Dostoïevski, traduits par Boris de Schloezer.
Créé le 30 janvier 1959 au théâtre Antoine, ce spectacle de quatre heures reçut un accueil mitigé de la part des critiques, mais se joua cependant pendant des mois, à Paris puis en tournée.
Camus, tout en pensant obtenir la direction d’un théâtre, passa l'été et l'automne 1959 à Lourmarin pour travailler à son roman autobiographique, Le Premier Homme, jusqu’au retour fatidique vers Paris, le 4 janvier 1960.
La veille de sa mort accidentelle, à l'âge de quarante sept ans, Camus a feuilleté et laissé ouvert sur sa table de travail, à côté de cette note manuscrite sur René Char : "Char est seul, sans être à l'écart. Rien ne lui ressemble [...] il est dans son temps comme le roc propre au milieu du fleuve souillé", l'exemplaire de La Faux relevée que Char lui avait adressé. (M.-C. Char, René Char. Faire du chemin avec..., p. 192).
La profonde amitié entre Albert Camus et René Char avait débuté en 1946 lorsque Camus avait fait publier les Feuillets d'Hypnos et dura jusqu'à la mort de Camus en 1960. Ce dernier considérait Char comme le plus brillant poète qui soit depuis Apollinaire : "Il y a peu d'hommes aujourd'hui dont j'aime à la fois le courage et l'attitude. Vous êtes de ceux-là - le seul poète aujourd'hui qui ait osé défendre la beauté, le dire explicitement, prouver qu'on peut se battre pour elle en même temps que pour le pain de tous les jours. Vous allez plus loin que les autres, n'ayant rien exclu" (lettre du 30 juin 1947). Char, quant à lui, écrivait à Gallimard à propos de son ami : "J'aimais chez lui la continuité du sentiment profond, la certitude qui comptait. Le visage privilégié qu'il tirait soudain de son cœur, il le dévoilait et le revoilait tout aussitôt. Ni le temps, ni l'ombre, ni l'humeur n'y opposait sa tâche. Observateur de soi sans indulgence, appliqué et volontaire, il ne se bornait donc pas aux apparences d'autrui."
René Char (envoi).
M.-C. Char, René Char. Faire du chemin avec ..., Gallimard, 1992, p. 192.