View full screen - View 1 of Lot 44. Masque, Dan, Côte d'Ivoire.

Provenant de la Collection Barbara et Brian Wolfowitz

Masque, Dan, Côte d'Ivoire

Auction Closed

December 12, 04:12 PM GMT

Estimate

80,000 - 120,000 EUR

Lot Details

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Description

Masque, Dan, Côte d'Ivoire


Hauteur : 23,5 cm

Lucien Van de Velde, Anvers

Lance Entwistle, Londres, acquis au précédent en 1983

Collection privée, New York, acquis au précédent

Sotheby's, New York, Important Tribal Art, 8 mai 1989, lot 32, confié à la vente par le précédent

Collection Barbara et Brian Wolfowitz, acquis lors de cette vente

Par Bertrand Goy


Cet autre masque Dan de la collection Wolfowitz appartient au corpus des représentations figuratives et harmonieuses que se partagent majoritairement les populations de langue mandé, Konor de Guinée, Gio et Mano du Libéria et Dan de Côte d’Ivoire. Leurs sculpteurs ont produit une large gamme de portraits humains qui s’opposent aux créations de leurs voisins Wé et autres Kran, de langue kru, mieux connus pour leurs masques plus expressionnistes.


Il est difficile de préjuger du rôle social de notre masque et de celui de ses semblables, chacun d’entre eux étant unique, doté d’une identité propre - modifiable à sa fantaisie - d’un nom bien à lui et d’une âme; il serait donc trompeur de se fier à l’apparence de ces entités particulièrement versatiles pour en déduire les fonctions qu’ elles remplissent. Si l’ethnologue a pu en établir la nomenclature, il peine toutefois à associer une forme ou un style à un usage [1], lequel n’intéressera souvent l’amateur d’art que s’il est la marque d’une extrême longévité. C’est le cas du masque décrit ici dont l’utilisation prolongée est confirmée par le beau glacis laissé à son envers aux emplacements où reposait le visage du danseur et la présence, sur certaines parties de sa périphérie, d’une deuxième rangée d’orifices permettant d’accrocher la parure de fibres, cauris ou cheveux traditionnelle, afin de remédier à l’usure des trous d’origine.


S’il est donc incertain d’avancer une hypothèse quant à la fonction de notre masque - au mieux est-il exclu qu’il eût pu servir lors des fréquentes courses masquées réservées pour des raisons fonctionnelles aux modèles à yeux ronds largement ouverts - du moins peut-on avoir une idée de son origine géographique. Son évidente parenté avec un masque collecté en 1933 [2] par le célèbre anthropologue anversois Frans Olbrecht permet de le situer à Flampleu. Ce village de Côte d’Ivoire, dans la région des dix-huit montagnes, sur la route reliant Danané à Man, fait partie du centre de « style nucléaire dan », selon l’expression de Pieter Jan Vandenhoute, élève du précédent, en mission dans le cercle cinq ans plus tard. 


De taille quasi-équivalente, les deux visages à l’ovale très pur présentent des traits dont l’analogie ne peut être le fait d’une coïncidence, à commencer par le traitement des yeux; ils semblent émerger d’un long sommeil, à demi clos par des paupière lourdes, gonflées, striées de trois lignes parallèles et rehaussées de sourcils suivant la même courbure. Le nez droit à l’arête vive s’évase à son extrémité, ses narines dilatées renforçant la sensualité du philtrum bien dessiné et celle de la bouche aux lèvres charnues et joliment ourlées. Le bois dur de l’oldfieldia dans lequel ils furent sans doute taillés a absorbé les nombreuses onctions reçues pour n’en conserver qu’une séduisante patine brune et brillante.


Déférence gardée envers l’AfricaMuseum, propriétaire du masque d’Olbrecht, l’œuvre proposée ici en est une version plus aboutie qui se distingue par la grande justesse de ses proportions, la virilité du visage rehaussé par ses pommettes saillantes, la ligne chéloïde frontale prolongeant celle du nez et les coups de gouge précis visibles à l’intérieur, témoignant de la main assurée du sculpteur… L’artiste inspiré qui sculpta le portrait du « beau garçon » aux si séduisants avantages, a non seulement réussi à incarner son propre idéal de grâce masculine, mais encore à le rendre universel.


[1] « L’apparence du masque ne dit souvent rien sur sa fonction », in Himmelheber H., Negerkunst und Negerkunstler, Braunschweig, Klinkhart & Biermann, 1960, p. 159

[2] AfricaMuseum, Tervuren (inv. n° EO.1967.63.118)