
Collection Marc de Monbrison - Vision d'Océanie
No reserve
Lot Closed
July 11, 12:13 PM GMT
Estimate
25,000 - 35,000 EUR
Lot Details
Description
Bâton cérémoniel ua, Île de Pâques
haut. 150 cm ; 59 in
Ceremonial staff, Easter Island (Rapa Nui)
Butler Museum, Harrow, 1904
Collection James Hooper (1897-1971), Londres / Arundel, acquis au précédent en 1930
Christie's, Londres, Art from New Caledonia, New Britain, New Guinea, New Ireland, Fiji, and the Cook Islands from the late James T. Hooper's Collection, 19 juin 1979, n° 198
Collection Marc de Monbrison (1942-1985), Paris, acquis lors de cette vente
Transmis par descendance
PHELPS, Art and artefacts of the Pacific, Africa and the Americas - The James Hooper Collection, Hutchinson - Christie's, 1976 : listé n° 392.
MACK W. Charles, Polynesian Art at auction 1965-1980, 1982, p. 84, n°3 (inversion d'illustration).
C’est lors des célèbres ventes, à Londres en 1979 et 1980, de l’exceptionnelle Collection de James Hooper (1897-1971), que Marc de Monbrison acquiert ce chef-d’œuvre de l’Île de Pâques. Ce nom s’impose comme l’une des provenances historiques majeures de la Collection Marc de Monbrison.
Dès son enfance, James Hooper, fasciné par l’ailleurs et ses traditions avait formé une petite collection de « curios ». A son retour de la Première Guerre mondiale, il poursuivit ses acquisitions de spécimens ethnographiques et réalisa rapidement que « la plupart des objets produits par les peuples primitifs devenaient de plus en plus difficiles à acquérir ».[1] A partir de cette époque, il constitua une collection aujourd’hui considérée comme la dernière des très grandes collections d’arts d’Afrique, d’Océanie et des Amériques formées par un Britannique.
Son intérêt se porta d’abord sur les arts de la Polynésie, avant de s’élargir aux arts de Mélanésie, Micronésie, et enfin aux arts d’Afrique et des Indiens d’Amérique. Si sa collection comptait de nombreux chefs-d’œuvre, les arts et cultures de Polynésie demeurèrent, son domaine de prédilection.[2]
Hooper n’entreprit que trois voyages dans sa vie et, à quelques rares exceptions, il constitua l’ensemble de sa collection en Grande-Bretagne, acquérant des objets collectés comme des souvenirs par des explorateurs, des missionnaires ou des officiers régionaux. Il a souvent acquis auprès des musées de son pays des œuvres qu’il savait d’intérêt majeur. Probablement inspiré par Harry Geoffroy Beasley (1881-1939), Hooper ouvrit en 1957 un musée privé, The Totems, permettant au public de voir sa collection. Comme le souligna Stephen Phelps, la création de ce musée fut le couronnement de l’œuvre de Hooper, qui partageait là son temps et ses connaissances avec ceux qui venaient découvrir ses trésors.
N° 198 de la vente du 19 juin 1979 cette œuvre de l’Île de Pâques s’affirme comme l’un des rares témoins des créations artistiques de cette île polynésienne. Insignes de prestige et d'autorité, les bâtons ua étaient réservés à l'aristocratie rapanui et précieusement conservés dans un étui en roseau. Leur fonction ostentatoire a été décrite par les premiers observateurs européens, tels que Felipe Gonzales en 1770 et La Pérouse en 1786.
Le premier à entrer dans une collection européenne fut celui collecté lors du deuxième voyage du capitaine Cook, en mars 1774 (Royal Albert Memorial Museum and Art Gallery, Exeter, cf. Hooper, 2008, p. 147, n° 96). Essentiellement conservés dans des musées, les - rares - bâtons ua se singularisent par leur extrémité sculptée d'une tête Janus, aux visages identiques, dont les yeux sont originellement sertis d'un fragment d'obsidienne. Selon Michel et Catherine Orliac, l'entité féminine représentée pourrait être associée, par le détail du lobe d'oreille distendu "révélant son grand âge, [...] à Hina kauhara, la première femme née de Tiki, le premier homme, et qui devint ensuite son épouse [...] Dans cette hypothèse, toutes les familles auraient la même aïeule, car le visage est identique sur tous les ua".[3]
Au sein de cet étroit corpus, celui de la Collection Marc de Monbrison se distingue par l'ampleur de la tête biface, la grande dimension des yeux (dont deux ont gardé leurs incrustations) et la profondeur de la patine, le plaçant parmi les exemplaires les plus anciennement collectés (depuis l'exemplaire Cook jusqu'à celui du musée d'Oslo, collecté en 1869 ; cf. Orliac, idem, figure 97).
[1] Hooper et Burland, The Art of Primitive People, 1953 : p. 11.
[2] Phelps, Art and Artefacts of the Pacific, Africa and the Amercias : the James Hooper Collection, 1976 : p. 10.
[3] Orliac, Trésors de l'Île de Pâques, 2008 : p. 156-157.
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