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Livres et Manuscrits des XIX & XXe siècles (lots 99 à 171)
Lettre autographe signée à Robert de Billy. [Cabourg, vers fin juillet 1908.]
Lot Closed
June 22, 02:35 PM GMT
Estimate
3,000 - 5,000 EUR
Lot Details
Description
Livres et Manuscrits des XIX & XXe siècles (lot 99 à 171)
PROUST, MARCEL
Lettre autographe signée à Robert de Billy.
[Cabourg, vers fin juillet 1908.]
ARRIVÉ À CABOURG MI-JUILLET, ET MENANT UNE VIE "PEU VAILLANTE", PROUST INCITE ROBERT DE BILLY À RENONCER À LE REJOINDRE.
4 p. in-12 (170 x 114 mm), sur un bifeuillet, sans filigrane. Signée "Marcel".
Trace d’onglet.
Le deuxième été de Proust à Cabourg.
"Merci de votre lettre autant que cette affreuse plume me permet de le faire. Je suis à Cabourg Grand Hôtel, mais je ne souhaite point que vous veniez me voir, pour ces raisons : je mène une vie fort peu vaillante et ne pourrais vous voir qu’à des heures trop tardives pour que vous puissiez rentrer facilement le soir […]". L’hôtel est complet, et Proust l’incite à se rendre aux Frémonts, propriété de M. et Mme Hugo Finaly à Trouville, où séjourne, semble-t-il, la comtesse Louis Seguin de La Salle. Il poursuit sa lettre évoquant les personnes qu’il a récemment vues : "Jacques Faure [membre de l’Automobile-Club et de l’Aéro-club] qui m’a parlé de vous fort gracieusement, j’ai aussi parlé de vous avec Mme de Barbarin [née Mary Finaly] et Jacques Derbanne […]".
Puis, l’assurant de son aide pour trouver une chambre s’il souhaite venir, il se désole de la société anonyme qu’il côtoie à l’hôtel. "Pas une personne sur qui vous ne puissiez mettre un nom. Quelques "marchands de biens" israélites sont l'aristocratie d'ailleurs orgueilleuse du lieu. Madame Cottier [actrice] habita quelques jours des rives assez voisines mais je crois qu'elle les a désertées. Je l'ai eue à dîner avec Papillon [Alexandre] de Neufville. Je ne sais qu’ils se sont appréciés".
On pense irrésistiblement au narrateur de la Recherche, qui, a son second séjour à Balbec, assailli par la tristesse de la mort de sa grand-mère, ne veut voir personne, ni la vieille marquise de Cambremer, ni l’ennuyeux premier président, ni même même Albertine qui le fait appeler : il veut s’arranger "à ne pas la voir". Et même si le directeur de l’hôtel lui dit que "tout le monde ici [le] désire", il pense : "Mais moi, je ne voulais voir personne" (III, p. 160).
Robert de Billy (1869-1953) rencontre Proust à Orléans durant leur service militaire en février 1890 et le retrouve ensuite à l’École des sciences politiques. Il devient l’un de ses meilleurs amis et entretient une correspondance intime avec lui. Comme Saint-Loup dont il est l’un des modèles, Billy est souvent sollicité par Proust pour quelques conseils : ici, sur une dame du monde et sur sa carrière, plus tard sur des recommandations pour des jeunes hommes qu’il fréquente.
LITERATURE:
Corr., VIII, n° 105.
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