View full screen - View 1 of Lot 150. Romance de la luna luna. 1934. Poème autographe signé, orné d'un dessin et offert à son ami Mora Guarnido.
150

García Lorca, Federico

Romance de la luna luna. 1934. Poème autographe signé, orné d'un dessin et offert à son ami Mora Guarnido

Estimate:

20,000 to - 30,000 EUR

García Lorca, Federico

García Lorca, Federico

Romance de la luna luna. 1934. Poème autographe signé, orné d'un dessin et offert à son ami Mora Guarnido

Romance de la luna luna. 1934. Poème autographe signé, orné d'un dessin et offert à son ami Mora Guarnido

Estimate:

20,000 to - 30,000 EUR

Lot sold:

47,880

EUR

García Lorca, Federico


Romance de la luna luna (1926). Poème autographe signé.

Montevideo, 1934.


Une page petit in-folio (335 x 220 mm). Encre brune sur papier vergé "Conqueror London".


SUPERBE ET EXCEPTIONNEL MANUSCRIT DU POÈME INAUGURAL DU RECUEIL ROMANCERO GITANO, PARU EN 1928.


Offert par García Lorca à son ami José Mora Guarnido, orné d'un dessin à la plume.


"La luna vino a la fragua

con su polisón de nardos.

El niño la mira mira,

El niño la está mirando.


En el aire conmovido

mueve la luna sus brazos

y enseña, lúbrica y pura,

sus senos de duro estaño. 


Huye luna, luna, luna,

Si vinieran los gitanos,

harían con tu corazón

collares y anillos blancos"...


Cette "Romance de la lune" illustre parfaitement l’alliance de la poésie savante et de la poésie populaire que García Lorca a magnifiée dans son Romancero, utilisant forme et thèmes traditionnels de la poésie espagnole du XVe siècle. Les octosyllabes, en rimes assonantes dans les vers pairs, chantent la culture gitane et andalouse, faisant intervenir aussi bien des personnes folkloriques qu’oniriques, ici dans une berceuse quasi mortifère où la lune, danseuse nocturne, dialogue avec un jeune garçon qu’elle emporte, loin des cavaliers gitans.


La grande signature de García Lorca, aux majuscules élancées, est suivie d’un dessin, de la même encre que le poème, avec petits rehauts au crayon bleu et rouge.

Ce Pierrot lunaire et mélancolique, portant quelques notes de musique sur son épaule, est très représentatif du style et de l’inspiration de Lorca dessinateur. 


Dédicace à l’avocat et écrivain espagnol José Mora Guarnido, sous le titre du poème, avec la date de sa composition : 

"Para un vierjo y queridísimo camarada"… [Pour un vieil et très cher ami].


Guarnido a raconté, dans une biographie consacrée à García Lorca, que très peu de temps avant son départ de Grenade à l’automne 1923, lors d’une promenade, son ami lui a récité la plupart des poèmes que l'on retrouve dans Romancero et qu'il en avait été très impressionné ; notamment par cette Romance de la luna luna. Le poète avait alors sur le champ accepté de le lui dédier et avait même inscrit son nom sur le manuscrit.

Mais la version publiée fut finalement dédiée à la jeune sœur de Lorca, Conchita. Le poète se fit pardonner ce revirement lorsque les deux amis se revirent à Montevideo, en 1934, en lui offrant ce manuscrit, dédicacé et illustré.


José Mora Guarnido (1894-1967), ami de jeunesse de García Lorca, avait été l'un des fondateurs du "Rinconcillo", groupe de jeunes intellectuels andalous se réunissant au café Amaleda à Grenade.

Républicain engagé, il avait dû quitter l’Espagne après le coup d’état du général Miguel Primo de Rivera en 1923, s’installant pour un exil définitif à Montevideo. C’est là que les deux amis se retrouvèrent, lors d’une tournée en Amérique latine de La Barraca ; dirigée par Lorca à partir de 1931, cette compagnie de théâtre populaire montait des pièces du répertoire classique espagnol mais aussi les œuvres de García Lorca, dont Noces de Sang qui remporta un immense succès lors de cette même tournée. 


García Lorca, de retour en Espagne au moment où éclate la guerre civile, est arrêté à Grenade chez le poète Luis Rosales et fusillé par les gardes civils le 19 août 1936, à l'âge de 38 ans.


Provenance : José Mora Guarnido. ─ Alcides Giraldi (1914-1978), professeur de littérature uruguayenne à qui Guarnido légua sa bibliothèque, et descendance.


Référence : Œuvres complètes, I. Bibliothèque de la Pléiade, 1981. P. 968. ─ J. Mora Guarnido. Federico García Lorca y su mundo, Buenos Aires, 1958. ─ Federico García Lorca. Dibujos. Catalogue du Musée d’Art contemporain, Madrid, 1986.

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Traduction du poème, par André Belamich :

À Conchita Garcia Lorca

La lune vint à la forge
avec ses volants de nards.
L’enfant, les yeux grands ouverts,
la regarde la regarde.

Dans la brise qui s’émeut
la lune bouge les bras,
dévoilant, lascive et pure,
ses seins blancs de dur métal.

Va-t-en lune, lune, lune.
Si les gitans arrivaient,
ils feraient avec ton cœur
bagues blanches et colliers.

Enfant, laisse-moi danser.
Quand viendront les cavaliers,
ils te verront sur l’enclume
étendu, les yeux fermés.
Va-t-en lune, lune, lune,

Je les entends chevaucher.
Enfant, laisse-moi, tu froisses
ma blancheur amidonnée.
Battant le tambour des plaines
approchait le cavalier.

Dans la forge silencieuse
gît l’enfant, les yeux fermés.
Par l’olivette venaient,
bronze et rêve, les gitans,
chevauchant la tête haute
et le regard somnolent.

Comme chante sur son arbre,
comme chante la chouette !
Dans le ciel marche la lune
tenant l’enfant par la main.
Autour de l’enclume pleurent
les gitans désespérés.
La brise qui veille, veille,
la brise fait la veillée.