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143

Leduc, Violette

La Bâtarde. 1958-1963. Important manuscrit autographe, premier jet. 23 cahiers, env. 2048 p. ms.

Estimate:

40,000

to
- 60,000 EUR

Leduc, Violette

Leduc, Violette

La Bâtarde. 1958-1963. Important manuscrit autographe, premier jet. 23 cahiers, env. 2048 p. ms.

La Bâtarde. 1958-1963. Important manuscrit autographe, premier jet. 23 cahiers, env. 2048 p. ms.

Estimate:

40,000

to
- 60,000 EUR

Lot sold:

50,400

EUR

Leduc, Violette


La Bâtarde.

[Mars 1958-février 1964.] Important manuscrit autographe de premier jet, complet.


23 cahiers manuscrits in-8 (227 x 173 mm), soit environ 2048 pages (sur environ 4114 feuillets), avec de nombreuses pages portant quelques corrections ou paragraphes ajoutés. Les cahiers sont numérotés de 1 à 15, avec 2 cahiers portant les numéros 1, 6, 11, 12, 13, 14 et 15, et un cahier au numéro illisible (3, barré). Quelques béquets et pages contrecollés.

Bon état, couverture du cahier 7 découpée.


Extraordinaire manuscrit de premier jet du roman le plus célèbre de Violette Leduc.

Il comporte plusieurs passages inédits, de très nombreuses ratures et corrections : sur plus de 2000 pages, le manuscrit permet de lire la genèse du roman, depuis ses premiers brouillons jusqu’à un état proche du texte publié.

Deux de ces cahiers sont dédiés à Simone de Beauvoir.


Genèse du roman. En 1958, sur les conseils de Simone de Beauvoir, Violette Leduc entreprend la rédaction de ce qui deviendra, après cinq ans de travail, La Bâtarde. Elle puise son inspiration dans sa bâtardise, cette "plaie" qui constitue le noyau amer de son œuvre vertigineuse et haletante. Il ne s’agit pas, comme dans L’Asphyxie, d’évoquer l’enfance à travers la voix d’une petite fille : c’est à présent le regard d’une adulte sur son passé, distance qui lui permet de se réconcilier avec sa mère. Violette Leduc décide de mener son récit jusqu’en 1944, afin d’évoquer son séjour en Normandie avec l’écrivain Maurice Sachs, dont elle fut éperdument éprise et qui, le premier, l’incitera à "entrer en littérature".

Son projet autobiographique de longue haleine — comme en témoigne notamment le nombre de cahiers manuscrits — la déconcerte tout d’abord : ayant, dans ses précédents livres, presque toujours mentionné très fidèlement les événements vécus, elle s’est demandé comment mettre en scène son personnage tout en demeurant authentique. La critique a montré qu’elle a choisi, dans ce récit qui se veut pourtant autobiographique, cette fois de transposer les faits, changeant noms, lieux et circonstances— voir par exemple la comparaison entre le déroulé d’un épisode central (celui de l’agression) du présent manuscrit avec celui qui sera retenu pour la publication : elle remodèle la réalité pour obtenir davantage de dramaturgie et ainsi souligner davantage la douleur de la narratrice.


Une autobiographie impudique et scandaleuse d’une femme, bâtarde, laide et homosexuelle. La Bâtarde, lancée par une longue et dithyrambique préface de Simone de Beauvoir, fit scandale. "Une femme descend au plus secret de soi et elle se raconte avec une sincérité intrépide, comme s’il n’y avait personne pour l’écouter", écrit Beauvoir. Femme, bâtarde, homosexuelle, l’auteur analyse surtout sa condition de marginale. D’une nature timide et pudique, Violette Leduc perd toute réserve face à la page blanche : elle aborde sans fards des sujets restés tabous : "Quand j’ai lu Colette, j’ai aimé sa langue très savante, sa puissance d’évocation mais je la trouvais bien timide du point de vue érotique. Je me disais, bien avant de commencer d’écrire : "Si je réussissais à écrire, j’aimerais en dire plus qu’elle." Parce que les femmes n’arrivent pas à se libérer de l’érotisme, même celles qui écrivent. Il n’y a pas une femme Henry Miller, pas une femme Jean Genet. Je souhaite être un exemple dans l’avenir pour des jeunes filles qui écriront et qui voudront peut-être et pourront aller plus loin que moi." Violette Leduc se met à nu : si elle décrit sans en rien dissimuler son homosexualité et sa vie sexuelle, elle évoque aussi sa laideur, confesse sans détour son égocentriste, son avarice, ses rancœurs, un vol dans un grand magasin ou ses activités de marché noir pendant la guerre, soit toutes ces "petitesses que d’habitude on déguise avec soin", au contraire de la plupart des écrivains qui, "quand ils confessent de mauvais sentiments, en ôtent les épines par leur franchise même" (Simone de Beauvoir). Admirative, Anaïs Nin écrira : "L’auteur ne fait preuve d’aucune complaisance ni du moindre désir d’embellir sa conduite ou sa personne".


Étape majeure dans l’histoire de l’autobiographie en France. La Bâtarde, publiée en 1964 est le roman qui révèle Violette Leduc au grand public, même si ses premiers livres déjà avaient conquis Simone de Beauvoir, Cocteau, Genet, Jouhandeau, Sarraute, Sartre et, évidemment, Camus qui avait publié L’Asphyxie en 1946. Le roman connaît un immense succès dans le monde entier ; Henry Miller, Janet Flanner, Kate Millett ou Anaïs Nin l’admirent. Ce chef-d’œuvre ouvrit la voie à d’autres écrivains, aussi bien en France qu’à l’étranger. Il a sans doute contribué à la naissance d’un genre littéraire qu’on nomme aujourd’hui autofiction.


Le manuscrit : écriture et réécriture. La romancière, ainsi que l’a écrit Catherine Violet pour Ravages, "réécrit sans relâche, souvent in-extenso, sur ses cahiers d’écolier quadrillés ; mais à la différence des paperoles proustiennes, les strates d’écriture s’additionnent en épaisseur, sous forme de palimpseste, et non en surface" (p. 173). Ainsi, de nombreuses pages sont entièrement biffées d’une croix de Saint André, puis réécrites. Après le célèbre incipit du roman qui s’ouvre sur une excuse d’être née ("Mon cas n’est pas unique : j’ai peur de mourir et je suis navrée d’être au monde", un des deux cahiers n° 1, f. 3r), une partie de la longue invective à sa mère est barrée sur 4 pages (f. 9-15 r) avant d’être réécrite avec des variantes formulations. Sur d’autres pages, l’auteur préfère coller des pages venant d’un autre cahier et recouvrir une version du texte qu’elle ne souhaite pas garder. Ces pages collées viennent parfois du manuscrit de Thérèse et Isabelle, la première de Ravages, censurée à cause de l’homosexualité du personnage par Gallimard lors de la publication du roman en 1955 et qu’elle intègre dans le troisième chapitre de La Bâtarde (voir lot 140. Le manuscrit comporte de nombreux passages inédits.


Si la page de droite est utilisée pour développer son récit, celle de gauche est réservée aux corrections, ajouts, notes de travail ou commentaires divers. Elle mentionne les passages "à corriger", les scènes à "mieux décrire", à "arranger" ou à "enchaîner autrement" ; elle y indique les lieux parisiens qu’elle doit revoir pour en recréer plus fidèlement l’atmosphère. Ces annotations témoignent aussi de ses obsessions : imaginant qu’un juge mystérieux l’épie lorsqu’elle écrit, lit son manuscrit en son absence, Violette Leduc ajoute des notes "explicatives" en marge du texte. Elle craint qu’on ne la soupçonne d’"inventer", de tricher : "Exact, pas inventé. J’ai changé le prénom" ; "Ce nom n’est pas inventé" ; ses notes lèvent le voile sur l’identité des personnes qui ont inspiré certains personnages, dont elle donne le véritable nom ("Il s’appelait Georges dans la réalité. Ma mère doit s’en souvenir"). Elle écrit aussi : "Pour mes persécuteurs, à ne pas taper : pas inventé." Et elle va jusqu’à soupçonner ses "persécuteurs" d’avoir arraché des pages de cahiers et de lui soustraire ses livres...


"Cahiers dédiés et donnés à Simone de Beauvoir", annonce la première ligne manuscrite du premier cahiers — l’un des deux cahiers 6 porte la même mention, barrée. Figure tutélaire pour Violette Leduc depuis sa rencontre en 1945, Simone de Beauvoir, qui n’a cessé de l’encourager à écrire, sera également l’une de ses correctrices : quelques pages du manuscrit portent son écriture, ses ratures, ou des annotations marginales sur la longueur de certains passages (principalement cahier n° 3). Notons encore que c'est Simone de Beauvoir qui suggéra le litre de La Bâtarde à Violette Leduc.


Nous remercions M. Carlo Jansiti pour les informations qu’il a bien voulu nous communiquer pour la rédaction de cette notice.


Conservé à l’IMEC depuis 1994, ce manuscrit de travail nous plonge dans la genèse du roman le plus célèbre de Violette Leduc.


Le manuscrit le plus important de l’auteur passé en vente.


Provenance : Violette Leduc, puis par descendance.


Références : Catherine Viollet, "Violette Leduc, L’incipit de Ravages", in Genesis, n° 16, numéro spécial "Autobiographies", p. 171-193. — Catherine Viollet, "Violette Leduc, une sincérité intrépide ?", dans Écritures de soi au féminin, études réunies par Monika Boehringer, Dalhousie French Studies, vol. 47, 1999. — Carlo Jansiti, Violette Leduc, biographie, Paris, Grasset, 1999. — Carlo Jansiti, "Métamorphoses du biographème", dans Violette Leduc, actes du colloque sous la dir. de M. Hecquet et P. Renard, 1998, p. 79-86. — Violette Leduc, Correspondance, éd. C. Jansiti, Gallimard, Les cahiers de la N.R.F., 2007.

Sur Violette Leduc et Simone de Beauvoir, voir les lettres inédites de cette dernière, lot 118.

Quelques béquets et pages contrecollés. Bon état, couverture du cahier 7 découpée.


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(Veuillez noter que l’Article XVI des Conditions Générales de Vente applicables aux Acheteurs (Ventes Effectuées Exclusivement en Ligne) n’est pas applicable pour ce lot.)


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