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13

RENÉ MAGRITTE | LE TEMPS JADIS

Artist's Resale Right

Estimate:

1,400,000

to
- 1,800,000 EUR

PROPERTY FROM AN IMPORTANT PRIVATE EUROPEAN COLLECTION | PROVENANT D'UNE IMPORTANTE COLLECTION PARTICULIÈRE EUROPÉENNE

RENÉ MAGRITTE | LE TEMPS JADIS

RENÉ MAGRITTE | LE TEMPS JADIS

Estimate:

1,400,000

to
- 1,800,000 EUR

Lot sold:

1,932,500

EUR

PROPERTY FROM AN IMPORTANT PRIVATE EUROPEAN COLLECTION

RENÉ MAGRITTE

1898 - 1967

LE TEMPS JADIS


signed Magritte (lower left); titled "LE TEMPS JADIS" (on the reverse)

oil on canvas

38,2 x 46 cm; 15 x 18⅛ in.

Painted in 1966.

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PROVENANT D'UNE IMPORTANTE COLLECTION PARTICULIÈRE EUROPÉENNE

RENÉ MAGRITTE

1898 - 1967

LE TEMPS JADIS


huile sur toile

38,2 x 46 cm; 15 x 18⅛ in.

Peint en 1966.

To request a condition report for this lot, please contact Aude.Clerempuy@sothebys.com.

Private collection (acquired directly from the artist on August 23, 1966)

Galerie Cazeau-Béraudière, Paris

Private collection, Rome

Acquired from the above by the present owner

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Collection particulière (acquis directement auprès de l'artiste le 23 août 1966)

Galerie Cazeau-Béraudière, Paris

Collection particulière, Rome

Acquis auprès du précédent par le propriétaire actuel

David Sylvester & Sarah Whitfield, René Magritte, Catalogue raisonné III: Oil Paintings and Objects 1949-1967, Antwerp, 1993, no. 1046, illustrated p. 434

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David Sylvester & Sarah Whitfield, René Magritte, Catalogue raisonné III: Oil Paintings and Objects 1949-1967, Anvers, 1993, no. 1046, reproduit p. 434

Brussels, Galerie Isy Brachot, Magritte, cent cinquante œuvres, première vue mondiale de ses sculptures, 1968, no. 109 (titled Au temps jadis)

Hanover, Kestner Gesellschaft; Zurich, Kunsthaus, René Magritte, 1969, no. 84, illustrated in the catalogue p. 163

Cologne, Baukunst, René Magritte, 1977, no. 17

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Bruxelles, Galerie Isy Brachot, Magritte, cent cinquante œuvres, première vue mondiale de ses sculptures, 1968, no. 109 (titré Au temps jadis)

Hanovre, Kestner Gesellschaft; Zurich, Kunsthaus, René Magritte, 1969, no. 84, reproduit dans le catalogue p. 163

Cologne, Baukunst, René Magritte, 1977, no. 17

In this silent, night-time composition, Magritte presents objects in a new context, as per the dictum of the Comte de Lautréamont (1846-1870), whose work had previously been rediscovered by the Surrealists. Magritte was inspired by the writer's concept — put forward in Les Chants de Maldoror, published in 1869 — that it was possible to view [something as being]: 'as beautiful as the chance encounter of a sewing machine and an umbrella on an operating table.' In parallel with this new vision of beauty, Magritte was influenced by the work of Giorgio de Chirico. Following his discovery of de Chirico's Chant d'Amour (1914) in the journal Les Feuilles Libres in 1923, by way of the poet Marcel Lecomte, the artist sought to give precedence to the idea of composition over aesthetics, by assembling distant realities in order to create a mysterious, poetic universe. 'My eyes saw thought for the first time', he later wrote. It is 'a complete break with the intellectual habits peculiar to artists who are prisoners of their talent, virtuosity and all petty aesthetic frills. It is a question of a new vision, where the viewer rediscovers his isolation and hears the silence of the world.' (René Magritte, 'La Ligne de vie' in G. Ollinger-Zinque and F. Leen (eds.), René Magritte, Catalogue du Centenaire, Brussels, the Royal Museums of Fine Arts of Belgium, 1988, p. 44). Although the presence of a fire does not seem out of the ordinary in Le Temps Jadis, the crow's head that meets the viewer's gaze is quite puzzling. From this stare emerges a profound sense of humanity, as the crow's head is embedded into a bilboquet [a cup-and-ball toy], scaled up to human size. Here, mystery reigns supreme, conveyed by the strangeness of the association between the disparate elements and by the limited palette of a few gradated colours. The enigmatic title, Le Temps Jadis, also refers to this timeless atmosphere in an indeterminate place.


Created a year before the artist's death, this work bears witness to René Magritte's career-long reflection on the apparent opposition between reality and illusion. It contains iconographic themes that the painter held dear. Fire is a recurring element in his work, first seen in 1934 in L'Échelle du Feu. Likewise, the painter depicted crows on multiple occasions, including in Le Prince Charmant (1948), where the figure of the bird is — as in this work — represented in the foreground on the right-hand side of the work. The bilboquet, whose handle takes the form of a chess piece, is a theme that is also frequently found in the painter's oeuvre. It was seen as early as the 1920s, in paintings such as Nocturne and Les Deux Soeurs, and became anthropomorphic in 1926 in La Naissance de l'IdoleLe Temps Jadis also reworks the composition of La Belle Lurette, made a year earlier in 1965, embedding the crow's head into a bilboquet instead of an eyeball. Le Temps Jadis bears witness to a powerful simplicity, characteristic of Magritte's final artistic period, which synthesized an artistic career made up of myriad influences. This painting is thus evocative of what the artist told Pierre Demarne in a 1961 interview for the magazine Rhétorique: 'The visible presented by the world is rich enough to constitute a poetic language evocative of mystery.'

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Dans cette composition silencieuse à la nuit tombée, Magritte met en scène des objets dans un contexte inédit, selon le précepte du Comte de Lautréamont (1846-1870), dont l’œuvre a précédemment été redécouverte par les surréalistes. Magritte s’est inspiré de la conception de l’écrivain qui énonçait dans Les chants de Maldoror, publié en 1869, qu’il était possible de voir le "beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie". Parallèlement à cette vision inédite de la beauté, Magritte a été influencé par l’œuvre de Giorgio de Chirico. A la suite de la découverte du Chant d’Amour (1914) de Chirico dans la revue Les feuilles Libres en 1923, par le biais du poète Marcel Lecomte, l’artiste a cherché à faire primer l’idée de la composition sur l’esthétisme, en assemblant des réalités lointaines afin de créer un univers mystérieux et poétique. "Mes yeux ont vu la pensée pour la première fois", écrira-t-il plus tard. C’est "la rupture complète avec les habitudes mentales propres aux artistes prisonniers du talent, de la virtuosité et de toutes les petites spécialités esthétiques. Il s’agit d’une nouvelle vision où le spectateur retrouve son isolement et entend le silence du monde" (René Magritte, "La Ligne de vie" dans G. Ollinger-Zinque et F. Leen (sous la direction de), René Magritte, Catalogue du Centenaire, Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, 1988, p. 44). Bien que la présence d’un feu ne semble pas insolite dans Le Temps Jadis, cette tête de corbeau dont le regard soutient celui du spectateur a de quoi dérouter. De ce regard fixe se dégage un sentiment de profonde humanité, alors qu’il se voit intégré à un bilboquet transposé à l’échelle humaine. Le mystère règne ici en maître, porté par l’étrangeté de cette association d’éléments disparates ainsi que par une palette chromatique réduite à quelques couleurs déclinées en dégradé. Le titre énigmatique Le Temps Jadis renvoie également à cette atmosphère atemporelle dans un lieu indéterminé.


Cette œuvre, réalisée un an avant le décès de l’artiste, témoigne de la réflexion qu’a menée René Magritte tout au long de sa carrière sur l’apparente opposition entre réalité et illusion. On y retrouve des thèmes iconographiques chers au peintre. Le feu est un élément récurrent de son œuvre, présent dès 1934 dans L’échelle du feu. De même, le peintre a peint des figures de corbeau à de multiples reprises comme dans Le Prince Charmant de 1948, où la figure de l’oiseau est – de façon similaire à notre œuvre – représentée au premier plan sur le côté droit de l’œuvre. Le bilboquet, dont le fût est en forme de pièce d’échiquier, est un thème que l’on retrouve également fréquemment dans l’œuvre du peintre. Il est présent dès les années 1920, dans des tableaux comme Nocturne ou Les Deux Sœurs, puis s’anthropomorphise en 1926 dans La Naissance de l’Idole. Le Temps Jadis renouvelle en outre la composition de La Belle Lurette, réalisée un an auparavant en 1965, intégrant la tête de corbeau au bilboquet à la place du globe oculaire. Le Temps Jadis témoigne d’une puissante simplicité, caractéristique de la dernière période artistique de Magritte qui offre la synthèse d’une vie artistique faite d’une multitude d’influences. Ce tableau est ainsi évocateur de ce que l’artiste avait déclaré lors d’un entretien de 1961 – pour le magazine Rhétorique – à Pierre Demarne : "Ce que le monde offre de visible est assez riche pour constituer un langage poétique évocateur de mystère".