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II. Livres XIX-XXIe siècles (lots 17-53)

Hugo, Victor

[Umbra] Poème autographe. Magnifique manuscrit de travail, corrigé et biffé (sur un grand feuillet in-folio).

Lot Closed

July 4, 12:37 PM GMT

Estimate

3,000 - 5,000 EUR

Lot Details

Description

Hugo, Victor

[Umbra]. Poème autographe.

[Vers 1860].

 

Une page in-folio (318 x 228 mm). Contrecollé. Encadré sous verre.


Magnifique manuscrit de travail, de quatre dizains octosyllabiques répartis sur deux colonnes verticales.

Hugo a biffé chacun des dizains indiquant, selon son habitude, qu’il les a utilisés.


Quatre strophes du poème "Umbra", qui sera publié en 1888 dans Toute la lyre, recueil posthume dont Victor Hugo avait, de son vivant, décidé du titre. Dès 1870, le poète définit ainsi son volume : "Ce recueil sera une sorte de répertoire de la poésie, de celle du moins qui est en moi. Il aura un nombre indéterminé de volumes. Tout y sera, depuis le distique jusqu’à l’épopée. Je l’achèverai si Dieu le veut. Sinon, mes fils le publieront. Il sera divisé en sections portant des titres distincts [...]. Mes fils après ma mort le compléteront avec tous les fragments [...]. Ce livre, 'Toute l’âme' [premier titre de Toute la lyre], sera comme un testament".


Après la mort de Victor Hugo, le dramaturge Paul Meurice, le poète Auguste Vacquerie et l’homme politique Ernest Lefèvre, sont chargés d’éditer l’intégralité des manuscrits non publiés de leur ami. La structure de Toute la lyre n'avait pas été entièrement définie par Victor Hugo : les différentes éditions présentent des variantes importantes, scindant un poème, fusionnant deux fragments séparés ou n'en réattribuant pas certains à leur dossier d’origine. Les éditeurs modernes procèdent à des regroupements qui aboutissent à l’éclatement du recueil ; certains admettent Toute la lyre dans les œuvres complètes, d’autres s’y refusent.

 

Ce poème, que Hugo envisage d'intituler "Rentrée dans la solitude", "À Guernesey" ou "Umbra", fait partie de la suite poétique "Les Sept cordes" de Toute la lyre. Numéroté XLV, il est inclus dans la "troisième corde de la lyre", soit la partie consacrée à la pensée. On connaît un autre manuscrit de ce poème, daté du 9 mai 1870. Dans l’édition originale il est "Ombre" et est divisé en deux parties : "Ombre" et "Lumière".


Notre manuscrit présente une version de travail de quatre des dizains de ce long poème, ici numérotés 2, 3, 5 et 8. Une grande accolade indique que les deux dizains de la colonne de gauche doivent être placés entre ceux de la colonne de droite ; les éditions modernes placent le premier dizain (ici n° 2) en deuxième strophe, celui qui suit (ici n° 3) est réparti entre les six derniers vers de la 5e strophe et les trois premiers de la 6e strophe. Les deux dizains de la colonne de droite (n° 5 et 8), quant à eux, constituent aujourd’hui les 7e et 10e strophes.

 

Ce manuscrit présente donc la forme définitive de trois strophes et seule la strophe numérotée 3 subira encore des variantes.

Il faut souligner qu’avec ce qui constitue désormais la première strophe, les strophes 2, 5, 6 et 7 (les strophes de notre manuscrit sauf le dernier dizain) figuraient en 1855 dans Les Contemplations (partie V des "Mages", Les Contemplations, VI, 5, 24 avril 1855).

Victor Hugo. Œuvres complètes, Poésie IV, Toute la lyre, notices et notes de Bernard Leuilliot, Éditions Robert Laffont, Paris, 1986.

Retranscription complète du manuscrit :


"que dites-vous à l'âme humaine ?

que bégayez-vous pour mon cœur,

monde, vision, phénomène,

eau lugubre, aquilon moqueur ?

à quoi, sous la neige ou les laves,

pensent les morts, ces vieux esclaves,

Fouettés de tous les fouets de l’air,

ces patients du grand supplice,

vêtus d’ombre, et sous leur cilice

marqués du fer chaud de l’éclair.

quels spectres êtes-vous, comètes ?

aube qui réveilles les fleurs,

que tu menaces ou promettes,

dis-moi le secret de tes pleurs.

Qu'est-ce que ton anneau, Saturne ?

est-ce que quelque être nocturne,

quelque immonde archange puni,

quelque Satan dont le front plie,

fait tourner sur cette poulie

la chaîne du puits infini ?

O profondeurs épouvantables,

qu'est-ce donc que vous me voulez ?

que dois-je lire sur vos tables,

cieux, temples, porches étoilés ?

ton flamboiement d'or [corrigé ici en "ta clarté de lave", la version retenue pour l'impression étant "Ta rougeur de naphte"] et de soufre,

ton feu qui m'aveugle, est-ce, ô gouffre [la version imprimée se lisant : "Ta clarté qui m'aveugle, ô gouffre"] 

de la vérité qui me luit ? [corrigé en "la vérité qui m'éblouit ?", la version imprimée portant "Est-ce la vérité qui luit ?"] 

Le vent souffle-t-il sur mon doute

quand, penché sur l’ombre, j’écoute

ce que dit ce crieur de nuit ?

oh ! qu'est-ce donc, dis [corrigé en "Le sort, l'avenir", puis en "La vie et le sort", la version définitive imprimée portant "La vie et la mort !"], qu'est-ce, abîme ?

où va l'homme pâle et troublé ?

est-il l'autel, ou la victime ?

est-il le soc ? Est-il le blé ?

oh ! ces vents que rien ne fait taire ! que font-ils de nous sur la terre,

tous ces souffles prodigieux ?

quel mystère en nous se consomme.

qu’apportent-ils de l’ombre à l’homme ?

qu’emportent-ils de l’homme aux cieux ?"