![View full screen - View 1 of Lot 71. Récits d'une tante [1835-1838]. Avec 9 fragments. 12 volumes petit in-4. Exceptionnel manuscrit, en très grande partie autographe et abondamment corrigé, de ces célèbres mémoires..](https://sothebys-md.brightspotcdn.com/dims4/default/48ae268/2147483647/strip/true/crop/6715x6715+0+0/resize/385x385!/quality/90/?url=http%3A%2F%2Fsothebys-brightspot.s3.amazonaws.com%2Fmedia-desk%2F15%2F40%2F73bf84d8452cb880df0fa88675a2%2Fpf2654-cyknw-t2-t2-15.jpg)
XIXe siècle (lots 68-110)
Récits d'une tante [1835-1838]. Avec 9 fragments. 12 volumes petit in-4. Exceptionnel manuscrit, en très grande partie autographe et abondamment corrigé, de ces célèbres mémoires.
Lot Closed
June 17, 01:06 PM GMT
Estimate
60,000 - 80,000 EUR
We may charge or debit your saved payment method subject to the terms set out in our Conditions of Business for Buyers.
Read more.Lot Details
Description
Boigne, Éléonore-Adèle d’Osmond, comtesse de
Mémoires. Récits d’une tante : Versailles, L’Empire, Restauration de 1814, 1815, L’Angleterre et la France, De 1820 à 1830. [Entre 1835 et 1838]. 6 parties reliées en 6 volumes.
[Suivis de :]
9 fragments [1830-1862] reliés en 6 volumes :
Soit 12 volumes petit in-4 (228 x 194 mm ; 235 x 215 et 268 x 225 mm). Demi-chagrin violet à coins, dos à nerfs, tête dorée (Reliure de la fin du XIXe siècle).
Manuscrit sur papier entièrement monté sur onglets. Encre brune, sépia et rouge sur papiers de divers formats et diverses qualités (dont papier Weynen et Weynen Extra-Superein).
Nombreux passages biffés, ajouts dans les marges et repentirs de la main de Madame de Boigne, certaines corrections d’une autre main non identifiée. Sous-titres dans les marges intérieures à l’encre rouge.
Exceptionnel manuscrit, en très grande partie autographe et très abondamment corrigé, des célèbres Mémoires de la comtesse de Boigne.
Précieusement conservé dans les archives du château de Sassy par la famille d’Audiffret-Pasquier, ce manuscrit ne fut publié pour la première fois qu’en 2007.
Ce manuscrit très travaillé, abondamment corrigé et comportant de nombreuses ratures, ajouts et becquets, a été relié en 12 volumes. Les deux derniers sont de la main d’un copiste. La mémorialiste a travaillé sur ce manuscrit jusqu’à la fin de sa vie, comme en témoignent les corrections au crayon, d’une main peu assurée, présentes dans les deux derniers volumes.
La comtesse de Boigne (1781-1866) est l’une des grandes mémorialistes françaises du XIXᵉ siècle. Son œuvre constitue un précieux témoignage sur la fin de l'Ancien Régime, la Révolution, l'Empire, la Restauration et la monarchie de Juillet.
Elle tient à Paris un salon très fréquenté par les élites politiques, diplomatiques et intellectuelles : Talleyrand, Guizot ou Lafayette, etc. Fine observatrice et critique avisée, elle dépeint avec subtilité les comportements de la noblesse et les intrigues politiques. Ses mémoires, source inépuisable sur une époque de bouleversements politiques, seront salués par Chateaubriand : "Elle écrit maintenant, et ses talents reproduiront à merveille ce qu’elle a vu" (Mémoires d’outre-tombe).
"Il y avait déjà bien du papier griffonné, d'une façon à peu près illisible, lorsqu'une personne au goût de laquelle j'ai confiance m'a fait une sorte de violence pour en prendre connaissance : elle m'a fortement engagée à en faire faire une copie et à la revoir. Pour la copie, c'était facile ; quant à la revoir, c'est tout à fait inutile, je ne sais pas écrire ; à mon âge je n'apprendrai pas le métier et, si je voulais essayer de rédiger des phrases, je perdrais le seul mérite auquel ces pages puissent aspirer, celui d'être écrites sans aucune espèce de prétention et tout à fait de premier jet. S'il m'avait fallu faire une recherche quelconque ailleurs que dans ma mémoire, j'y aurais bien vite renoncé ; je n'ai voulu qu'une distraction et non pas un travail" (Au lecteur, s’il y en a).
Genèse d’un récit en deux temps
"Je n'avais jamais pensé à donner un nom à ces pages décousues lorsque le relieur auquel je venais de les confier s'informa de ce qu'il devait inscrire sur le dos du volume. Je ne sus que répondre. Mémoires, cela est bien solennel ; Souvenirs, madame de Caylus a rendu ce titre difficile à soutenir et de récentes publications l'ont grandement souillé. ‘J'y songerai’ répondis-je. Préoccupée de cette idée, je rêvai pendant la nuit qu'on demandait à mon neveu quels étaient ces deux volumes à agrafes. ‘Ce sont des récits de ma tante.’ Va pour les récits de ma tante, m'écriai-je, en m’éveillant ; et voilà comment ce livre a été baptisé".
Cette vaste fresque historique, baptisée Récits d’une tante, a été rédigée entre 1830 et 1862, année de la mort du chancelier Pasquier dont la comtesse de Boigne fut l’égérie et la maîtresse. Ces récits s’articulent en deux parties : "les Mémoires proprement dits qui relatent les évènements dont elle a été témoin entre sa petite enfance et la révolution de Juillet, et neuf récits appelés Fragments qui racontent des faits particuliers" (Comtesse de Boigne, Mémoires, édition établie par Henri Rossi, 2007, p. 10).
Quand elle s’attèle à la rédaction de ces pages, Madame de Boigne a déjà écrit un roman (Une passion dans le grand monde, qui ne sera publié qu’en 1867) et Une semaine de Juillet 1830 (premier des neuf fragments écrit sous la forme d’un journal). C’est par des souvenirs immédiats qu’elle se lance dans l’écriture. Quelques années plus tard, en 1835, suite au décès de la jeune Micheline Lange, fille ou parente d’une de ses domestiques qu’elle avait prise sous sa coupe, la comtesse de Boigne éprouve le besoin de se consoler dans la réécriture de ses souvenirs. Elle décide alors de remonter le temps depuis celui où, "élevée sur les genoux de la famille royale", Louis XVI et Marie-Antoinette la comblaient de bontés, jusqu’au crépuscule de la monarchie de Juillet. Au fil de ces pages qu’elle juge "décousues", d’une plume à la fois acerbe et caustique, voire féroce, elle réécrit son histoire et l’histoire de France.
Avec la chute des Orléans en février 1848, le coup d’État de 1851 puis le retour de l’Empire, elle s’éclipse de la vie publique.
"Réticente à se livrer, au nom des impératifs aristocratiques d’effacement du moi, la comtesse de Boigne n’en compose pas moins un récit dans lequel sa personne est au centre même de ce qu’elle décrit, le monde et la politique constituant les deux pôles autour desquels gravitent la vie de la comtesse et les écrits de la mémorialiste" (Henri Rossi, op. cit., p. 16). Elle évoque peu son mariage, "héroïsme de la jeunesse", qui lui procure un confort financier mais tant de déception.
"Les Mémoires nous offrent une madame de Boigne différente de celle que le monde réel a connue, une madame de Boigne telle que la mémorialiste veut désormais, après 1835, que ses entours et la postérité gardent le souvenir […] En écrivant sa vie et en la reprenant à son origine, madame de Boigne retrouve un centre de gravité à la fois psychologique et social, corrige l’image plutôt négative que les témoignages contemporains restituent d’elle. Elle recompose son existence en fonction d’un projet précis de façon à lui donner un équilibre que la vie réelle lui a refusé." (Henri Rossi, op. cit., p. 30-31).
Les copies existantes et diverses publications du XXe siècle.
Comme elle le précise dans son testament, la comtesse de Boigne fit faire deux copies de son manuscrit qu’elle avait confié au chancelier Pasquier. "Je laisse quelques écrits dont le principal à trois copies : l’une en trois volumes ; dont deux sont reliés et le troisième cartonné est entre les mains de Mr le Chancelier duc Pasquier et doit être remise à mon frère ; une autre renfermée dans 10 portefeuilles a été confiée par moi à M. le Mis de Laguiche [l’un de ses exécuteurs testamentaires], et le troisième qui est la minute à M. le Mis Pasquier. Je n’ai aucune instruction à donner à ce sujet, je crois que ces écrits pourraient être intéressants pour mes contemporains mais ils sont trop sincères pour pouvoir être connus de longtemps et lorsqu’ils seraient sans inconvénient peut être seraient-ils aussi sans intérêt : cependant à telle fin que de raison je prie les personnes qui les ont entre les mains de les conserver et de ne point permettre qu’ils soyent publiés mutilés (Testaments et codiciles de Made la Comtsse de Boigne. Me Masson, notaire à Paris, Boulevard des Italiens, 9. 11 mai 1866. Note du 5 8bre 1856).
La première copie, laissée à son frère Rainulphe d’Osmond, reviendra, à la mort de ce dernier en 1862, à son fils Eustache-Conrad d’Osmond, dit Osmond d’Osmond. Elle fit l’objet de trois éditions. Osmond d’Osmond avait en effet confié ladite copie à l’un de ses amis, Charles Nicoullaud, qui la prit pour le manuscrit original et la publia après la mort d’Osmond, en 1907-1908 chez Plon-Nourrit. Cette édition expurgée, publiée sans le consentement des ayants-droit, fit l’objet d’un long procès.
Quelques années plus tard, Émile-Paul obtient de publier une nouvelle édition de ces mémoires. Quatre volumes paraissent entre 1921 et 1923 sans aucun retranchement, respectant ainsi les dernières volontés de la mémorialiste. L’ouvrage fut réédité en 1979 au Mercure de France dans la collection le Temps retrouvé édition présentée par Jean-Claude Berchet.
Ce manuscrit, très vraisemblablement la minute évoquée dans le testament, et soigneusement conservé par la famille Audiffret-Pasquier au château de Sassy, est en revanche publié pour la première fois en 2007 par Henri Rossi. Ce dernier a relevé toutes les variantes entre ce manuscrit autographe et une des copies conservées également au château de Sassy. Les variantes s’avèrent plus abondantes dans la partie rédigée entre 1835 et 1835 ainsi que dans le fragment Une semaine de juillet 1830 dont figurent ici le manuscrit de premier jet et une copie.
"Dans ces barbouillages où je m'amuse à faire repasser devant moi comme des ombres chinoises, sans suite et sans ordre, les différents souvenirs que ma mémoire me retrace, je m'arrête plus volontiers aux petites circonstances qui m'ont paru assez piquantes pour être restées dans ma pensée et ne sont pas assez importantes pour être rappelées ailleurs."
Archives Audiffret-Pasquier au château de Sassy.
H. Rossi, Comtesse de Boigne. Mémoires. Édition établie, commentée et annotée par Henri Rossi, Paris, Honoré Champion 2008.
F. Wagner, La comtesse de Boigne, Paris, Flammarion, 1997.
Détail des volumes :
• Tome I (parties I, II & III, Versailles, l’Émigration, l’Empire).
Manque le début du premier chapitre ("Gianoni, dans son Histoire de Naples, vous apprendra la plus brillante des prétentions de votre famille […] Mon grand-père expliqua qu’il était parti de Rochefort avec la destination de Brest et la circonstance […]"), la dédicace "A mon neveu Rainulphe" (seuls figurent ici les vers tirés d’Othello qui l’accompagnent) et "Au lecteur s’il y en a".
488 pages sur 323 feuillets la plupart recto-verso (2 feuillets pour la citation de Shakespeare et l’avant-propos ; chapitre I : 30 ff ; chapitre II : 27 ff ; chapitres III à VI : 107 ff. ; IIIe partie. L’Empire : 157 ff.) et 9 becquets (deux portent la mention "note en 1841"). Le dernier feuillet porte la mention "note en 1839" ("Lorsque l’Empereur se décida à donner […] Cette anecdote peu connue […]"). Débute par "son arrivée à la Martinique. Le prince, alors, le combla de bontés et lui intima l’ordre de repartir sur-le-champ avec ses dépêches […]".
• Tome II (IVe partie, La Restauration de 1814).
127 feuillets numérotés, la plupart au recto seulement (+ 1 becquet entre les feuillets 102 et 103 et un feuillet de note entre les feuillets 104 et 105).
• Tome III (Ve partie, Restauration de 1815).
166 pages sur 163 feuillets (mal foliotés 263) et 20 becquets (plusieurs d’une demi-page dont 5 montés en tête).
Feuillet 122 note dans la marge biffée au crayon : "j’avais appris ensuite l’élévation de mon père à la paierie [sic]".
• Tome IV (VIe partie, de 1816 à 1820. L’Angleterre et la France).
271 pages sur 256 feuillets + 3 becquets.
Feuillets 8 et 9 inversés.
• Tome V (VIIe partie, de 1820 à 1830).
338 pages sur 328 feuillets + 24 becquets.
Un papillon relié en tête (indication pour le relieur "Demi-mar. violet coins / sur onglet / Titre / Récits d’une tante / tom. V"). Longue annotation au crayon, au verso du folio 61.
• Tome VI (VIIIe partie, Une semaine de juillet 1830).
Daté juillet 1832.
169 pages (le texte s’articule en 6 cahiers numérotés 1 à 6) sur 87 feuillets.
4 pages d’avant-propos datées mars 1837
"Cette huitième partie a été écrite avant les sept précédentes, et lorsque je ne pensais nullement à me créer une distraction de ce genre. Ayant conduit mon récit jusqu’à l’époque de la révolution de 1830, j’ai voulu lire ces cahiers afin d’en tirer le sujet d’un dernier chapitre ; mais, après réflexion, je me suis décidée à les laisser tels qu’ils sont").
Ces six premiers volumes, titrés Récits d’une tante, ont été rédigés entre 1835 et 1838.
9 fragments reliés en six volumes.
Les quatre premiers portent au dos, en lettres dorées, la mention "Manuscrit", les deux derniers la mention "B".
• Fragment 1. Une semaine de juillet 1830.
Ce manuscrit est le premier jet du texte précédent. “Rédigé à partir de notes prises au fil des évènements mais remanié et agencé quelques années plus tard en 1837" (Ed. Henri Rossi, 2008, p. 10).
152 pages sur 79 feuillets.
• Fragment 2. Expédition de la duchesse de Berry en 1832.
Rédigé à Châtenay en 1840.
178 pages sur 144 feuillets + 8 pages d’une autre main (copie d’une lettre écrite par le commandant de l’Actéon, E. Nonay, en rade de Toulon le 11 juillet 1833).
"Si les romans historiques sont encore à la mode dans quelques siècles, un nouveau Walter Scott trouvera difficilement un sujet plus poétique que celui de l’expédition de madame la duchesse de Berry en France pendant les années 1832 et 1833."
• Fragments 3, 4, 5 & 6.
1837. Fontainebleau ;
838. Le mariage du duc d’Orléans ;
1838. Mort de Monsieur de Talleyrand ;
1839. La Duchesse de Wurtemberg (probablement rédigé en 1843).
150 pages sur 98 feuillets (207 x 162 et 217 x 177 mm) + 5 becquets.
Plusieurs feuillets brunis.
• Fragment 7. Mort de M. le duc d’Orléans. 1842.
Rédigé à Châtenay en 1843.
72 pages sur 36 feuillets (252 x 193 et 256 x 205 mm) + 1 becquet.
Plusieurs feuillets uniformément brunis. Coiffe supérieure enfoncée.
• Fragment 8. Mort de madame Adélaïde.
Rédigé en 1862.
159 pages, divisées en 3 cahiers, sur 134 feuillets (213 x 195 et 237 x 200 mm ; folio 8 laissé vierge) divisées en 3 cahiers.
Date "1832" ajoutée au crayon sur le deuxième feuillet.
• Fragment 9. Chute de la dynastie d’Orléans.
Rédigé en 1862.
124 pages. Corrections à l’encre brune et au crayon. Daté au folio au verso du folio 97 "7 août 1851".
On trouve, in fine, l’Appendice (4 feuillets) absent de la copie et donc des éditions antérieures à celle établie par Henri Rossi, et une note du marquis d’Osmond, pour être remise à l’archevêque de Sens, en mai 1788, que la comtesse de Boigne a fait transcrire jugeant qu’un "volume a moins de chance de s’égarer qu’une feuille de papier".
La page 124 sur 108 feuillets (217 x 191, 233 x 195, 212 x 169 et 218 x 202 mm). Le verso du folio 105 porte une note au crayon "En lisant ce document il ne faut pas perdre un instant de vue sa date". La dernière partie ("L’année 1862 m’a été bien funeste […] pour avoir rien à raconter désormais") est placée à la fin après 6 feuillets blancs.
Ces deux derniers fragments sont de la main d’un copiste d’une belle et large écriture, à l’encre bleue, avec de nombreux ajouts et corrections au crayon de la main de Madame de Boigne, dont l’écriture est alors tremblotante. Ces deux textes ont, en effet, été rédigés en 1862, quatre ans avant sa mort. On distingue également des corrections à l’encre bleue d’une main non identifiée.