
XIXe siècle ─ lots 47 à 144
La Tentation de saint Antoine. 1874. Édition originale. Spectaculaire exemplaire offert à Victor Hugo.
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Lot Closed
October 28, 02:16 PM GMT
Estimate
30,000 - 40,000 EUR
Lot Details
Description
Flaubert, Gustave
La Tentation de saint Antoine.
Paris, Charpentier & Cie, 1874.
In-8 (226 x 146 mm). Maroquin rouge janséniste, dos à nerfs, cinq filets dorés en encadrement intérieur, tranches dorées, couverture (Chambolle-Duru).
Spectaculaire exemplaire que Flaubert offrit "avec tremblement" à Victor Hugo.
Édition originale, dédiée "A la mémoire de mon ami Alfred Lepoittevin", ami d’enfance de Flaubert et oncle de Maupassant.
Impressionnant envoi autographe signé, sur le faux-titre à l’encre brune :
“Au Maitre des Maitres
c’est à dire a Victor Hugo
j’offre avec tremblement
La Tentation
de
Saint Antoine
Gve Flaubert”.
La Tentation de saint Antoine est l'une des œuvres qui occupa le plus Flaubert. Une première version entre le 24 mai 1848 et le 12 septembre 1849 fut mise de côté après le verdict accablant de Louis Bouilhet et de Maxime Du Camp : "il faut jeter cela au feu et n'en jamais reparler". Certains extraits furent publiés dans L'Artiste en décembre 1857, d'après lesquels Baudelaire estima que cet ouvrage pouvait être "une œuvre plus intéressante pour les poètes et les philosophes que Madame Bovary". L'origine du récit prend sa source dans les souvenirs d'enfance de Flaubert du théâtre de marionnettes de la foire de Rouen qui racontait l'histoire de ce saint et de son cochon, et renvoie évidement au célèbre tableau de Brueghel. Après trente ans de versions sans cesse remaniées, l'ouvrage paraîtra finalement en avril 1874.
Hugo, le maître. Flaubert vouait une véritable admiration à Victor Hugo, preuve en est la façon très révérencieuse dont il
s’adressa à lui dans les différents exemplaires qu’il lui envoya : Madame Bovary est offert "Au Maitre, souvenir & hommage" (Bibliothèque Pierre Bergé, I, n° 84), Salammbô, recouvert de la même reliure "Au Maître" et signant "du plus petit au plus grand" ("Maximo Parvus") et enfin celui-ci en 1874.
Flaubert rencontra Victor Hugo en 1844, dans l’atelier de James Pradier : "Personnellement, déjà je vous ai vu ; nous nous sommes rencontrés quelque fois, vous m'ignorant et moi vous considérant. C'était dans l'hiver 1844 chez ce pauvre Pradier, de si gracieuse mémoire ! On était là cinq ou six, on buvait du thé [...]" (Lettre à Victor Hugo, 2 juin 1853).
Flaubert décrivit ainsi, à sa sœur Caroline, la forte impression que lui avait faite le poète : "C’est un homme comme un autre, d’une figure assez laide et d’un extérieur assez commun. Il a de magnifiques dents, l’air de s’observer et de ne vouloir rien lâcher, il est très poli et un peu guindé. J’aime beaucoup le son de sa voix. J’ai pris plaisir à le contempler de près, je l’ai regardé avec étonnement, comme une cassette dans laquelle il y aurait des millions et des diamants royaux, réfléchissant à tout ce qui était sorti de cet homme, les yeux fixés sur sa main droite qui a écrit tant de belles choses. C’était là, pourtant, l’homme qui m’a le plus fait battre le cœur depuis que je suis né et celui, peut-être, que j’aimais le mieux de tous ceux que je ne connais pas…" (3 décembre 1843).
C’est aussi en ces mots qu’il manifesta aussi son admiration à Louise Colet : "Hugo, en ce siècle, enfoncera tout le monde, quoiqu’il soit plein de mauvaises choses. Mais quel souffle ! quel souffle !" (lettre, 25 septembre 1852). C’est elle qui parlera pour la première fois de Flaubert au grand poète.
Recevant Madame Bovary à Guernesey, Hugo répondit par ces éloges : "Vous avez fait un beau livre, Monsieur, et je suis heureux de vous le dire. Il y a entre vous et moi une sorte de lien qui m’attache à vos succès. Je me rappelle vos charmantes et nobles lettres d’il y a quatre ans, et il me semble que je les revois à travers les belles pages que vous me faites lire aujourd’hui. Madame Bovary est une œuvre. L’envoi que vous avez bien voulu m’en faire, ne m’est parvenu qu’un peu tard, c’est ce qui vous explique le retard même de cette lettre. Vous êtes, Monsieur, un des esprits conducteurs de la génération à laquelle vous appartenez. Continuez de [tenir] haut devant elle le flambeau de l’art. Je suis dans les ténèbres, mais j’ai l’amour de la lumière" (lettre, 30 août 1857).
En 1862, à la réception de Salammbô (lot précédent) : "Je vous remercie de m’avoir fait lire Salammbô. C’est un beau, puissant et savant livre [...] Toutes les fois que je rencontre dans un écrivain le double sentiment du réel, qui montre la vie, et de l’idéal, qui fait voir l’âme, je suis ému, je suis heureux, et j’applaudis. Recevez donc, Monsieur, mon applaudissement, recevez-le, comme je vous l’offre, avec cordialité" (lettre du 6 décembre 1862).
Le 5 avril 1874, juste après la parution de la La Tentation de saint Antoine, Hugo le remercie pour l'envoi de cet exemplaire : "Un philosophe qui est un charmeur ; vous êtes cela. Votre livre est plein comme une forêt. J’aime cette ombre et cette clarté. La haute pensée et la grande prose, ce sont les deux choses que j’aime ; je les trouve en vous. Je vous lis, et je vous relirai."
À la veille des obsèques de Flaubert, on demanda à Victor Hugo s’il prononcerait ou écrirait quelques mots sur son ami : "Je l’aurais fait, mais on ne m’a rien demandé. J’aimais Flaubert parce qu’il était bon. L’humanité a, avant toutes choses, deux grandes catégories : les hommes bons et ceux qui ne le sont pas. Je ne veux point dire les méchants. Flaubert était de ceux qui sont bons, et à cette grande bonté, il ajoutait un grand talent. Je l’aurais dit volontiers" (1880).
Cette admiration de Flaubert pour Hugo est également soulignée par les Goncourt dans leur Journal, le 14 février 1863 : "Flaubert dit que c’est [Hugo] l’homme dans la peau duquel il aimerait le mieux être."
L’exemplaire a appartenu à Henri de Rothschild. Sa reliure étant identique à celle qui recouvre l’exemplaire de Salammbô avec envoi à Victor Hugo (voir lot 75), on peut imaginer que les deux exemplaires lui ont appartenu.
Victor Hugo (envoi).
Baron Henri de Rothschild.
Daniel Sickles (II, 1989, n° 337).
Jaime Ortiz-Patiño (II, 1998, n° 43).
Pierre Bergé (ex-libris ; II, n° 362).
Gustave Flaubert, exposition du centenaire, 1980, n° 395.
Guinot, Dictionnaire Flaubert, 2016, p. 369-371.
L. Carteret, Trésor du Bibliophile, p. 17, 19 (reproduction) et 269, avec l’envoi est reproduit à pleine page. Évoquant les “exemplaires de choix […] agrémentés d’un autographe ; piment incomparable, dédicace littéraire, amicale ou passionnée", le bibliographe conseille surtout "la dédicace autographe quand elle sort de la banalité, comme par exemple celle que nous donnons plus loin : envoi de Gustave Flaubert à Victor Hugo sur La Tentation de saint Antoine.”
Lambiotte, Les Exemplaires en grand papier de La Tentation de saint Antoine, 1959, p. 237, n° 2. Il figure par erreur parmi les grands papiers.
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