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XXe siècle (lots 111-170)

Lagerfeld, Karl

Le voyage imaginaire de Coco Chanel et d'Inès de La Fressange... 33 dessins originaux de grand format, dont 16 inédits.

Lot Closed

June 17, 01:49 PM GMT

Estimate

40,000 - 60,000 EUR

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Lot Details

Description

Lagerfeld, Karl

Le voyage imaginaire de Coco Chanel et d’Inès de La Fressange à travers l'Histoire de la Mode.

Ensemble de 33 dessins originaux.

[1987].


 

Encre et feutre noir (le dernier dessin rehaussé aux crayons de couleurs). Réalisés au verso de 33 feuillets grands in-4 (289 x 198 mm) dont le recto est imprimé (on distingue des encadrements et ornements divers du XVIIIe siècle), concontrecollés sur des feuillets blancs plus grands (où figurent parfois des indications de mise en page).

Le premier dessin (titre) porte la mention "illustré par Karl Lagerfeld", le dernier (daté du 28 mars 1987) est signé "Karl".

 

Exceptionnel voyage de Coco Chanel et Inès de La Fressange à travers le temps et les modes.

Dessins pour la revue Égoïste, dont 16 sont inédits.


Ensemble de dessins pour la revue Égoïste, dont 17 furent publiés dans le n° 10 en 1987.

À travers cette série, Karl Lagerfeld compose une histoire à la fois érudite, amusante et très personnelle de la mode et de son évolution. Les deux héroïnes, Coco Chanel et Inès de La Fressange, traversent les siècles — de la préhistoire à 1987, date de parution de ce numéro d’Égoïste — les civilisations et les pays : Égypte, Crète, Espagne, Italie, Angleterre et, bien sûr, la France. Parées des atours emblématiques des époques explorées (la mode préhistorique semble ravissante), les deux femmes dialoguent avec quelques figures ayant marqué leur temps : Cléopâtre, Messaline, le frère de Louis XVI, l’impératrice Théodora, le duc de Buckingham, Henri IV, Marie-Antoinette, l’impératrice Joséphine, Mme de Pompadour, Voltaire, Isadora Duncan… jusqu’à Nicole Wisniak elle-même, rédactrice en chef de Égoïste.

 

Les dessins et les dialogues imaginés par Lagerfeld mettent en lumière le rôle déterminant de Coco Chanel dans la libération de la silhouette féminine — au point d’apparaître parfois trop révolutionnaire, comme le souligne ironiquement Marie-Antoinette ("Mademoiselle Chanel, vos idées sont trop révolutionnaires. Vous avez perdu la tête… !"). Grâce à Chanel, les femmes portent des robes plus courtes, des pantalons, ou encore des sacs à main — que Messaline préfère laisser porter par ses esclaves — munis d’anses en chaîne (jugées particulièrement pratiques pour la chasse au faucon à la cour de Bourgogne). Les colifichets inutiles disparaissent, au grand désarroi de Mme de Pompadour, qui regrette l’absence de fleurs sur son corsage. Les tissus noirs, inspirés de l’Espagne du XVIIIe siècle, remplacent les étoffes trop ornées ; les coupes deviennent plus sobres et ajustées, tandis que la mode du XIXe siècle est tournée en dérision pour ses silhouettes difformes. Les cheveux peuvent désormais être portés courts ; les bijoux n’ont plus besoin d’être précieux — l’impératrice Théodora s’offusque des fausses pierres de Coco — et les décorations militaires se portent comme des parures.

 

Les dessins soulignent également les multiples sources d’inspiration de Chanel. Lagerfeld évoque notamment les costumes du temps de Watteau, auxquels Coco aurait "piqué" des idées pour sa collection de 1939, ce que Inès appelle "chaneliser". Sont aussi convoqués les grands précurseurs de cette modernisation du vêtement féminin : Isadora Duncan, qui revendique certaines avancées attribuées à Chanel, mais aussi Vionnet, Paul Poiret ou encore Schiaparelli. Yves Saint-Laurent, rival de Lagerfeld, y est mentionné comme copiant les créations de Coco…

L'étape finale ce voyage dans le temps est datée du 28 mars 1987 : Coco Chanel commente avec Nicole Wisniak la revue Égoïste, cite la famille Wertheimer, même ce "c… de Karl" [Lagerfeld], égratigne Yves Saint-Laurent, etc. "Private joke" pour amuser la commanditaire de la série, ce dernier dessin est le seul de la série à être rehaussé aux crayons de couleurs, avec un encadrement de feutre doré.

Pour ce Voyage, l’interlocutrice privilégiée de Coco Chanel est Inès de la Fressange. Karl Lagerfeld l’avait choisie comme égérie de la maison Chanel en raison notamment de sa ressemblance physique avec la fondatrice de la maison qu’il dirigeait alors. Premier mannequin à signer un contrat d’exclusivité avec une maison de haute couture, Inès de La Fressange devint l’une des grandes icônes de la mode des années 1980.

Trois des dessins montrent Coco seins nus.

 

Fondée en 1977 par Nicole Wisniak, Égoïste demeure l’un des magazines de mode les plus célèbres de son époque. Consacrée aux arts, à la culture, à la mode et à la photographie, la revue se distingue par son très grand format et par une publication exclusivement en noir et blanc. Elle fait appel aux plus grands photographes contemporains : Helmut Newton, Richard Avedon, Bettina Rheims, Paolo Roversi, Ellen von Unwerth ou encore Pamela Hanson Vadukul. Certaines images sont devenues emblématiques, comme les nus de Yannick Noah photographiés par Avedon ou le portrait d’Ava Gardner réalisé par Newton. La revue attira également de grands écrivains et intellectuels, parmi lesquels Marguerite Duras, Emil Cioran, Françoise Sagan, Jean d'Ormesson, Michel Tournier ou encore J.M.G. Le Clézio.

En tant que rédactrice en chef, Nicole Wisniak supervisait tous les aspects de chaque numéro, y compris les campagnes publicitaires conçues sur mesure pour les grandes maisons de mode, qui voyaient dans Égoïste une vitrine d’exception. En 1990, la maison Chanel nomma un de ces parfums du nom de la revue.

 

Voir infra pour le détail des 33 dessins.

Nicole Wisniak, directrice de la revue L'Égoïste

Liste des 33 dessins, placés par ordre chronologique.

Les 16 dessins inédits, qui ne furent pas publiés dans Égoïste (1987, n° 10), sont signalés par *** :

 

[01. Titre de la série] : " Le voyage imaginaire de Coco Chanel et d’Inès de la Fressange à travers l’Histoire de la Mode, illustré par Karl Lagerfeld", avec Coco Chanel et Inès de la Fressange dans deux médaillons ornés ; ces médaillons sont coupés et contrecollés sur la page.

 

[2. Préhistoire].

"Coco : il y avait de jolies pierres à cet 'âge'... J'étais modiste d'abord, je fais des chapeaux avec n'importe quoi.

Coco : je l'ai marqué au fer.

Inès : On peut tout chaneliser avec un peu d'imagination.

Coco : matelassé cela adoucit les coups. Il n'a pas eu très mal je pense.

Coco : Ca me rappelle mes collections 1925 comme coupe.

Coco : La Préhistoire n'est pas une raison pour montrer ses genoux, ma chère Inès..."

 

***[3. Préhistoire, devant une Vénus préhistorique].

"Coco : Est-ce un Brancusi ?

Inès : non, Coco, c’est la femme idéale de la préhistoire…

Coco : On est allé trop loin, rentrons…

Coco, Inès, je vous autorise seulement ici de vous habiller de la sorte… c’est un scandale. Heureusement qu’on [ne] connait personne ici…"

 

[4. Égypte ancienne].

"Coco : c'est assez ressemblant... ?

Inès : ...ce petit nez changera la face du monde...

Coco : Vous avez plutôt un profil grec vous...

Inès : leurs cigarettes sont très bonnes ici..."


[5. Grèce antique].

"Coco : ici nous sommes arrivées trop tard... Fortuny et Poiret sont passés avant..."


***[6. Crète 1800 a. JC.].

"Coco : c'est tellement plus facile de libérer les autres.

Inès : je vous assure, votre poitrine est charmante et très montrable".


[7. Crète. 1800 a. JC.].

"Inès : voyons, Coco, libérez-vous ! Vous avez assez fait ce coup aux autres… Ici on n’a pas le choix et votre poitrine est charmante.

Coco : Vous avez raison ma poitrine est très montrable.

La Crétoise : elles sont plates !"

 

*** [8. 1800 a. JC en Crète].

"Coco : c’est tellement plus facile de libérer les autres !"

 

*** [9.] "The roman Spring of Miss Chanel” du temps de Néron" [Rome, Ier siècle].

"Messaline : Je sais, vous avez déjà essayé de placer cette bourse en Grèce. Je n’ai pas envie de mettre mes esclaves au chômage en portant mes affaires moi-même… Chère Coco, connaissez-vous une certaine Madame Grès… On en parle souvet.

Messaline : la robe d’Inès est charmante… mais un peu courte…

Coco : Pourtant elle est ‘genoux couverts’

Inès : C’est une robe de Karl.

Coco : Je suis bien contente de voir que Schiaparelli n’a pas inventé les compensées."

 

[10. Constantinople, VIe siècle].

"Inès : Venez, Coco, il vaut mieux partir.

Coco : il y a des idées de bijoux à piquer.

Theodora : que pensent-elles que je pourrais faire de cette châsse de cuir avec des chaines ?

Theodora : Chassez ces folles !! Osez me proposer de mélanger mes beaux bijoux avec des faux… D’abord nous n’avons pas de fausses pierres."

 

*** [11]. Le voyage à la cour de Bourgogne [XIVe siècle].

"Inès : C’est moins salissant quand le bout des poulaines est noir. Le sac avec la chaine a plu pour la chasse au faucon. Le nœud et la fausse fleur n’ont pas tellement plu."

 

[12]. Florence, été 1467.

"Coco : encore une époque où les robes des femmes sont immettables... Inès, vous avez des genoux ravissants... et en plus on m'a volé mon sac.

Inès : Coco croit que les bijoux sont de Chanel. Le copain florentin qui m'a passé le costume me les a donnés avec."


[13]. Paris au Louvre en 1602.

 "Henri IV : Il est ravissant votre petit ensemble pied de poule...

Coco : Sir, je ne le mets que le dimanche..."


[14]. Londres, 1625.

"Coco : Inès, dites au Duc de Buckingham de me laisser tranquille… j’attends le Duc de Westminster."

 

[15]. Versailles 1682.

"Coco : Monsieur a de belles pierres.

Monsieur : La plus belle pierre s’appellera plus tard le ‘Régent’

Inès : On a oublié le Coco, Coco… Quelle odeur ! Au secours !!

Monsieur : Votre histoire de faux bijoux m’intéresse… La Palatine et mes jolis favoris n’y verront pas la différence… C’est la Voisin ou Madame de Brinvilliers qui vous ont introduit à la cour ?

Coco : Non, Mlle de la Fressange…

Monsieur : Elle est joli garçon, mais un peu grande…"

 

***[16. Milieu du XVIIIe siècle].

"Madame de Pompadour : Inès, vous me faites penser au chevalier d’Éon…

Mme de Pompadour : Mademoiselle de la Fressange dites à cette drôle de Coco de cesser d’arracher les fleurs de mon corsage… Le Bien-Aimé ne va pas aimer cela du tout…"

 

***[17. Espagne, XVIIIe siècle].

"Coco : je dois dire que la robe de mousseline noire de la duchesse d’Albe pourrait être de moi. Je l’ai un peu chanelisée.

Inès : J’aime beaucoup la cape et le tricorne que Monsieur Goya m’a passés."

 

***[18]. 1739.

"Coco : Je suis folle de Watteau.

Inès : je sais, vous avez piqué toute une collection en 39.

Coco : Va-t-on être invitées aux soupers du Régent au Palais Royal ?

Inès : Vous, je ne sais pas… moi si, j’y habite."

 

***[19]. Ferney en 1765.

"Voltaire : Voyons, Coco, ne soyez pas candide…"


[20]. Paris 1777.

"Coco : Je suis très contente de mon petit hôtel de la place Vendôme

Coco : Vous êtes déjà sur votre 31, Inès ? Il faudrait un peu simplifier cette mode. Il faut une révolution."

 

[21. France, XVIIIe siècle].

"Coco Chanel : les perles sont superbes !

La Reine Marie-Antoinette : Non, Mademoiselle Chanel, vos idées sont trop révolutionnaires. Vous avez perdu la tête… ! Je n’écoute que Mlle Bertin… Quand à vous, Mlle de la Fressange, qu’elle [sic] idée vous a pris de travailler pour un fournisseur… ?"

 

[22. Empire, vers 1805].

"Inès : Coco je ne suis pas certaine qu’on ait le droit ici de porter les décorations en bijoux.

L’Impératrice Joséphine : J’aurais préféré rencontrer Madame Vionnet. Vos idées d’uniforme sont plutôt pour mon mari. Par contre, si Mlle de la Fressange veut une place de dame du Palais…

Coco : Non, elle est sous contrat !"

 

[23. 1830-1840].

 "Dans les années 1830-40 on n'avait pas d'autres possibilités que de nous habiller comme des hommes. En route pour Nohant... George nous comprendra..."


***[24]. 1870.

"Inès : Je ne suis pas du tout d’accord avec Coco qui trouve la mode 1870 affreuse pour moi… En plus tous ces nœuds ça fait très Chanel…"

 

***[25]. Paris 1897.

"Inès : là je dois reconnaitre, Coco, que c’était affreux. Même sans ‘formes’ on était difforme.

Coco : Imaginez les genoux de la dame… pas belle la ‘Belle Époque"

Inès : J’aime être serrée mais là j’étouffe."

 

***[26. Vers 1910].

"Isadora Duncan : Arrêtes, Coco, de vouloir nous faire croire que tu as libéré la femme du 20ème siècle. Ce n’est ni toi ni Paul [Poiret] ─ c’est moi !!! Ta petite Inès est d’une beauté classique.

Isodora Duncan : Et cette affreuse mode des cheveux coupés ce n’est pas toi non plus, c’est Eve Lavallière."

 

***[27. Vers 1910].

"Isadora Duncan : C’est ni Coco ni Paul, c’est moi la libératrice de la femme au 20ème siècle."

 

***[28]. Istanbul 1932.

"Inès : J’ai envie de mini-jupe… !

La dame turque : Cette Coco Chanel croit vraiment avoir inventé le pantalon pour les femmes… c’est la jupe qui me choque."


[29]. Paris 1938 au Bal de Lady Mendl.

"Coco : Je vous défends de regarder !

Inès : Pourquoi ? C'est une de vos bonnes amies qui passe en Schiaparelli ? "


***[30]. Paris France, été 42.

"Coco : C’est un tailleur de ma dernière collection de 1939.

Coco : On déjeune au Ritz… ?"

 

[31]. Paris été [19]47.

"Coco : Tu vois, Inès, il y a à peine 20 ans elles m'ont toutes juré qu'elles ne remettraient jamais la guèpière. Je vais attendre pour reouvrir le 31. Ce n'est pas le moment.

Inès : J'ai rendez-vous au Tabou".

La coiffure d'Inès est redessinée sur un morceau de carton contrecollé.

 

[32]. Rue de Cambon, Printemps [19]87.

"Coco : Vous vous croyez chez vous ici ! Eh bien, non ! Je suis toujours là ! Je suis éternelle…… ! ... et puis mes genoux valent bien les genoux d’Inès !"

 

***[33]. 1987.

"Coco : L’Egoïste… on ne dira jamais ça de moi j’espère…

Nicole : si, justement

Coco : En mettant Inès avec mon nom sur votre journal, vous faites de la publicité pour les Wertheimer et aussi pour ce c… de Karl… comment ? Il ne me copie même pas comme Yves… Il a un respect celui-là…

Coco : il paraît que vous "courez" les collections au lieu de travailler… ? Moi je l’ai [L’Egoïste] ou la collection Pompidou… C’est bien de faire une couverture avec moi…

Nicole : Merci pour le sac.

Coco : Je vous ferai 30 %

Coco : Vous cherchez la femme 'Le Pen'… je ne suis toujours pas d’accord mais… il y a des affinités.

Coco : Votre idée de couverture ferait très revue médicale… Andy Warhol, celui-là comment a-t-il pu faire Marilyn et pas moi ?

Coco : Alors c’est comme ça que vous travaillez… ? Et Philippe ? J’aimerais bien lui dire bonjour et Inès elle est où ? Jamais là pourtant elle est sous contrat.

7 rue Cassini

Hôtel de Suë

Le 28.3.87

Karl".

Il s'agit du seul dessin de la série à être rehaussé aux crayons de couleurs, avec un encadrement de feutre doré.


[On joint :]

9 reproductions photographiques de quelques uns de ces dessins.