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XXe siècle (lots 111-170)

Michaux, Henri

Écriture mescalinienne pour "Misérable miracle". [1955]. 2 pages manuscrites in-4. Très rare document, écrit sous l'effet de la drogue.

Lot closes

June 17, 01:51 PM GMT

Estimate

4,000 - 6,000 EUR

Starting Bid

3,800 EUR

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Lot Details

Description

Michaux, Henri

Écriture mescalinienne pour Misérable miracle.

[1955.]

 

2 pages in-4 (266 x 210 mm), au crayon noir sur papier filigrané "Vidalon France".

Pagination respective 95 et 97 (un peu effacé) dans le coin supérieur droit de chaque feuillet. Au verso, annotations à l'encre ; le feuillet folioté 95 est annoté : "Misérable miracle H. Michaux" à la mine de plomb ; celui folioté 97 est annoté "Page 44 cahier F" (c'est-à-dire 6e cahier du livre imprimé, où la planche figure) à l’encre de la main de Michaux et "Misérable miracle 44 H. Michaux" au crayon d’une autre main.

Conservé dans une pochette titrée "Dessins Michaux" (de la main de l’auteur), et avec une couverture de carnet titré "Mon Bloc").


2 rarissimes pages d'écriture mescalinienne, dont une inédite. Si les dessins mescaliniens se rencontrent parfois, les exemples d'écriture mescalinienne sont encore plus rares. L’une de ces deux pages est inédite, l'autre est l'une des 32 pages que Michaux décidera de reproduire en fac-similé dans Misérable miracle.

 

Au cours de ses expériences, Michaux noircit 150 pages d’écriture mescaliniennes (à différencier des dessins mescaliniens). Le manuscrit complet de Misérable miracle n’existe pas : le texte initial écrit directement sous l’effet de la drogue, comme ces deux pages, n’a jamais été retrouvé.


Tentons un recensement des pages d'écriture mescalinienne actuellement connues :

  • 4 feuillets, conservés par les archives Michaux (Pléiade, II, p. 1281-1282) ;
  • 2 feuillets de l'ancienne collection Bernard Gheerbrant (idem) ;
  • 2 feuillets provenant la collection Bertelé (idem) ;
  • 15 feuillets, provenant de la bibliothèque Gwenn-Aël Bolloré (Sotheby's, 2002, lot 102) ;
  • 1 feuillet, provenant du docteur Chavance (Sotheby’s, 25 juin 2015, lot 161) ;
  • 3 feuillets, de la collection Daniel Cordier (Sotheby’s, 27 septembre 2018, lot 104).

Voilà ce qu’il reste de ces terribles cessions d’écriture, dont on pense que 150 pages furent écrites.


La transcription de ces visions sur papier est rendue difficile notamment par la "vitesse inouïe d'apparition, transformation, disparition des visions", comme le dit Michaux lui-même. Aussi, même si, à tout autre outil, il préfère le crayon parce qu'il glisse plus rapidement sur la page, sa main peine à suivre le rythme des visions : difficilement lisible, le poème devient dessin, "plus sensible que lisible, aussi dessiné qu'écrit" (Misérable miracle, Pléiade, II, p. 619). Leur déchiffrement est le plus souvent impossible, tendant "à s’abolir dans le dessin" (idem, notes p. 1283) ; voir infra pour une tentative de lecture partielle.

 

Misérable miracle est pour Michaux une "exploration" de lui-même sous l'effet de la drogue puissante qu'est la mescaline. L'explorateur y décrit les effets de cette drogue sur sa perception de la réalité et sa créativité. À la différence de Thomas de Quincey, qui, dans ses Confessions d'un mangeur d'opium (1821), relate après coup l'expérience et mêle souvenirs imaginés et réels souvenirs, l'intention de Michaux est de donner une description presque clinique du phénomène, au moment même où la drogue agit.

L'écrivain publiera d'autres récits d'expériences par les drogues : L'Infini turbulent (1964), Les Grandes épreuves de l'esprit (1966) et Connaissance par les gouffres (1967), mais aucun autre que Misérable miracle ne reproduit des pages d'écriture mescalinienne, parfois des dessins mescaliniens. Michaux tenait absolument à la présence de ces fac-similés dans le recueil, à tel point que, devant l'opposition de Gallimard à les reproduire, il s'adressa, par l'intermédiaire de Maurice Saillet, aux Éditions du Rocher.


Provenant de Gérard Worms (1912-1999). Michaux avait eu l’intention de publier un "album" de planches reproduisant ses expériences mescaliniennes, mais Gallimard, peu habitué à ce format, refusa. C’est alors que, sur le conseil d’Adrienne Monnier, Maurice Saillet se tourna vers Éditions du Rocher, dirigées par Worms. Signé en juin 1955, le contrat d’édition prévoyait la reproduction de certaines pages manuscrites. Saillet encouragea Michaux à ajouter des pages plus écrites et c’est ainsi que le livre devint plus qu'un "album", mais un texte illustré par de très impressionnantes pages écrites.


Pour d'autres manuscrits de Henri Michaux ou de Jean Cocteau provenant de Gérard Worms, voir lots 124-129.

Gérard Worms (1912-1999), éditeur du livre, ami intime de Cocteau dont il fut l'un des deux exécuteurs testamentaires. Il avait rencontré Cocteau en 1949 par l’intermédiaire de sa sœur Francine Weisweiller. De 1959 à 1966, il dirigera les éditions du Rocher, fondées à Monaco par Charles Orengo.


Par descendance au propriétaire actuel.

L’une des deux pages (celle paginée 97) est reproduite dans l'édition originale de Misérable miracle (1956), repris dans les Œuvres complètes, Pléiade, II, p. 728.

Nous remercions M. Franck Leibovici de sa proposition de retranscription de ces deux feuilles :


Feuille 1 : 

"comme un /

[...]

celle la [...]

en mettant son [...] en jeu /

[...] en ligne /

son léger de [...] /

il faut [...] /

il faut /

s'accrocher /

être / être

rester /

res- / 

être /

[...]."


Feuille 2 : 

"l'insupportable /

[qu'une femme que vous] ou [qu'un fleuve que vers] /

je trouve ça bien, que je le trouve /

[...] de mille chuchotements /

[...]

un chuchotement / grande fin

(dessin)

conte populaire

[...]".