
Lettres à un ami allemand. Gallimard, 1948. Édition originale, avec un envoi à René Char. Exemplaire broché.
Lot Closed
June 27, 01:06 PM GMT
Estimate
4,000 - 6,000 EUR
Lot Details
Description
Camus, Albert
Lettres à un ami allemand. Avec une préface inédite.
Paris, NrF-Gallimard, 1948.
In-12 (185 x 115 mm). Broché.
Les écrits de la clandestinité.
Exemplaire de René Char.
Première édition en volume, en partie originale, de quatre chroniques écrites entre 1943 et 1945, dont seules les deux premières furent alors publiées.
Exemplaire du service de presse.
Envoi autographe signé, à l’encre noire, au faux-titre :
"A René Char
Cet écho lointain des bouleversants ‘Feuillets d’Hypnos’
Avec mon amitié dans la pensée et dans la paix
Albert Camus".
Avec un fragment du bandeau d’éditeur pour Fureur et Mystère : "tout ce qui a le visage de la colère et n’élève pas la voix", contrecollé sur la première garde blanche.
En avril 1946, Camus avait fait publier par Gallimard les Feuillets d’Hypnos ─ qui lui sont dédiés ─ dans la collection Espoir qu'il dirigeait, avant leur première réédition dans le recueil Fureur et Mystère, paru en septembre 1948, deux mois après ces Lettres à un ami allemand.
La profonde amitié d'Albert Camus et de René Char avait débuté en 1946, et dura jusqu'à la mort de Camus en 1960. "Il y a peu d'hommes aujourd'hui dont j'aime à la fois le courage et l'attitude. Vous êtes de ceux-là ─ le seul poète aujourd'hui qui ait osé défendre la beauté, le dire explicitement, prouver qu'on peut se battre pour elle en même temps que pour le pain de tous les jours. Vous allez plus loin que les autres, n'ayant rien exclu" (lettre de Camus à Char, 30 juin 1947) . Char, quant à lui, écrivait à Gallimard à propos de son ami : "J'aimais chez lui la continuité du sentiment profond, la certitude qui comptait. Le visage privilégié qu'il tirait soudain de son cœur, il le dévoilait et le revoilait tout aussitôt. Ni le temps, ni l'ombre, ni l'humeur n'y opposait sa tâche. Observateur de soi sans indulgence, appliqué et volontaire, il ne se bornait donc pas aux apparences d'autrui."
Sur Albert Camus et René Char, voir infra.
René Char (envoi).
A. Coron. René Char, Gallimard, Bibliothèque nationale de France, 2007, p. 157.
"Dès la lecture de Feuillets d'Hypnos [...], l'admiration d'Albert Camus pour René Char est constante. Chaque nouveau recueil la confirme ou la renforce. Au moment de la remise du prix Nobel, en décembre 1957 à Stockholm, c'est de son ami qu'il parle spontanément, de Char, qu'il considère comme le plus grand poète français depuis Apollinaire. Dans cette relation, l'attachement de Camus pour le Vaucluse, où il souhaita très vite acquérir une maison, les étés passés à Palerme près de L'Isle, ses liens avec les Mathieu, facilitèrent les échanges. Comme l'a noté Char, 'c'était certainement une chance que nous nous soyons approchés l'un de l'autre, puis affectionnés dans les meilleures conditions, celles où la lenteur heureuse est promesse de durée, où la connaissance de soi se fait à l'insu de chacun'. Plus tard, Camus eut un logement au 4 rue de Chanaleilles, dans le même immeuble que son ami. [...] Outre Feuillets d'Hypnos, Camus a soutenu Char en publiant dans la collection qu'il dirigeait Lettera amorosa, puis Recherche de la base et du sommet, en encourageant son ami dans des lettres chaleureuses, en présentant ses poèmes à la radio dès 1949, en lui dédiant, en 1950, Actuelles I, en donnant sur l'homme et sur son œuvre, en 1953, un texte limpide, illuminé d'amitié.
Leurs échanges, le soutien du poète, furent d'une importance toute particulière pour Camus lors de l'écriture de L'Homme révolté, longue épreuve solitaire, prolongée après la publication du livre par un affrontement avec Les Temps modernes, où il se trouva, une fois de plus, isolé. Char fut à ses côtés, mais en privé, ne polémiquant dans la presse que sur des points secondaires. Leur communauté de vue ne suscita du vivant de son ami qu'un court billet dans Le Figaro littéraire au moment du prix Nobel. Deux autres textes, postérieurs à la mort de Camus, ne disent mot de son œuvre. Alors qu'il s'était même engagé à préfacer le volume Théâtre, récits, nouvelles dans la 'Bibliothèque de la Pléiade', Char y renonça en mai 1962, expliquant à Gaston Gallimard que 'l'affection fraternelle' qu'il éprouvait pour Camus faisait encore écran à ses 'possibilités de libre jugement touchant son œuvre grand ouverte'." (Antoine Coron).
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