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Vian, Boris

J'irai cracher sur vos tombes (tapuscrits corrigés) - [Rue des Ravissantes] et chansons (manuscrits autographes). 1958-1959.

Lot Closed

June 27, 02:00 PM GMT

Estimate

3,500 - 4,500 EUR

Lot Details

Description

Vian, Boris

J'irai cracher sur vos tombes (tapuscrits corrigés), [Rue des Ravissantes] et brouillons de chansons (manuscrits autographes).

[1958-1959].


Vian, scénariste et parolier.

 

[I]. J’irai cracher sur vos tombes [1958]. Deux tapuscrits, avec une dizaine de petites corrections autographes (fautes de frappe ou de ponctuation). 37 et 75 feuillets in-4 volants sous couverture rouge, ou agrafés sous couverture verte. Trous de classeur.

Deux versions de l’adaptation cinématographique du roman, paru sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, plus de dix ans auparavant, et antérieures à la version définitive.

C’est sous l’impulsion du scénariste Jacques Dopagne que Boris Vian accepta l’idée d’un film en 1954. Jusqu’en 1959 se succédèrent alors divers projets, ébauches et contrats qui allaient aboutir au film réalisé par Michel Gast, sorti en salles le 26 juin 1959, le jour même de l’enterrement de Boris Vian.

Vian, qui avait désavoué le scénario final et refusé que son nom soit associé au scénario tourné, avait été en quelque sorte "remercié" par la production. S'étant cependant rendu trois jours plus tôt à une projection privée, il avait été terrassé par une crise d’œdème pulmonaire qui entraîna sa mort quelques heures plus tard, attaque peut-être provoquée par les péripéties liées à cette aventure cinématographique.


Dans ces deux moutures, très proches l’une de l’autre, ne variant que par la mise en page et deux phrases supprimées dans la description du pasteur face à Joe Grant (p. 26 et p. 49 : "Mais il se garde bien de provoquer la confidence"), les personnages ont été renommés (Joe Grant pour Lee Anderson et Lizabeth Shannon pour Jean Asquith) et la fin diffère de celle du roman, moins tragique puisque l'on y voit Joe Grant accepter l’amour de Lizabeth Shannon, tout en étant conscient de sa très prochaine mort.

Certains dialogues sont écrits, d’autres seulement suggérés : "La suite du dialogue nous montre", "au dialogue on comprend que"… Et dans le corps du texte, s’insèrent des indications de cadrages, de mouvements de caméra ("l’appareil"), de succession de plans et d'enchaînements.

Les deux tapuscrits débutent par un avertissement : "L’histoire qui va suivre est celle d’un homme exceptionnel. Né de parents noirs, il n’en ni la pigmentation, ni la morphologie. Ce cas n’est d’ailleurs pas aussi rare qu’on voudrait bien le croire […] On sait que, profitant de cette particularité, plusieurs milliers de ‘noirs’ (reconnus tels par la Loi) disparaissent tous les ans des listes de recensement américain et passent au camp des Blancs".

 

[II]. [Rue des Ravissantes] et brouillons de chansons [vers 1957-1958]. Manuscrits autographes.

16 pages numérotées, à l’encre bleue, suivies de 20 autres pages sur 14 feuillets, à l’encre bleue ou au crayon, dont 4 présentent des croquis ou des colonnes de chiffres, en un cahier d’écolier, couverture rouge.

- Manuscrit, non titré, d’un premier synopsis de Rue des Ravissantes (écrit en collaboration avec le scénariste et réalisateur Pierre Kast), décrivant un quartier de prostituées vivant sous la coupe de leurs souteneurs, "scientifiquement" réorganisé par le comptable Adonis Lampion (qui deviendra cybernéticien par la suite), en butte aux visées immobilières du sénateur Corentin Brisedâne, père de 17 enfants.

"Le petit homme maigre marchait d’un pas alerte. Il était vêtu de gris, un complet bien coupé, des chaussures de daim marron pointues à semelles minces, à la mode d’Italie gainaient ses pieds et son chef s’adornait d’un Borsalino impeccable"…

 - Brouillons et ébauches d’une dizaine de chansons (14 pages, au stylo bleu ou au crayon).

Les premières lignes sont accompagnées d'une ligne mélodique : "Les hommes ne disent pas - la la sol la sol la / Ce qu’ils pensent dans leur tête - ré fa mi re do re mi do"…)

Parmi ces ébauches, on relève des fragments de L’Homme à l’Hispano, Le Pigeon en casserole ou Flamme d'or, l'une des toutes dernières chansons de Vian (écrite pour le film Tentation de Louis Duchesne et José Antonio De La Loma, sorti en 1960) ou encore l'adaptation par Vian de la chanson de Al Hoffman, Oh Oh, I'm falling in love again.

On note également un commentaire sur la façon dont on juge un artiste (peut-être inspiré par l’expérience de Vian comme directeur artistique chez Phillips) : "Chose surprenante question évolution technique des pickups, les techniciens, ces gens qui sont le progrès et l’avenir s’ingénient à donner un passé à des choses qui sont du présent – comme la chanson – par le moyen de disques de plus en plus fidèles et de plus en plus éloignés de la performance ‘actuelle’ de l’interprète. On en arrive à juger quelqu’un en fonction de ce qu’il a fait (anciens combattants garde à vous !) et non en fonction de ce qu’il fait, ça fait assez rire".


5 pages de ce cahier, rédigées au crayon, présentent des croquis de plans [projets d’aménagement de l’appartement de la Cité Véron, dernier domicile de Vian] et une liste comptable des revenus de Boris Vian (salaires, droits d’auteur…).


[On joint] :

Note autographe (1 page in-8, à l’encre violette) : indication d'un rendez-vous rue Poncelet [l’adresse où logeait Ursula Kubler lorsqu’elle rencontra Vian], le nom du contrebassiste Simoëns, et plusieurs jeux de mots ou contrepèteries : "il est connu comme le houblon / les vertiges de Carthage / la cireuse du foie / un macmom de Champagne", etc.

Œuvres romanesques complètes I, éd. La Pléiade. p. 1027 et 1045-1082.

 

Œuvres de Boris Vian, tomes XI et XIII, éd. M. Lapprand et G. Pestureau, sous l’autorité d’Ursula Vian Kübler. Fayard, 2001 et 2002.