
Frankenstein, ou le Prométhée moderne. Paris, 1821. 3 volumes aux armes de la duchesse de Berry. Édition originale de la première traduction française.
Lot Closed
June 27, 12:49 PM GMT
Estimate
35,000 - 45,000 EUR
Lot Details
Description
Shelley, Mary
Frankenstein, ou le Prométhée moderne. Dédié à William Godwin, auteur de la Justice politique, de Caleb Williams, etc. Par Mme Shelly [sic], sa nièce. Traduit de l’anglais par J. S.***.
Paris, chez Corréard libraire, 1821.
3 volumes in-12 (165 x 95 mm). Veau glacé fauve, filet à froid noirci en encadrement avec petits cercles dorés aux angles, armes dorées au centre des plats, dos lisse orné de roulettes, filets et fleurons dorés, titre et tomaison dorés, roulette intérieure dorée, gardes marbrées, tranches marbrées (Reliure de l’époque). Étui cigare moderne, chagrin rouge.
Un des grands classiques du roman noir, aux armes de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry.
Exceptionnel exemplaire, en très bel état, réunissant deux femmes aux destins singuliers.
Édition originale de la première traduction française, due à Jules Saladin (d’après Barbier).
Le chef-d'œuvre de Mary Shelley fut publié anonymement à Londres en 1818. Tiré à quelques 500 exemplaires, son succès fut immédiat et lui valut d’être maintes fois réédité.
Alors qu’elle n’était encore que Mary Wollstonecraft Godwin, la jeune femme avait accompagné son amant le poète Percy Shelley en Suisse durant l’été 1816 pour y retrouver Lord Byron. Lors de ce séjour, en raison du mauvais temps, ils prirent l’habitude de lire divers contes ou romans mettant en scène des êtres surnaturels, Byron lança l’idée d’une compétition : que chacun écrive une histoire de fantômes. Lui-même ébaucha un texte, retravaillé ultérieurement par John Polidori sous le titre Le Vampire, mais c’est Mary ─ devenue Mme Percy Shelley en décembre 1816 ─ qui produisit le seul récit achevé, ainsi qu’elle l’explique dans la préface.
"I busied myself to think of a story, ─ a story to rival those which had excited us to this task. One which would speak to the mysterious fears of our nature and awaken thrilling horror ─ one to make the reader dread to look round, to curdle the blood, and quicken the beatings of the heart" [Je me suis efforcée de penser à une histoire ─ une histoire qui rivaliserait avec celles qui nous avaient alors enthousiasmés ─ qui s’adresserait aux peurs mystérieuses de notre nature profonde et réveillerait un frisson d’horreur, une histoire capable d’effrayer le lecteur au point qu’il ait peur de regarder autour de lui, de lui faire tourner les sangs et d’accélérer les battements de son cœur] (Mary Shelley, préface de l’édition anglaise de 1831).
Si, dans la culture populaire, le "monstre" créé par le Dr Victor Frankenstein est le plus souvent représenté comme un être sauvage et sans état d'âme ─ et bien souvent désigné à tort par le patronyme de son créateur ─, ce roman, qui mêle la philosophie et la rationalité aux aventures effrayantes que vivent les personnages, possède une portée morale et une force stylistique évidente qui en font une œuvre majeure dans le genre épopée d’anticipation.
Une provenance à la fois historique et bibliophilique.
La présence de cet ouvrage, parmi tous ceux de la très importante bibliothèque réunie au château de Rosny par la duchesse de Berry à partir de 1818, est éloquent : elle révèle le goût littéraire de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, et rapproche deux femmes d’action et de passion, de cœur et de raison.
Bien qu’issues de milieux différents, la duchesse de Berry et Mary Shelley partagent bien des points communs. Nées à quelques mois de distance, toutes deux reçoivent une éducation assez libre, se marient en 1816, éprouvent la douleur de perdre des enfants en bas âge comme celle d’être orphelines de mère, la première à l’adolescence et la seconde dès sa naissance. Veuve à 22 ans pour l’une et à 25 ans pour l’autre, ayant connu – pour des raisons différentes certes – une vie d’errance parfois et de voyages, toutes deux ont démontré une véritable volonté d’indépendance, un anticonformisme et un besoin de liberté, peu habituels pour leur temps.
Mary Shelley laisse derrière elle une importante et originale production littéraire, quelque peu éclipsée par Frankenstein, et Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, outre la mémoire d’un des épisodes les plus romanesques de l’histoire du XIXe siècle, le souvenir d’une grande bibliophile et amatrice d’art.
Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry (armoiries, OHR 2554 fer 2 ; Bibliothèque de Rosny, ex-libris ; vente 1837, n° 118).
Pierre Groensteen (1921-1963), notaire bruxellois (voir le catalogue d'exposition de 1969).
Reflets de la Bibliophilie en Belgique, Bruxelles, Bibliothèque Albert Ier, 1969, n° 50.