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[Sallinger]. 1976. Manuscrit autographe complet de cette pièce inspirée de Salinger. L'un des derniers manuscrits de l'auteur en mains privées.
Lot Closed
November 29, 02:36 PM GMT
Estimate
20,000 - 25,000 EUR
Lot Details
Description
Koltès, Bernard-Marie
[Sallinger]. Manuscrit autographe complet.
1976.
68 pages sur 44 feuillets de papier quadrillé in-4 (283 x 210 mm) ; encre bleue, noire ou rouge, avec quelques ratures et corrections.
Exceptionnel manuscrit d’un des auteurs dramatiques les plus singuliers de la fin du XXe siècle.
Texte complet d’une des premières pièces de Koltès, inspirée par l’univers de l'écrivain américain J.D. Salinger.
Écrite en 1976, cette pièce est le résultat d’une "commande" du metteur en scène lyonnais Bruno Boëglin qui la créa en 1977. Elle ne fut publiée qu’à titre posthume, en 1995, aux éditions de Minuit, accompagnée d’un bref avant-propos de l’auteur, rédigé en 1978, la genèse de ce travail mêlant la subjectivité et la parole des comédiens, d’un metteur en scène et d’un écrivain afin de trouver un langage commun autour de l’œuvre de Salinger.
Le manuscrit correspond au texte définitif, avec des corrections, des passages remaniés ou biffés où des variations inédites peuvent se lire.
Sallinger suit à la trace les errances physiques et mentales des membres d’une famille de la classe moyenne américaine, dans un New York "abstrait, nocturne, déconnecté", au moment de la guerre du Vietnam. Le personnage principal, un jeune homme "grossier, très beau et très insupportable" prénommé Le Rouquin, est comme l’écho fraternel du personnage créé par Salinger dans L’Attrape-cœurs.
Le premier feuillet, à l’encre noire avec quelques petites corrections, présente les personnages et les "décors" de la pièce.
Suivent 22 feuillets, à l’encre bleue (numérotés au stylo rouge) : mise au net du texte correspondant à la première moitié de la pièce environ, avec de très rares corrections, le plus souvent à l’encre rouge.
La suite du manuscrit, à l’encre noire, bleue ou rouge, est bien davantage une étape de travail comme en témoignent plusieurs mots rayés ou corrigés, des passages de plusieurs lignes biffés, repris avec de légères variantes, une division des tableaux (en chiffres romains) qui ne sera pas celle de la version définitive, ou des ajouts tracés d’une écriture plus ou moins hâtive. On relève également des répliques isolées destinées à être réintégrées dans le corps du texte.
Cependant on retrouve le texte entier de Sallinger, des premières aux dernières répliques, y compris les parfois très longues didascalies qui décrivent sur deux ou trois pages des actions muettes.
Les rares variantes seront par exemple le mot "temps", indiquant une pause dans le jeu, qui sera ultérieurement remplacé par le mot "silence", ou encore l’emploi répété du juron "shit" (orthographié ici "sheat") qui deviendra "what a mess", des hésitations sur certains passages comme lors d'une des prises de parole d’Anna (feuillets 23 et 24 du manuscrit et p. 89 de l’édition) : "Tant qu’il demeure quelque part une intelligence qui dépasse toute autre", devenant "S’il pouvait demeurer quelque part dans toute l’Amérique un seul être lucide et sage", puis "Si elle existait seulement cachée quelque part au fond de l’Amérique, cette intelligence totale qui demeure un signe de ce qui est supérieur et de ce qui est bas", et enfin "S’il pouvait demeurer, caché quelque part au fond de l’Amérique, un seul être lucide, un seul être [/esprit] qui fut indiscutable, je courrais le chercher et l’appeler à l’aide […] Mais je crois que la dernière intelligence s’est depuis longtemps fait sauter la tête à [/d’un] coup de revolver ".
On relève également de légères variations dans le texte de la scène finale, juste avant que le Rouquin ne se suicide lorsqu’il mêle dans son discours le français et l’anglais. Un dernier feuillet présente d’ailleurs le texte en français (avec copie dactylographiée) que Koltès traduira, ou fera traduire, en anglais.
François Koltès a consacré à son frère cadet un film, Comme une étoile filante, pour lequel il a notamment recueilli les souvenirs de Bruno Boëglin concernant Sallinger : "J’avais lu ‘La nuit juste avant les forêts du Nicaragua’, premier titre, puis j’avais lu le roman ‘La fuite à cheval’ puis je l’avais rencontré… Ça s’est fait vraiment comme ça… pas plus compliqué. Il y a eu des réunions… où on parlait beaucoup de Salinger, pas beaucoup de son écriture, pas du tout, pas du tout ce que j’avais fait moi avant, comme comédien ou metteur en scène, pas du tout le trajet des autres personnes qui étaient mêlées à l’aventure […] Quand il m’a donné le manuscrit [...] je me disais c’est pas possible j’y arriverai pas… Il y avait huit ou neuf monologues qui faisaient quatre ou cinq pages et dedans était contenu absolument – je ne suis pas un spécialiste des textes de Bernard – mais, était contenu absolument tout ce qui allait devenir son œuvre d’écrivain de théâtre" (Bruno Boëglin, entretien avec F.K., 1997).
Une très grande partie des manuscrits de Bernard-Marie Koltès sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France, grâce à divers achats ainsi qu’à des dons de François Koltès.