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Livres et Manuscrits des XIX & XXe siècles (lots 99 à 171)

Proust, Marcel

Lettre à Boylesve. Janv. 1914. Le remercie des compliments pour Swann.

Lot Closed

June 22, 02:38 PM GMT

Estimate

3,000 - 5,000 EUR

Lot Details

Description

Livres et Manuscrits des XIX & XXe siècles (lot 99 à 171)


PROUST, MARCEL 

Lettre autographe signée à René Boylesve.

[Début janvier 1914.]


UNE FLATTERIE CONTRE UNE AUTRE.


3 p. in-12 (181 x 134 mm), sur un bifeuillet filigrané "Imperial Diadem". Signée "Marcel Proust".


En réponse aux compliments de Boylesve sur Swann, Proust lui écrit cette belle lettre, en commençant par citer Molière puis par une prétérition : "Je ne veux pas vous ennuyer d'un nouveau remerciement. Simplement comme Agnès qui 'Ne voulait point céder et recevoir l'ennui / Qu'il me plût estimer moins civile que lui'. Je ne vous dirais pas non plus à quel point votre lettre m'a touché. Si je le fais un devoir d'exprimer toute ma pensée dans les livres, j'aime à la voiler dans la vie." Flatteur, Proust cite alors Mon amour, le roman de son correspondant paru en 1908 : "J'aime comme vous dites dans Mon Amour à dire 'Ce n'est rien Ce n'est rien !', quand on voit que je pleure. Au reste peut'être l'aviez-vous déjà deviné."


Il répond alors aux compliments reçus par d'autres qu'il adresse au romancier : "Car depuis longtemps je vous admire, j'aurais peut'être pu, comme d'autres, me faire présenter à vous, vous dire que je vous admirais. Permettez-vous de vous l'avouer maintenant". Tardives, ces manifestations d'admiration ne doivent pas faire oublier que l'opinion de Proust pour Boylesve allait décroissant depuis quelques années. En 1903, il trouve que l'un de ses romans est "sublime", en 1907 qu'il est "quelqu'un de très doué à qui il manque beaucoup", en 1911 que "Bourget descend et Boylesve recule" et en 1912 qu'il trouve dans Madeleine jeune femme" quelques passages "charmants" mais "le reste d'un terne !". Au contraire, Boylesve, qui au départ émettait quelques réserves, finit par écrire à Proust son admiration, même s'il avouera plus tard n'avoir par lu entièrement Du côté de chez Swann... Ces compliments échangés étaient-ils vraiment sincères ?


LITERATURE:

Corr., XIX, n° 395.

Caroline Szylowicz, "Une lettre de Marcel Proust à René Boylesve (décembre 1913)", Bulletin Marcel Proust, p. 9-15.

Stéphane Chaudier, "Proust et Boylesve, récits d'enfance entre deux siècles", Marcel Proust 4. Proust au tournant des siècles, Bernard Brun et Juliette Hassine (éd.), Paris-Caen, Lettres modernes Minard, 2004, p. 133-144.