Art d'Afrique, d'Océanie, d'Indonésie et des Amériques

Art d'Afrique, d'Océanie, d'Indonésie et des Amériques

View full screen - View 1 of Lot 116. Masque okuyi, Punu, Gabon | Punu Okuyi Mask, Gabon.

Masque okuyi, Punu, Gabon | Punu Okuyi Mask, Gabon

Lot Closed

December 16, 02:54 PM GMT

Estimate

30,000 - 50,000 EUR

Lot Details

Description

Masque okuyi, Punu, Gabon


haut. 30 cm ; 11 7/8 in


Punu Okuyi Mask, Gabon 

Collection Joseph Guyon (1870-1942), Lieutenant-Gouverneur du Gabon, acquis in situ entre 1914 et 1918

Transmis par descendance 

Ce masque Punu de type okuyi est connu dans toute la région sud-Gabon. Les masques okuyi, caractérisés par leur enduit de kaolin blanc, leurs lèvres rouges, les sourcils arqués vers le haut et les yeux mis-clos, sont un des éléments fondamentaux du principal cérémoniel initiatique des hommes dans toute l’aire culturelle du Sud-Gabon (Punu-Lumbu, Shira, Nzebi). Ils sont portés lors de la danse du Mukudj’ (aussi appelé Mukuyi ou Okuyi). Au cours de cette cérémonie le porteur du masque, juché sur des échasses, effectue une danse du matin jusque tard dans l’après-midi. Réalisées généralement lors de l’initiation des jeunes garçons, ces danses accompagnaient également d’autres moments forts de la communauté.


Les motifs des scarifications composés de neuf écailles apparaissant sur le front et les tempes du masque en forme de carré ou de losange, nommés magumbi, sont probablement des références aux neuf clans primordiaux de l’histoire mythique punu et les neuf « routes » de la migration (Merlet, 1991 : pp. 69-71), bien que cette interprétation ait pu être contestée (Koumba-Manfoumbi, 1987 : pp. 47). 


Les traits élégants du masque et sa blancheur évoque les pouvoirs bénéfiques de la « femme ancêtre » ou de la « jeune femme morte ». Aussi, le recours à un personnage féminin d’autorité est à mettre en relation avec l’importance des clans matrilinéaires dans la région. En Afrique équatoriale, si la symbolique de la couleur blanche du masque se rapporte au monde des esprits, la couleur des lèvres et des scarifications en rouge de padouk est une référence à la vie. En effet, le masque avait pour fonction liturgique de relier le monde des vivants au monde des morts. Il était également, comme a pu le souligné Monsieur Louis Perrois, une référence à l’endogénéité ancestrale, manifestée par l’alternance et la combinaison de symboles, entre les scarifications sur les tempes, signe distinctif de masculinité, et le diadème féminin ornant le front.

Emblème incontournable des arts d’Afrique depuis la fin du XIXe siècle le corpus des masque Punu a été l’un des premiers célébrés par les modernistes.


Les lignes précieuses, fines et géométrique de ce masque évocateur des pays du soleil Levant ont en effet fasciné dès les origines de la découverte des arts africains et ont eu un impact notable sur les peintres modernes au premier rang desquels Picasso.

Ce masque okuyi Punu a été acquis par Joseph Guyon (1870-1942) lors de son séjour au Gabon en tant que Lieutenant-Gouverneur du Gabon, de 1914 à 1918. Il y menait alors des opérations contre le Cameroun allemand. Ce militaire sera ensuite nommé gouverneur général de Madagascar en 1919 et 1920, et de Nouvelle-Calédonie de 1925 à 1932. Une partie des objets ramenés de ces affectations, comme ce masque, toujours restés dans la famille, a précédemment été vendue chez Sotheby’s le 11 juin 2008 (lots 68-74).


Ce masque s’inscrit admirablement dans le corpus okuyi et illustre à l’instar d’exemples connus (Coll. privée, exposé et publié dans Les Forêtes natales, Quai Branly : n° 314, p. 345 ou, entre autres, celui vendu chez Sotheby’s, Paris , 10 décembre 2014, n° 94) la beauté idéalisée du visage féminin. La pureté de ses lignes et le naturalisme de ses traits rendent un hommage saisissant à l’esthétique punu. Le masque okuyi du Gouverneur Guyon incarne à ce titre les canons essentiels du type et s’inscrit historiquement comme une découverte majeure dans le corpus de l’art du Gabon.

 

La coiffe remarquable du masque Punu du Gouverneur Joseph Guyon

Par Louis Perrois, ethnologue et ancien directeur de recherche de l’Orstom-Ird, novembre 2022  

 

Concernant les coiffes des masques de danse Okuyi des Punu-Lumbo du sud-ouest du Gabon, souvent amples et toujours de couleur noire, toutes « à coques rembourrées », parfois finement striées de nattes, la répartition est dans l’ensemble du corpus connu, de la moitié des items. Ces coiffes de facture plus ou moins sophistiquée, sont soit à large coque centrale flanquées de chignons ou de nattes, soit à coque centrale haute, rappelant les coiffures féminines habituelles des peuples des régions de Fougamou, Mouila, Ndende et Tchibanga.

Par ailleurs, un nombre relativement important des coiffes des masques Okuyi de la vallée de la Ngounié, présente soit deux coques rembourrées longitudinales bien séparées par des décors nattés, soit parfois, mais plus rarement, un dispositif à coques multiples emboîtées.

 

Parmi les œuvres connues dont certaines devenues iconiques pour les connaisseurs des arts africains, présentent ce type de coiffe, on peut se souvenir du magnifique masque Punu, 31 cm, de la collection André Fourquet, publié dans le magazine « L’œil » en 1982 (ancienne collection de l’Abbaye Mortain, CSSp., « Chefs-d'oeuvre d'Afrique : les masques Pounou. L'œil, 321 », puis collection privée Alain Schoffel). Egalement, un masque 28 cm, collecté vers 1920, ayant appartenu au sculpteur Jacob Epstein puis André Fourquet ( Bassani, Ezio & Leod, Mc D., Jacob Epstein Collector. 1989, Milan, Associazione Poro, 31).


Certains de ces masques sont rentrés très tôt en Europe, comme le masque collecté par un voyageur suisse François Coppier avant 1910 puis resté dans la collection du peintre Emile Chambon et aujourd’hui conservé au Musée ethnographique de Genève en Suisse (in Perrois et Grand-Dufay, 2008, Punu, Cinq Continents Editions, Milan, pl. 17 et commentaire p. 138 ).

Sans oublier l’exceptionnel masque « Goldet », 26 cm, à deux hautes coques rembourrées (anciennes collection Kenneth Clark, Alan Clark, Hubert Goldet ; publié in Perrois, Louis. 1979. Arts du Gabon. Arnouville : Arts d'Afrique Noire, 248/262 ; Fourquet, André. 1982. Chefs-d'oeuvre d'Afrique : les masques Pounou. L'œil, 321/56 ; Bassani, Ezio. 2003. Afrique aux origines de l'art moderne, Turin : GAM : ArtificioSkira, 220/3.73).

Plus récemment, on a découvert un très élégant masque Punu, 29 cm, Récolté en 1930 par un médecin à Mouila et vendu chez Christie’s Paris le 8 décembre 2004 (publié dans Catalogue-vente Christie's Paris 8 décembre 2004, lot 192 ; Tribal - le magazine de l'Art Tribal, n° 9, printemps 2005, illustration Galerie Bernard Dulon ; Bassani, Ezzio. 2005.Arts of Africa 7000 ans d'Art Africain. Grimaldi Forum Monaco : Skira, 300, 12c.).


La facture raffinée de la coiffe du masque du Gouverneur Guyon

 

Outre le visage aux yeux mi-clos et la face aux pommettes hautes, enduits d’un épais enduit de kaolin, c’est la coiffe à coques et à tresses, ample et finement réalisée qui retient l’attention.

Au XIXè s., toutes les dames des peuples du Sud-Gabon, depuis la région de l’estuaire (Myene) jusqu’aux confins de la Ngounié et du Fernan-Vaz côtier, confectionnaient de telles coiffures combinant des coques de cheveux tirés et des nattes sur un dispositif plus ou moins volumineux fait de fibres végétales et d’étoupe agglomérés. Ces coiffures étaient des signes de puissance sociale, non pas des femmes elles-mêmes, mais de leurs maris, chefs ou notables.


Les sculpteurs ont plus ou moins bien reproduits ces ornements, mais pour certains masques anciens que j’ai mentionnés plus haut, ils ont réalisé des chefs-d’œuvre. C’est le cas pour ce masque-ci.


Comme on le voit, les deux coques sont parcourues par une multitude de fines tresses ciselées, combinant des segments parallèles parfaitement sculptés et des motifs en zig-zag sur les arêtes des crêtes. Au centre, une natte longitudinale crée une séparation franche des deux coques. L’élément remarquable est le maillage en résille des fines tresses horizontales et obliques, depuis les ailettes latérales, au-dessus du front. Et surtout la facture étonnante de précision des tresses quand on sait que les artistes punu-lumo travaillaient à main levée, avec des herminettes très affutées. Ici, pas de repentirs ni de coups malheureux, tout l’ensemble des nattes est impeccable, même si le sculpteur a dû concéder à une certaine sinuosité de la natte axiale, certainement due à la forme initiale du bloc de bois travaillé.