View full screen - View 1 of Lot 127. Masque, Baulé, Côte d'Ivoire | Baule mask, Ivory Coast.
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Masque, Baulé, Côte d'Ivoire | Baule mask, Ivory Coast

Masque, Baulé, Côte d'Ivoire | Baule mask, Ivory Coast

Masque, Baulé, Côte d'Ivoire | Baule mask, Ivory Coast

Masque, Baulé, Côte d'Ivoire

27 cm ; 10 5/8 in


Collection privée, Suisse, acquis ca. 1960
Transmis par descendance
Collection privée française

Par Alain-Michel Boyer


Ce masque offre un splendide témoignage de la forme organique portée à sa perfection par les sculpteurs baule : la finesse des traits, les surfaces polies, les lignes à la fois fermes et souples accentuent le recueillement du visage exprimant intensité contenue et concentration. Communément appelé en Occident « masque-portrait », il ne vise en réalité à aucune recherche de ressemblance, puisque, en baule, le mot ndoma signifie « double » ou « alter ego ». Il s’agit donc moins de la représentation exacte d’un individu que d’un hommage, un visage idéalisé qui a pour dessein d’honorer, pour son rôle social, un notable du village ou, pour sa beauté, une femme. L’expression individuelle devient secondaire par rapport à la recherche d’un canon idéal. Ce masque intervient au terme de danses qui, selon les sous-groupes du peuple baule, portent différents noms : ngblo près de Tiébissou, ajusu ou ajemele dans la région de Béoumi, gbagba ou mblo dans les environs de Yamoussoukro. 


Le parti pris d’idéalisation trouve son accomplissement dans un subtil souci des proportions et une grande maîtrise de l’organisation générale : le visage s’inscrit dans un ovale convexe, ostensiblement souligné par un liseré de minuscules protubérances qui, en jouant le rôle d’un « cadre », le rehausse et le magnifie. Ce motif quelque peu maniériste, car emprunté aux Yaure --- les voisins les plus proches ---, trouve ici des correspondances sur le visage même, pour l’animer et l’équilibrer grâce à des échos plastiques : les doubles ovales des orifices oculaires et des yeux incisés, légèrement saillants, semblent en harmonie avec la forme ovale de cette frise ornementale. Autres échos plastiques : d’une part, au sommet, le demi-cercle de la chevelure (la tre ba), composée de stries parallèles, qui donne l’impression d’être finement tressée, est ici conduit d’une oreille à l’autre, comme un diadème au-dessus du front bombé ; à l’opposé, compressée contre le menton, la barbe ne présente qu’un ovale fractionné, interrompu vers le bas, car l’artiste a jugé inutile de sculpter un élément de toute façon dissimulé par les atours lors de la danse ; entre ces deux extrêmes, les deux ovales concentriques des oreilles, singulièrement amoindries, mais superbement ciselées, créent un discret ornement latéral. Ainsi, courbes et contrecourbes, remarquablement étagées, se répondent en apportant à l’ensemble vitalité et plénitude. En contrepoint, les arcades sourcilières se rejoignent au sommet de l’arête nasale rectiligne qui esquisse une forme de trapèze au-dessus d’une bouche triangulaire, avec une lèvre supérieure en arc-de-cercle.

Cette œuvre se caractérise aussi par une surprenante surabondance de scarifications qui, élégamment réparties, constituent un autre jeu d’échos : trois groupes de trois pour, sur le front, mieux rehausser l’éclat de l’épiderme ; triples, disposées en éventail, aux coins des yeux ; aux commissures des lèvres, deux rectangles de scarifications juxtaposées ; et, en haut des joues, deux lignes parallèles. Nommées baule ngole, c’est-à-dire « signes [de reconnaissance] baule », elles étaient à la fois des marques de singularité individuelle et de distinction sociale, différenciant les familles et les clans. C’est précisément pour fondre les ethnies en une seule nation qu’elles furent proscrites après l’Indépendance (mais aussi pour des exigences d’asepsie), et donc absentes sur les individus depuis plus d’un demi-siècle. Plus que les photographies anciennes, ce sont les masques, comme celui-ci, qui en gardent le plus vibrant souvenir. Elles agrémentent ainsi magnifiquement cette composition équilibrée, lui conférant une dimension presque calligraphique qui s’impose ainsi comme un éclatant témoignage de l’art d’un talentueux sculpteur de la moyenne vallée du Bandama.


This mask is a splendid testament to the organic form brought to perfection by Baule sculptors: the sharpness of the features, the polished surfaces, the outlines, both strong and smooth, highlight the soulfulness of the face, expressing contained intensity and concentration. Although commonly referred to as a “portrait mask” in the West, it does not in fact involve any attempt at resemblance, since, in Baule, the word ndoma means “double” or “alter ego”. It is therefore not so much an exact representation of an individual as a tribute, an idealized face designed to honour a prominent village figure - for their social role - or a woman - for their beauty. Individual expression takes second place to the pursuit of an ideal canon. This mask comes out at the end of dances which, depending on the various Baule sub-groups, are called by different names: ngblo near Tiébissou, ajusu or ajemele in the Béoumi region, gbagba or mblo around Yamoussoukro. 


The idealization principle finds its expression in the subtle attention to proportions and great command of the general organisation: the face is set in a convex oval, ostensibly emphasized by a border of tiny protuberances which, acting as a “frame”, enhances and magnifies it. This somewhat mannerist motif, borrowed from the Yaure --- their closest neighbors ---, finds parallels here on the face itself, enlivening and balancing it through visual echoes: the double ovals of the eye sockets and the slightly protruding incised eyes create a sense of harmony with the oval shape of the ornamental frieze. Other visual echoes: on the one hand, atop the head, the semicircle of hair (the tre ba), made up of parallel stripes evoking fine braiding, runs from one ear to the other, like a diadem above the rounded forehead ; on the other hand, compressed against the chin, the beard is only a split oval, interrupted in its lower part, because the artist considered it unnecessary to sculpt an element that was hidden by the attire during the dance anyway; between these two extremities, the two concentric ovals of the ears, singularly pared down but beautifully chiselled, create a discrete lateral ornament. And so, curves and counter-curves, remarkably tiered throughout, interact to bring vitality and fullness to the whole. As a counterpoint, the superciliary arches meet at the top of the rectilinear nasal bridge which forms a trapezoid above a triangular mouth, with an arched upper lip.


This work also features a surprising overabundance of elegantly distributed scarification, creating another interplay of echoes: three groups of three to better bring out the radiance of the skin on the forehead; three, arranged in a fan at the corner of the eyes; at each corner of the mouth, two rectangles of juxtaposed scarification; and, on the upper cheeks, two parallel lines. Known as baule ngole, i.e. “Baule signs [of recognition]”, they served as marks both of individual singularity and social distinction, differentiating families and clans. They were banned after Independence precisely to help merge various ethnic groups into a single nation (but also for aseptic reasons) and have therefore been absent from individuals for over half a century. Even more so than ancient photographs, masks such as this one are the most vibrant reminders of this bygone tradition. They are a magnificent adornment to this finely balanced composition, giving it an almost calligraphic dimension, making it stand out as a brilliant exemplar of the art of a talented sculptor from the middle Bandama valley.