
Lot Closed
July 23, 01:57 PM GMT
Estimate
40,000 - 60,000 EUR
Lot Details
Description
FROM THE COLLECTIONS OF ALESSANDRO TORLONIA (1800-1886), PRINCE OF FUCINO, PALAZZO TORLONIA, ROMA
A GILTWOOD, GILT AND SILVER-PLATED BRONZE "TROUBADOUR" CHAIR, PARIS, CIRCA 1834-1835, ATTRIBUTED TO AIMÉ CHENAVARD AND DENIÈRE
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PROVENANT DES COLLECTIONS D'ALESSANDRO TORLONIA (1800-1886), PRINCE DE FUCINO, AU PALAZZO TORLONIA A ROME
CHAISE "TROUBADOUR" EN BOIS DORÉ, BRONZE ARGENTÉ ET DORÉ, PARIS, VERS 1834-1835, ATTRIBUÉE À AIMÉ CHENAVARD ET DENIÈRE
ornée du blason des princes Torlonia en bronze argenté et doré au revers ; monogrammée AT en lettres cursives entrelacées et ciselées en bronze doré dans un cartouche ovale à fond bleu lapis flanqué de deux angelots
Haut. 104 cm ; height 41 in.
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Former collection of Alessandro Torlonia (1800-1886), prince of Fucino, palazzo Torlonia, Roma ;
Former collection of Roberto Polo
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Ancienne collection d'Alessandro Torlonia (1800-1886), prince de Fucino, au palazzo Torlonia à Rome ;
Ancienne collection de Roberto Polo.
Werner Adriaenssens et al, Roberto Polo : The Eye, Londres, 2011, pp.124-125, reproduit
Cette chaise extraordinaire a été commanditée par un personnage tout aussi exceptionnel, le prince Alessandro Torlonia, qui la fit orner de son blason couronné et de son chiffre, et la disposa dans l’un des salons du palais portant son nom, piazza Venezia, ou de sa villa à Rome.
Alessandro Torlonia fut l’arrière-petit-fils d’un fort modeste marchand de toiles du Forez, Antoine Tourlonias, et le petit-fils de Marin Tourlonias (1725-1785), né à Augerolles (Puy-de-Dôme), qui s’installa à Rome en 1750, où il italianisa son patronyme en Marino Torlonia.
Ce dernier se serait fixé à Rome, au service d’une de ses relations familiales, l’abbé de Montgon, agent de Philippe V d’Espagne, lequel eut de si sévères démêlés avec le cardinal de Fleury qu’il préféra se réfugier dans le palais Zuccari, tout près de la Trinité des Monts, où séjournèrent Reynolds, les Nazaréens, ainsi que le célèbre Winckelmann.
D’abord valet de chambre puis marchand de soieries et de draperies, Marino épousa la fille d’un émigré français et d’une notable allemande. Le couple eut quinze enfants parmi lesquels Giovanni, « ce fameux marchand de fil » selon Stendhal, père d’Alessandro, héros de la famille, et véritable fondateur de la dynastie princière des Torlonia, avec l’aide de son frère Giuseppe.
Le commerce prospéra tant et si bien que les Torlonia se consacrèrent rapidement à l’activité bancaire. Bien que Giovanni n’ait pas été immédiatement accepté dans le corps des banquiers romains, il parvint cependant à faire de sa maison la première sur la place de Rome. Son fils Alessandro lui succèdera à ce poste et, de 1829 jusqu’en 1860, dirigera à son tour la célèbre banque qui sera finalement vendue en 1869 et mise en liquidation en 1872.
Pour parvenir à ses fins, Giovanni sut pleinement profiter des bouleversements provoqués par la Révolution française : banquier de la papauté (qui le fera marquis puis duc), mais aussi fournisseur des armées de la République, approvisionneur de la République romaine, banquier de tous les Bonaparte et de la noblesse romaine, représentant à Rome du prince de Fürstenberg (qui le fera noble d’Empire en 1794), chargé des intérêts de la Pologne, etc.
La banque Torlonia fut comparable à celle des Rothschild, consacrant d’abord ses activités à des opérations de change et à l’utilisation de capitaux d’origine commerciale inemployés, puis à l’acceptation d’effets émis partout en Europe par la papauté. Au cours des vingt années de conflits entre la France et le Saint-Siège, Giovanni Torlonia fut présent à toutes les étapes, naviguant entre la papauté et les gouvernements successifs que la France lui imposa. Son nom apparaît fréquemment dans les dépêches françaises, notamment lors de l’assassinat de Basseville, l’imprudent secrétaire d’ambassade dont Stendhal a raconté la fin tragique, et dans les rapports de Cacault, quand la France imposa au pape l’armistice de Bologne, en 1796.
Giovanni devint dès lors le banquier d’un pape qui n’eut pas assez d’argent pour payer la contribution d’armistice. Comme la France accepta d’être payée en fournitures, de l’alun notamment (qui avait fait la fortune des Chigi au XVIe siècle), Giovanni en assura le transport par Civitavecchia. Après le traité de Tolentino (1797), il intervint encore en signant de nombreuses lettres de change pour le pape ; il signa même un compromis avec la France.
Il poursuivit ainsi son ascension en participant avec beaucoup d’habileté à des opérations toujours juteuses en période de troubles : fournitures pour les armées, approvisionnement de la ville de Rome, achats de biens nationaux, participations financières diverses (tissages, bois, etc.) La banque Torlonia devint ainsi l’une des plus solides et des plus prospères banques d’Italie et, à la chute de la République, Giovanni se retrouva propriétaire d’immenses domaines entre Rome et la mer. A la fin du siècle, suite à l’explosion des bénéfices entre 1797 et 1800, sa fortune était faite et il fut unanimement considéré comme le plus riche banquier de la péninsule.
Giovanni Torlonia devint le propriétaire du vaste domaine de la Roma Vecchia, ferme érigée en marquisat par le pape ; en 1803, il se porta acquéreur du duché de Bracciano, titre qu’il portera à partir de 1809 et que voyageurs et chroniqueurs mentionnent systématiquement.
En 1809 également, il devint patricien romain, honneur que lui accorda Pie VII pour services rendus. Cela lui permit d’entrer dans le cercle très fermé de la haute noblesse romaine, aux côtés des Borghese, des Colonna, et autres Orsini. En 1814, il fut fait prince après l’achat du château et du domaine de Civitella Cesi. Cette quête nobiliaire s’acheva en 1820 par l’achat du duché de Poli et Guadagnolo.
Sur tous ces châteaux, villas, palais ainsi que sur la chapelle funéraire des Torlonia à Saint-Jean-de-Latran, Giovanni apposa de très parlantes armes composées d’un bandeau de six roses d’or sur fond argent parcouru par deux étoiles filantes sur fond azur. S’il n’apparaissait en 1810 qu’au dix-septième rang des plus riches romains – le prince Borghese caracolait alors en tête avec 2.605.810 écus − en 1820 sa fortune était déjà évaluée à 1.082.758 écus, dont 85 % en biens immobiliers. Mais à sa mort survenue en 1829, son patrimoine fut estimé à trente-cinq millions d’écus ! Son fils cadet, Alessandro, commanditaire de notre table, fut surnommé le « Rothschild de Rome ». Il épousa en 1840 Teresa Colonna, ce qui lui permit d’ajouter à ses armoiries la très célèbre colonne. A l’image de son père, Alessandro devint banquier et homme d’affaires, mais aussi collectionneur et mécène.
Au nombre de ses mécénats, citons notamment l’assèchement du lac Fucino, sa grande œuvre, auquel Jules César avait déjà pensé et que tenta de réaliser l’empereur Claude – cette opération titanesque lui vaudra d’ailleurs le titre de prince de Fucino. Citons également parmi ses œuvres l’adjudication de la ferme des sels et tabacs que Stendhal mentionne dans ses lettres et rapports à Rigny, Broglie et Guizot. A l’image de son père, il multiplia les services financiers rendus à la papauté, à un point tel que Pie VIII le surnomma « le père de la patrie ». Le pape précisant même à Anna-Maria Torlonia, épouse de Giovanni et mère d’Alessandro : « Votre fils est le mien, il a sauvé l’Etat » !
Les Torlonia accèderont ainsi au rang de prince assistant au trône pontifical, charge qui est encore aujourd’hui dans la famille. Alessandro développa également son partenariat avec les Rothschild (caisse d’amortissement de la dette publique, emprunts d’Etat), et prit au fil des ans de nombreuses participations dans les mines, les transports, le commerce de la laine, etc.
A la même époque, Alessandro devint l’un des plus grands collectionneurs de son temps. Il agrandit et transforma considérablement les palais et les villas achetés par son père. Les galeries et salons de la véritable reggia que devint, place de Venise, le palazzo Torlonia, ex-palazzo Bolognetti (détruit au début du XXe siècle), furent ornés de sculptures antiques et de nombreuses œuvres d’artistes contemporains, tels Canova, dont Stendhal admirera le groupe d’Hercule lançant Lycas à la mer, Thorwaldsen, ou encore Galli.
A cela s’ajouta une très importante collection archéologique décrite par Oliviero Ozzi en 1902 et par Jörgen Hartmann en 1967. La villa Torlonia, via Nomentana, acquise des Colonna en 1797, fut restructurée par Giuseppe Valadier de 1802 à 1806, puis par Caretti et Raimondi, sur le modèle de la villa Adriana, avec ajouts d’un casino et d’un théâtre.
Il y eut également le palazzo Torlonia au Borgo (via della Conciliazone), avec ses vastes salons où Alessandro reçut des milliers d’invités et organisa des fêtes mémorables de 1840 à 1845. Citons encore la villa Albani, acquise en 1868, avec l’ancienne collection Albani, le musée Torlonia de la via della Lungara (constitué à partir de l’ancienne collection Giustiniani, sur les conseils de P. E. Visconti), les théâtres de l’Apollo, de l’Argentina – cédé à la ville de Rome – ainsi que la salle de l’Alibert.
A ce titre, la comparaison peut être faite entre les Torlonia, père et fils, et Mayer Amschel Rothschild et ses cinq fils respectivement établis à Francfort, Londres, Paris, Vienne et Naples – mais pas à Rome ! Giovanni et Alessandro Torlonia furent à Rome des personnages-clés, incontournables, à l’image de leur devise « A Dieu et à Torlonia, tout est possible » et leur nom est au demeurant resté quasi-légendaire jusqu’à nos jours.
La princesse Anna Maria Torlonia, fille d’Alessandro, fut l’unique héritière de ce colossal empire. Elle épousera le prince Giulio Borghese, lequel dut adopter le patronyme de son épouse dans le but de perpétuer l’illustre nom.
Le palazzo Torlonia fut bâti à la fin du XVe siècle sur le modèle du palais de la Chancellerie, pour le cardinal Andriano Castellesi da Corneto, secrétaire du pape Alessandro VI Borgia, qui n’y habita cependant jamais.
Ce dernier céda le bâtiment encore inachevé à Henri VIII d’Angleterre qui en fit son ambassade auprès du Saint-Siège, cela jusqu’au schisme anglican (1509-1571) qui provoqua la rupture avec Rome, et la confiscation du palazzo Bolognetti par la Chambre Apostolique. En 1760, le palais fut acquis par la famille du cardinal Giraud, banquiers de la cité de Marseille, puis, au XIXe siècle, par Giovanni et Alessandro Torlonia.
Ces derniers entreprirent de considérablement restructurer le palais dans le style néoclassique, faisant appel pour ce faire aux meilleurs artistes du temps, confiant les travaux d’architecture à Giovan Battista Caretti, et la décoration intérieure à Francesco Podesti. Ils multiplièrent également les commandes à Canova, Thorvaldsen, Tenerari ou encore Cognetti.
Le palazzo Torlonia fut abattu en 1903 afin de dégager la perspective et de permettre de voir de la piazza Venezia et selon les désirs de l’époque, l’autel de la Patrie, édifié via del Corso. Toutes les salles, leurs décors et leurs collections furent alors photographiées avant la destruction du bâtiment. La plupart des fresques furent vendues aux enchères, et les collections dispersées. Seuls subsistent aujourd’hui quelques fragments de décor remontés au musée de Rome, dans les salles du palazzo Braschi. La façade actuelle a été reconstruite postérieurement sur le modèle original.
Fig. 1 : Pièce à décor similaire du service de dessert du duc Ferdinand-Philippe d'Orléans (Palerme, 1810 - Neuilly-sur-Seine, 1842) (« corbeille ovale à fruits ») éxécutée par Jean-François Denière (Paris, 1774 – Neuilly-sur-Seine, 1866), d’après des dessins et des sculptures commandités et inventés par Jean-Baptiste-Jules Klagmann (Paris, 1810-1867). Copyright Paul Steinitz.
Fig. 2 : Détail de l'oeuvre en figure 1. Copyright Paul Steinitz.
Fig. 3 : Portrait du prince Alessandro Torlonia publié le 7 février 1886 à Rome par le journal L’Illustrazione Italiana.
Fig. 4 : Vue du palazzo Bolognetti, à gauche, futur palazzo Torlonia, piazza Venezia, à Rome, en 1748.