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Berlioz, Hector
BERLIOZ (HECTOR). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SON PÈRE, DATÉE PARIS CE 19 FÉVRIER 1830.
Estimate
8,00010,000
LOT SOLD. 8,750 EUR
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Berlioz, Hector
BERLIOZ (HECTOR). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SON PÈRE, DATÉE PARIS CE 19 FÉVRIER 1830.
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Details & Cataloguing

Bibliothèque R. et B. L. Autographes et Manuscrits XIXe et XXe Siècles

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Paris

Berlioz, Hector
BERLIOZ (HECTOR). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SON PÈRE, DATÉE PARIS CE 19 FÉVRIER 1830.
6 pages in-8 (226 x 166 mm), sous chemise demi-maroquin rouge.


Je n’ai trouvé qu’un moyen de satisfaire complètement cette avidité immense d’émotion, c’est la musique. Sans elle certainement je ne pourrais pas exister
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Pauvre et inconnu, ayant souffert de l’opposition de son père qui voulait qu’il fût médecin, Berlioz, en ce début 1830, se trouvait dans une situation précaire. Il avait déjà concouru trois fois sans succès pour le Prix de Rome et donnait des concerts pour vivre. Ce n’est qu’à la fin de l’été de cette même année qu’il obtint enfin le prix et put partir pour l’Italie. Mais 1830 est aussi l’année durant laquelle il composa la Symphonie fantastique, exécutée pour la première fois le 5 décembre suivant. Le silence des siens l’inquiète, les souvenirs l’assaillent et il découvre le considérable pouvoir de l’imagination sur la création.

J’attendais tous ces jours-ci de vos nouvelles, et je suis surpris de n’en pas recevoir. Qui peut donc occasionner ce silence inaccoutumé ? Nanci me doit une réponse […] Maman me néglige bien aussi ; j’aurais pourtant eu bien besoin d’une de ses lettres la semaine dernière, où j’étais presque toujours seul dans ma chambre, souffrant d’une fluxion. La dent de l’œil, du côté droit se cariait en dedans et me faisait beaucoup souffrir il était trop tard pour la plomber, en la faisant arracher j’étais passablement défiguré […] En outre l’habitude que j’ai prise de m’observer continuellement fait qu’aucune sensation ne m’échappe et la réflexion la rend double, je me vois dans un miroir. J’éprouve souvent des impressions extraordinaires, dont rien ne peut donner une idée, vraisemblablement l’exaltation nerveuse en est la cause, cela tient de l’ivresse de l’opium […] Je me vois d’ici les dimanches surtout, dans le temps que vous me faisiez expliquer l’Enéide de Virgile, assistant aux Vêpres ; l’influence de ce chant calme et monotone aidé de celle de certaines paroles comme l’in exitu Israel qui me racontait le passé, était telle que je me trouvais alors saisi d’une affliction presque désespérante, mon imagination m’environnait de tous mes héros troyens et latins […] et puis toutes ces armes brillantes que je voyais réfléchissant le soleil d’Italie à travers des nuages de poussière, ces mœurs si éloignés des nôtres, tout cela confondu et mêlé avec les idées bibliques, les souvenirs d’Egypte, de Moïse, me mettait dans un état de souffrance indéfinissable, j’aurais voulu pouvoir pleurer cent fois davantage. Eh bien ce monde fantastique s’est conservé en moi et s’est accru de toutes les idées nouvelles que j’ai conçues en avançant dans la vie ; c’est devenu une véritable maladie […] je croirais volontiers qu’il y a en moi une force d’expansion qui agit violemment, je vois tout cet horizon, ce soleil, et je souffre tant, tant, que si je ne me contenais, je pousserais des cris, me roulerais par terre. Je n’ai trouvé qu’un moyen de satisfaire complètement cette avidité immense d’émotion, c’est la musique. Sans elle certainement je ne pourrais pas exister. D’abord les compositions des grands génies libres me font vivre de tems en tems avec une énergie incalculable, puis les miennes. Et vraiment cela tient du prodige ; quelquefois une musique dont j’attends l’effet exécuté faiblement me fait un mal affreux, mais si au contraire elle l’est grandement, alors l’imagination qui s’était portée au-devant de la pensée poétique de l’artiste, la trouvant plus belle et plus forte qu’elle n’espérait, s’enivre d’un plaisir violent qui est tout ce qui convient le plus à ma nature […] J’ai obtenu hier soir un assez beau succès. On a exécuté à l’Athénée musical devant un public très nombreux deux de mes mélodies [La Rêverie et Chant sacré] J’ai eu le plaisir de voir que tout ce monde qui avait écouté avec assez d’indifférence tous les morceaux antérieur, accueillir les miens avec un redoublement d’attention, un long chut ! a exigé le silence dans toutes les parties de la salle, et mon nom prononcé de tous côtés indiquait qu’on attendait quelque chose de moi […] Les commissaires de l’Athénée m’ont demandé instamment de leur donner […] Bref j’ai eu les honneurs de la soirée […] Je commence à avoir tout ce qu’il faut pour une réputation saillante, des partisans passionnés et des adversaires furieux, dont tout l’argument est que je suis à moitié fou et que je perds la tête, ou que je suis un venu malfaisant venu pour détruire et non pour édifier […] Mr Miel [journaliste] qui n’aime que la musique douce et rédige des feuilletons de l’Universel, est venu me témoigner toute sa satisfaction en me demandant un exemplaire des mélodies […] Il termine en rapportant le petit scandale qu’il a causé la veille du concert, le directeur de l’Athénée ayant mis sur le programme du concert Mr Berlioz lauréat de l’Institut.

Berlioz, Correspondance générale, éd. P. Citron, t. I, p. 309-313.

Marques de pliures.


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