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Gauguin, Paul
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À CAMILLE PISSARRO, [1882 ?].
Estimate
12,00015,000
LOT SOLD. 11,250 EUR
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Gauguin, Paul
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À CAMILLE PISSARRO, [1882 ?].
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12,00015,000
LOT SOLD. 11,250 EUR
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Details & Cataloguing

Bibliothèque R. et B. L. Autographes et Manuscrits XIXe et XXe Siècles

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Paris

Gauguin, Paul
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À CAMILLE PISSARRO, [1882 ?].
2 pages in-8 (210 x 135 mm), sous chemise demi-maroquin bleu moderne.


J’ai envie de vaincre par le talent
.

Marié et père de famille, Gauguin travaillait alors chez un agent de change, tout en peignant. Il s’était lié avec Pissarro, dont il collectionnait les toiles et avec lequel il allait peindre, durant les vacances, à Pontoise. Cette lettre, dans laquelle le peintre se plaint de ses déboires financiers, date probablement de 1882, date du crash de l’Union générale et de la crise en Bourse, qui le toucha durement. Aux impressionnistes de mars 1882, il avait exposé douze œuvres, sans aucun succès. En janvier 1883, il abandonnera définitivement la Bourse, pour se consacrer à la peinture.

Ses propos sur Renoir dévoilent les tensions et les dissensions régnant alors au sein du groupe impressionniste.

Vous m’envoyez des traités non signés […] afin que vous remettez votre signature sur l’acte le plus nécessaire […] vous renverrez le tout à Rouart [marchand]. Vous dites que vous n’êtes pas content en ce moment et qu’il est difficile de faire mieux. Je crois que c’est vous qui êtes difficile ; au point où vous en êtes il est difficile de faire mieux, surtout d’une année à une autre... Quant à moi il en est autrement je n’ai pas le temps voulu pour accomplir une œuvre suivie cela me désole mais enfin il faut bien que j’attende l’époque où je pourrai travailler de façon suivie […] J’avoue que depuis la dernière exposition je suis très dégoûté de tout, des hommes en particulier. Je sens de plus en plus combien notre époque est une époque féroce d’argent, de jalousies de toutes sortes […] cela m’a jeté de plus en plus dans la peinture mon seul but, j’ai envie de vaincre par le talent […] Depuis notre exposition je n’ai pas perdu une minute malgré cela je n’ai rien que des choses en train. Je regrette que vous ne soyez pas venu il y a 15 jours, j’avais terminé quelque chose d’assez complet et dont Guillaumin et moi étions absolument contents malheureusement un Danois [Gauguin avait, en 1873, épousé une Danoise] de nos amis digne négociant me l’a enlevé pour le mettre dans son salon au Danemark […] ce Danois qui était tout à fait notre ennemi est parti enchanté de son tableau prêt à défendre les impressionnistes dans son pays […] Je suis cette année tout à fait dans le pétrin au point de vue pécuniaire : les affaires étant tout à fait nulles je ne gagne rien et suis cependant obligé de dépenser.

Il termine par de violentes attaques contre Renoir : MM. Renoir et Cie ont fait du joli ouvrage en nous débinant chez Durand-Ruel ! Vous me demandez ce que je pense des tableaux d’Italie [voyage en 1881] de Renoir […] Je trouve que c’est au-dessous de tout. Dans quelques-uns il n’y a plus que l’enseigne du marchand de tableaux. Si c’est cela que je dois faire pour charmer j’aime autant ne plus jamais faire voir ma peinture.

Correspondance de Paul Gauguin, 1873-1888, éd. V. Merlhès, Fondation Singer-Polignac, 1984, n° 24, p. 30-31.

Petites déchirures dans la marge inférieure.


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Paris