Lot 95
  • 95

Apollinaire, Guillaume

Estimate
30,000 - 50,000 EUR
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Description

  • Apollinaire, Guillaume
  • Lettre autographe signée à Lou [contenant 2 poèmes sous forme de fables :] "Les Fleurs rares" et "Le Toutou et le Gui". 12 août 1915.
  • ink on paper
4 p. in-4 (310 x 200 mm) sur un bifeuillet. Encre brune. Lettre signée "G", elle est adressée à "Mon ptit Lou chéri".
Trace de pliure en quatre, petites déchirures restaurées.

La fin d'un amour. Touchante lettre à celle qui fut le grand amour de sa vie, accompagnée de 2 poèmes autographes sous forme de fables où l’on ressent la tristesse du poète devant partager sa maîtresse.



L'une des dernières lettres envoyées à Lou : il ne lui écrira plus que 20 lettres après celle-ci.



Apollinaire commence sa lettre en évoquant "le livre" qu’il va lui envoyer, l’un des 25 exemplaires de l’émouvant Case d’Armons : "Je ne l’ai pas envoyé par paresse pour ne pas défaire mon sac au fond duquel sont les quelques exemplaires qui me restent. N’oublie pas que nous avons changé de secteur. Mais ton exemplaire est là. Tu l’auras, n’aie pas peur".
Il a chassé ses "papillons [idées] noirs" et réagit aux nouvelles qu’elle lui a envoyées : "Je ne m’étonne nullement de tes aventures elles sont plus étourdissantes les unes que les autres mais comme tu n’y fais qu’allusion et ne précises jamais, je ne peux pas m’extasier et l’extase me serait cependant rudement agréable." Et il ajoute, faisant allusion aux conquêtes amoureuses de sa Lou ainsi qu’au sifflet qu’il lui a offert pour siffler Toutou : "Ainsi, ptit sifflet chéri, aux fleurs rares voilà que tu ajoutes le foin -- Je ne m’en étonne pas au demeurant : mais avoue que tu as un appétit !!". Apollinaire a reçu le portrait que Lou lui a envoyé : "je ne parle que de cette fameuse photo, je l’ai reçue, je t’en ai écrit, versifié, j’en suis fou". Elle lui a aussi envoyé celle de "Toutou", son rival. Il implore Lou d’attendre ses réponses avec patience : "Tu te crois en temps de paix, la poste est lente, ma chérie, pour que tu reçoives une réponse de moi, il faut une quinzaine de jours depuis celui où tu m’écris." Il est heureux qu’elle lui fasse partager ses conquêtes et y voit peut-être la solution à la guerre : "Puisque tu fais tant de conquêtes, ma grande chérie, si tu conquérais par exemple toute la Bocherie, la guerre serait finie et nos canons, auxquels tu suppléerais si bien, n’auraient plus besoin de tirer un coup". Il l’aime "toujours aussi passionnément" et l’interroge sur la bague qu’il a fabriquée pour elle avec l’aluminium des obus autrichiens (dans laquelle il a inscrit "Gui AIME LOU" et qu’il lui a envoyée le 2 août, voir vente Sothebys, 18 décembre 2014, lot 128).



Les Fleurs rares. Commence alors le poème autographe Les Fleurs rares, Fable, long de 53 vers, avec de très nombreuses ratures. Le poète décrit Lou ramassant une "fleur rare", puis l’abandonnant pour une autre plus rare encore, allusion à son infidélité :
"Entreprenant un long voyage
Ptit Lou hanté par l'histoire de Jussieu
Au lieu d'un petit cèdre prit... Quoi donc ? ... Je gage
Qu'on ne devinera pas ce que dieu
Fit prendre à mon ptit Lou ... une fleur rare ..."
Cette longue fable se termine avec cette morale :
"Des Lous et de fleurs il ne faut discuter
Et je n’en dis pas davantage
."



Pour éviter toute méprise sur l’interprétation du poème, Apollinaire précise : "Cette fable sur les fleurs rares mon ptit Lou, ne contient aucun reproche, crois le bien. Au contraire, si j’ose m’exprimer ainsi, elle vient de ce que ma veine actuelle me porte à faire des fables, genre un peu délaissé et dont le charme est cependant très grand".



Le Toutou et le Gui. Commence ensuite la seconde fable, "Le Toutou et le Gui" de 41 vers. Elle résume de façon imagée la rivalité entre Toutou et Gui, cette histoire triangulaire dont souffre le poète et dans laquelle Toutou sera toujours le préféré :

"Un gentil Toutou vit un jour un brin de gui 
Tombé d’un chêne 
Il allait lever la patte dessus, sans gêne, 
Quand sa maîtresse qui 
L’observe, l’en empêche et d’un air alangui 
Ramasse le gui
 […] 
Le toutou, pour sa part, eut bien plus (à tout prendre) 
De baisers que le gui 
Qui tout alangui 
Entre deux jolis seins ne peut rien entreprendre 
Mais se contente bien, ma foi, 
De son trône digne d’un roi 
Il jouit des baisers, les voyant prendre
".



Apollinaire rencontre Lou à Nice le 27 septembre 1914 et en tombe éperdument amoureux. Lassé de ses dérobades, il précipite son départ et part le 6 décembre faire ses classes à Nîmes au 38e régiment d'artillerie de campagne. Vexée par son départ, bien plus qu'amoureuse, Lou le rejoint et devient sa maîtresse. Très vite l'euphorie des premiers jours s'attenue, Lou devient de plus en plus lointaine. Après l’entrevue ratée de Marseille le 28 mars 1915, Apollinaire continuera à posséder sont ptit Lou, mais uniquement de façon épistolaire. Au front, sans aucune présence féminine, les images voluptueuses et érotiques qui lui viennent à l’esprit l’aident à supporter cette guerre si douloureuse. "La plupart des poèmes qu’en 1915 Lou a inspiré à Apollinaire s’ils ressortissent à la poésie érotique, ne sont nés cependant ni de l’amour ni même de la débauche, mais de la continence forcée […] Ils n’expriment aucune passion profonde, mais trahissent simplement un besoin physique" (P. Pia, Apollinaire, 1954, p. 101-102). Leur histoire d’amour, fulgurante, se solda par une aventure amoureuse rapide et frustrante pour Apollinaire. Entier comme il était, il dut s’accommoder avec tristesse du ménage à trois que lui imposa Lou avec Toutou, son amant attitré avec lequel elle resta jusqu’à la mort de ce dernier en 1926.
Madeleine va progressivement remplacer Lou dans le cœur du poète.



Apollinaire meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918 à l’âge de trente-huit ans, après avoir écrit à Lou près de 220 lettres entre le 28 septembre 1914 et le 18 janvier 1916.



Références : Correspondance générale. Édition de V. Martin-Schmets. Champion, 2015, II, n° 1064. -- Œuvres poétiques, Pléiade, 1965, p. 491 à 494. -- Lettres à Lou, Gallimard, "L’Imaginaire", p. 485 et sq.



Provenance : Colonel Daniel Sickles. -- Collection Guillaume Apollinaire (Drouot, 18 mai 1988, n° 44) -- Bibliothèque P.Z. (Philippe Zoummeroff, 15 et 16 mars 1995, n° 369).

Condition

Trace de pliure en quatre, petites déchirures restaurées.
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