- 89
Rimbaud, Arthur
Estimate
30,000 - 40,000 EUR
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Description
- Rimbaud, Arthur
- [Reçu du Harar adressé à Armand Savouré, pour le compte du roi Ménélik II]. Harar, 23 juin 1889.
- manuscrit
Rimbaud négociant d’armes au Harar : les dernières traces du poète.
Une page in-4 (212 x 272 mm), sur un bifeuillet. Filigrane "R Turner Chafford Mills". Encre violette. Signé "Rimbaud" à deux reprises.
Seul reçu signé deux fois encore en mains privées.
Il est partiellement inédit.
"Je reconnais avoir reçu les sommes suivantes pour le compte de Monsieur Savouré avec le Roi Ménélik :
le 23 mai 89 : du Gundja Biète du Harar, en thalaris : th 411.
le 30 mai 89 : du Gundja Biète du Harar en piastres : th 1900.
le 15 juin 89 : du Gundja Biète du Harar en piastres : th 1037.
le 22 juin 89 : 38 fraslehs 19 livres Café à Th 7 : th 272.10
Total thalaris : th 3220.10
Soit thalaris Trois mille deux cent vingt et dix piastres.
Harar 23 juin 1889
Pour Mr Savouré -- Rimbaud
Il n’existe de moi précédemment au crédit du même compte que deux reçus, l’un de vingt mille, l’autre de dix mille thalaris.
Rimbaud"
Suivent 3 lignes manuscrites d’une main contemporaine donnant la traduction du reçu en amharique, langue de l’administration éthiopienne, pouvant être ainsi traduites :
"À propos de l’argent des fusils de Monsieur Savouré pour Monsieur Rimbaud. C’est le reçu des 3200 boers et 10 centimes. 18 juin 1881" [calendrier éthiopien].
Ces mots sont écrits de la même encre violette que ceux de la main de Rimbaud.
On connaît 22 reçus autographes de Rimbaud datant de son dernier séjour au Harar (1888-1980), dont la moitié se trouve dans des collections publiques (9 à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, 2 à Charleville-Mézières). Ce reçu est parmi les plus longs recensés (112 mots), l’un des rares à être signés à deux reprises et l’un des quelques-uns à mentionner le roi Ménélik, pourtant commanditaire des armes. En outre, il est encore inédit, J.-J. Lefrère n’ayant pu en éditer que les quelques mots donnés par un catalogue de vente de 1995.
La dernière grande aventure rimbaldienne : le désert et les armes. Après avoir parcouru l’Europe, de Londres à Bruxelles, de Paris à Stuttgart ou à Naples en passant par Milan, Liverpool, Vienne, Rotterdam ou Stockholm, Rimbaud se rend en Afrique en 1878. Il cherche du travail à Alexandrie avant de partir comme contremaître à Chypre. Ensuite, il devient tour à tour surveillant de chantier de construction, surveillant du tri de café à Aden, acheteur de café au Harar, tout en s’intéressant à l’exploitation du caoutchouc, de l'ivoire et du musc. En octobre 1885, il devient finalement trafiquant d’armes à Tadjourah (actuel Djibouti) avant de se lancer seul à la tête d’une importante caravane jusqu’à Ankober, au-delà des déserts et des terres volcaniques, pour vendre sa marchandise au roi Ménélik II (1844-1913). Roi du centre de l’Éthiopie et bientôt du Harar, le souverain abyssinien est courtisé par les Européens qui tentaient, après l’ouverture du Canal de Suez, d’établir des ports sur la mer Rouge. Chrétien et ouvert aux Européens, Ménélik souhaitait des armes pour étendre son pouvoir. Le roi accueille donc volontiers les cadeaux des diplomates comme les offres des négociants, parmi lesquels Rimbaud. Le troisième et dernier séjour de Rimbaud au Harar date de mai 1888 à avril 1891. C’est à cette époque qu’il rédige le reçu destiné à Armand Savouré, également impliqué dans la vente d’armes avec le roi Ménélik.
Les années harariennes de Rimbaud sont mal connues, -- ce qui, paradoxalement contribua à sa légende. Ce document résume deux mois de l’activité du poète au Harar, puisqu’il récapitule les dernières transactions d’armes qu’il a organisées pour le roi Ménélik, entre le 23 mai et le 22 juin 1889. À quatre dates correspondent quatre sommes perçues en thalaris et piastres ou sous forme de café lorsque l’argent liquide faisait défaut.
Provenance : Drouot, 8 mars 1995, lot 213.
Références : Arthur Rimbaud. Correspondance. Éd. de J.-J. Lefrère. Fayard, 2007, p. 723 (partiellement publié) ; voir aussi p. 613-851 pour les autres reçus. -- Cl. Jeancolas, Rimbaud l’Africain. Textuel, 2014.
Une page in-4 (212 x 272 mm), sur un bifeuillet. Filigrane "R Turner Chafford Mills". Encre violette. Signé "Rimbaud" à deux reprises.
Seul reçu signé deux fois encore en mains privées.
Il est partiellement inédit.
"Je reconnais avoir reçu les sommes suivantes pour le compte de Monsieur Savouré avec le Roi Ménélik :
le 23 mai 89 : du Gundja Biète du Harar, en thalaris : th 411.
le 30 mai 89 : du Gundja Biète du Harar en piastres : th 1900.
le 15 juin 89 : du Gundja Biète du Harar en piastres : th 1037.
le 22 juin 89 : 38 fraslehs 19 livres Café à Th 7 : th 272.10
Total thalaris : th 3220.10
Soit thalaris Trois mille deux cent vingt et dix piastres.
Harar 23 juin 1889
Pour Mr Savouré -- Rimbaud
Il n’existe de moi précédemment au crédit du même compte que deux reçus, l’un de vingt mille, l’autre de dix mille thalaris.
Rimbaud"
Suivent 3 lignes manuscrites d’une main contemporaine donnant la traduction du reçu en amharique, langue de l’administration éthiopienne, pouvant être ainsi traduites :
"À propos de l’argent des fusils de Monsieur Savouré pour Monsieur Rimbaud. C’est le reçu des 3200 boers et 10 centimes. 18 juin 1881" [calendrier éthiopien].
Ces mots sont écrits de la même encre violette que ceux de la main de Rimbaud.
On connaît 22 reçus autographes de Rimbaud datant de son dernier séjour au Harar (1888-1980), dont la moitié se trouve dans des collections publiques (9 à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, 2 à Charleville-Mézières). Ce reçu est parmi les plus longs recensés (112 mots), l’un des rares à être signés à deux reprises et l’un des quelques-uns à mentionner le roi Ménélik, pourtant commanditaire des armes. En outre, il est encore inédit, J.-J. Lefrère n’ayant pu en éditer que les quelques mots donnés par un catalogue de vente de 1995.
La dernière grande aventure rimbaldienne : le désert et les armes. Après avoir parcouru l’Europe, de Londres à Bruxelles, de Paris à Stuttgart ou à Naples en passant par Milan, Liverpool, Vienne, Rotterdam ou Stockholm, Rimbaud se rend en Afrique en 1878. Il cherche du travail à Alexandrie avant de partir comme contremaître à Chypre. Ensuite, il devient tour à tour surveillant de chantier de construction, surveillant du tri de café à Aden, acheteur de café au Harar, tout en s’intéressant à l’exploitation du caoutchouc, de l'ivoire et du musc. En octobre 1885, il devient finalement trafiquant d’armes à Tadjourah (actuel Djibouti) avant de se lancer seul à la tête d’une importante caravane jusqu’à Ankober, au-delà des déserts et des terres volcaniques, pour vendre sa marchandise au roi Ménélik II (1844-1913). Roi du centre de l’Éthiopie et bientôt du Harar, le souverain abyssinien est courtisé par les Européens qui tentaient, après l’ouverture du Canal de Suez, d’établir des ports sur la mer Rouge. Chrétien et ouvert aux Européens, Ménélik souhaitait des armes pour étendre son pouvoir. Le roi accueille donc volontiers les cadeaux des diplomates comme les offres des négociants, parmi lesquels Rimbaud. Le troisième et dernier séjour de Rimbaud au Harar date de mai 1888 à avril 1891. C’est à cette époque qu’il rédige le reçu destiné à Armand Savouré, également impliqué dans la vente d’armes avec le roi Ménélik.
Les années harariennes de Rimbaud sont mal connues, -- ce qui, paradoxalement contribua à sa légende. Ce document résume deux mois de l’activité du poète au Harar, puisqu’il récapitule les dernières transactions d’armes qu’il a organisées pour le roi Ménélik, entre le 23 mai et le 22 juin 1889. À quatre dates correspondent quatre sommes perçues en thalaris et piastres ou sous forme de café lorsque l’argent liquide faisait défaut.
Provenance : Drouot, 8 mars 1995, lot 213.
Références : Arthur Rimbaud. Correspondance. Éd. de J.-J. Lefrère. Fayard, 2007, p. 723 (partiellement publié) ; voir aussi p. 613-851 pour les autres reçus. -- Cl. Jeancolas, Rimbaud l’Africain. Textuel, 2014.