Lot 68
  • 68

Berlioz, Hector

Estimate
7,000 - 8,000 EUR
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Description

  • Berlioz, Hector
  • Lettre autographe signée à son père, le Dr Louis Berlioz. Paris, 3 février 1833.
  • ink on paper
5 p. in-12 (188 x 119 mm). Lettre signée "H. Berlioz".

Extraordinaire lettre, toute entière sur sa passion enfin partagée pour Harriet Smithson.



Tout serait à citer de cette lettre capitale et passionnée, dans laquelle Berlioz apprend à son "cher père" qu’il est aimé d’Harriet et sollicite donc son consentement paternel pour l’épouser. En 1827, le musicien avait admiré la jeune actrice irlandaise dans Hamlet de Shakespeare ; mais il ne la rencontrera qu’en 1832 après son séjour à la Villa Médicis, lequel avait été précédé d’une brève passion pour Camille Moke. Leurs deux familles s’opposaient cependant à ce mariage. Berlioz voulait d’abord obtenir le consentement de son père : il lui avait déjà confié "le sentiment profond qui depuis cinq ans et demi m’a rendu si malheureux. Je veux parler de mon amour pour Miss Smithson. Ni le tems, ni l’absence, ni les dédains, ni une intrigue passionnée [avec Camille Moke] qui est venue se jetter à la traverse, n’ont pu le détruire." Il n’était pas partagé alors, il l’est aujourd’hui. "il est aussi impossible de me l’arracher sans que j’en meure que de m’arracher le cœur en me laissant la vie. [...] Je viens vous avouer que je ne la quitterai plus à quel prix que ce soit. Mais ce n’est qu’à un seul titre que cela est possible, et je viens vous demander pour cela votre consentement." Il n’ignore certes pas les obstacles à ce mariage : "Elle n’a pas de fortune autre que son talent. C’est un malheur. Elle a un an et demi de plus que moi, elle est actrice et protestante". Il ne saurait insister là-dessus, car : "Je ne suis plus un adolescent ; je n’ai plus une seule illusion. J’ai été aigri au-delà de toute expression par de longues souffrances et je suis bien déterminé à n'en plus endurer [souligné]. C’était le but unique de ma vie que l’amour de Miss Smithson, je l’ai obtenu, ma vie va donc, ou être complettement [sic] heureuse, ou se terminer." Il rassure son père sur sa situation professionnelle : "Quant à ma carrière elle est ouverte. J’ai signé aujourd’hui un engagement avec le théâtre Italien pour un opéra [Beaucoup de bruit pour rien, projet qui deviendra bien plus tard, en 1862, Béatrice et Bénédict] qui serait donné au mois de décembre prochain, et que je dois livrer au premier octobre. Cette porte en fera ouvrir bien d’autres." Il l’exhorte donc : "Voyez, mon cher père, froidement s’il est possible le choix que vous voulez faire ; et communiquez-moi bientôt votre décision. Je l’attends avec calme, quelle qu’elle soit." Il ne peut cependant s’empêcher de remarquer : "Je suis malheureusement isolé de toute ma famille, par mes idées, mon organisation, ma position, ma carrière ; et tout ceci n’en est qu’une conséquence naturelle qui ne doit point vous surprendre." Il finit sa lettre par des protestations d’affection filiale ; le père de Berlioz et la famille d’Harriet finiront par consentir au mariage, qui sera célébré le 3 octobre 1833 (voir aussi lot 67).



Références : Correspondance générale, t. II, lettre n° 314.