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Hugo, Victor
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À GEORGE SAND. HAUTEVILLE-HOUSE, 17 MAI 1864.
Estimate
5,0007,000
LOT SOLD. 5,625 EUR
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Hugo, Victor
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À GEORGE SAND. HAUTEVILLE-HOUSE, 17 MAI 1864.
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Details & Cataloguing

Livres et Manuscrits

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Paris

Hugo, Victor
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À GEORGE SAND. HAUTEVILLE-HOUSE, 17 MAI 1864.
3 p. in-8 (187 x 142 mm), sur un bifeuillet. Adresse : "Via London, France. À madame George Sand, Nohant." Timbre et marques postales.
Papier jauni, déchirure, petits manques de papier.

Très belle lettre, après la lecture d’une Lettre d’un voyageur de Sand [parue dans la Revue des Deux Mondes du 15 mai 1864].

Victor Hugo loue le génie de celle qu’il n’a encore jamais rencontrée, mais avec laquelle il entretient une correspondance croisée depuis une dizaine d’années. Dans sa Lettre d'un voyageur, George Sand a vanté le William Shakespeare que vient de publier Hugo : "ce grand livre que je tiens aujourd’hui appartient à de plus hautes régions de la pensée. Il vous appelle à la recherche des choses du ciel".

"Il est évident, Madame, qu’étant si grande, vous devez être charmante. La grâce est une forme de la puissance. Vous le prouvez dans toutes vos œuvres, vous le prouvez dans les pages exquises et superbes que je viens de lire. […] Quelle idée de génie d’avoir mêlé la nature à ce livre, de raconter votre vie au village en même temps que l’art et la science, et de faire entendre çà et là, à travers les grandes choses que vous dites, des bruits de feuilles et des chants d’oiseaux. Dante dicte une page, Virgile l’autre. C’est l’enchantement dans la force. Ah ! Circé ! Ah ! George Sand ! Je suis bien content d’avoir fait ce livre-là, puisqu’il vous a fait plaisir. Vous m’aimez donc un peu, Madame. Vrai ? Eh bien, c’était une de mes ambitions".
Rêvant de la rencontrer, après un échange de leurs portraits respectifs, Hugo imagine les entretiens qu’ils pourraient avoir ensemble, en compagnie de Garibaldi, "il me semble que nous sommes trois bonnes créatures de ce temps-ci […] Votre lettre cause. En même temps elle enseigne, en même temps elle chante, en même temps elle songe. La vaste nature se reflète tout entière dans une ligne de vous comme le ciel dans une goutte de rosée. Vous avez des échappées sur l’infini, sur la vie, sur l’homme, sur la bête, sur l’âme. C’est grand. Quand il y a un philosophe dans une femme, rien n’est plus admirable ; les côtés profonds sont touchés en même temps que les côtés délicats. Je suis de ceux qui veulent que le cœur pense. Vous êtes ce cœur-là. La conversation d’accord, c’est la conversation que j’aime, nous l’aurions ensemble, je le crois ; nos points de rencontre sont nombreux ; voilà que je me vante ; souriez et pardonnez-moi.
Vous ne vieillirez jamais, vous. Vous êtes ineffablement gracieuse. Pendant que Paris vous applaudit et vous adore, vous vous faites au fond des bois un petit oubli pour vous toute seule, et vous vous pratiquez un recoin d’ombre dans la gloire. Il y a des nids pour les âmes comme pour les oiseaux. En ce moment, votre âme est au nid. Soyez heureuse autant que vous êtes grande.
Je ferme ma lettre pour relire la vôtre. On me dit que mon livre a des envieux, je le crois bien, j’en suis un ; il a voyagé avec vous, je suis jaloux de lui".

C’est en 1855 que l’échange épistolaire entre le proscrit de Guernesey et la bonne dame de Nohant avait débuté, Victor Hugo ayant adressé une lettre de condoléances pour partager la peine de George Sand, après la mort de sa petite-fille Jeanne Gabrielle, dite Nini. S’ensuivit une correspondance nourrie de l’estime réciproque et du respect littéraire que ces deux grands écrivains se portaient, sans que cela ne débouche sur une véritable rencontre. A la mort de George Sand, Hugo écrivit l’éloge funèbre que Paul Meurice lut, à Nohant, le 10 juin 1876.

Références : Œuvres complètes, Imprimerie nationale, Correspondance, II, p. 482.


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