Lot 301
  • 301

Ensor, James

Estimate
15,000 - 20,000 EUR
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Description

  • James Ensor
  • Correspondance au collectionneur Edgar Picard. 9 mars 1905-30 avril 1910.
  • leather/ paper
Importante correspondance à un collectionneur et ami Belge.

"Excusez mon écriture décousue et vilaine mais c’est l’écriture d’un homme qui vient de peindre longtemps et qui tient sa plume comme un pinceau".



Ensemble de 61 lettres (32 lettres et 29 cartes-lettres) autographes signées, soit 155 pages, la plupart in-12, avec un reçu, montées sur onglets dans un album in-4. Maroquin brun, encadrement de filets dorés, doublure de maroquin bleu nuit à encadrement de filets dorés, gardes de moire jaune (Reliure moderne).



Edgard Picard (1849-1910), né à Ostende dans la ville de James Ensor, s’installe en 1894 à Jemeppe-sur-Meuse, dans la région liégeoise. L’ingénieur civil, directeur d’usine, se lie d’amitié avec Ensor durant un séjour dans sa ville natale, et lui achète un grand nombre de toiles, dessins et gravures, dont plusieurs sont aujourd’hui dans les plus grands musées.



Si, de 1905 à la veille de la mort du collectionneur en 1910, cette correspondance évoque la vie quotidienne d’Ensor, ses mésaventures immobilières ("décidemment, je ne suis que bon peintre et c’est tout", Lettres, 1999, p. 540), ses nombreux voyages (Paris, Liège, Venise, etc.), c’est d’art dont il est d’abord question.



Au jour le jour, Ensor explique à son ami ses sujets d’inspiration : tantôt ce sont les squelettes et masques qui lui inspirent une nouvelle composition ("J’ai toujours l’idée de peindre les masques et squelettes groupés à l’atelier. Malheureusement le temps m’a manqué. Je le ferai en hiver sous une lumière grise et spleenétique quand les dames chez moi seront malades ou d’humeur aigre", id., p. 545), tantôt de simples natures mortes ("Je peins des choux, des carottes, des verres sur un tablier bleu et la couleur m’enchante", id., p. 578) ou les paysages du Nord. Son inspiration est parfois vacillante : "Cette saison [l’hiver] me plonge dans un incurable spleen et seul le silence m’est agréable" (id., p. 535). Décidemment, la peinture "est une singulière chose" : "je fais une petite nature morte. Je la trouve bonne le matin et mauvaise le soir" (id., p. 569).



Des considérations très techniques émaillent ses propos, notamment sur le choix des cadres ou l’usage des vernis : s’il vaut mieux ne pas vernir les Pochards ("Les gris fins et mats ne demandent pas le vernis", id., p. 559), tout au contraire "la nature morte vernie gagne en éclat et en brillant" (ibid.). Plus tard, il revient sur ce point : "Vous me parlez de vernir le tableau. Moi, je le préfère gris et mat et je crains le brillant pour les tons foncés" (id., p. 594).



La collection de son ami est un autre sujet d’échange. Ensor le tient au courant de sa production et lui annonce les derniers tableaux qu’il peut lui céder : "le paysage bleu et blanc de Mariakerke fait, je crois, heureux effet dans votre paradis. Quel intérieur ravissant vous vous créez et que j’aurai la satisfaction à voir le tableau dans votre entourage sympathique !" (id., p. 543). Parfois, Ensor doit résister aux avances du collectionneur : "La Vierge consolatrice est un tableau unique […]  et j’avais pris la résolution de ne jamais m’en défaire. Voulez-vous me laisser réfléchir un peu, cher monsieur, et peut-être l’idée de m’en séparer sera devenue moins pénible, peut-être pourrai-je m’incliner devant votre désir" (id., p. 557). Quand d’autres collectionneurs lui font des offres, il lui arrive de donner la priorité à son ami liégeois, auquel Ensor envoie de nombreuses œuvres pour qu’il puisse faire son choix après les avoir examinées de visu.



Tout le microcosme de la peinture belge est évoqué. Le peintre relate ses rencontres avec d’autres artistes belges (Armand Rassenfosse, Théo van Rysselberghe, François Maréchal, Alfred Stevens ("le plus méchant des peintres", id., p. 550), etc.), dresse minutieusement la liste des toiles qu’il envoie aux salons, tant en Belgique (au Kursaal d’Ostende, au Salon de Gand, au Cercle des Beaux-Arts de Liège, etc.) qu’à l’étranger (France, Angleterre, Italie), expliquant leur réception, et donnant son avis — souvent sévère — sur les œuvres qu’il y découvre ("Je suis écœuré du salon de Gand et dégouté de la peinture pour quelque temps. Il y a là d’abominables croûtes et l’on ne voit rien en beau quand on sort de là", id., p. 550). La polémique que sa Mangeuse d’huîtres suscite à Liège quand les édiles communales projettent d’acheter pour le musée de la ville cette toile novatrice est largement détaillée : les espoirs du peintre succèdent au mépris pour les amateurs qui ne le comprennent pas.



[On joint :]
Ensor, James. Lettre à Franz Hellens (3 mars 1914, 3 p. in-8). Longue lettre virulente à propos de la Libre Esthétique : mentionné dans une exposition comme peintre influent de la Libre Esthétique, il ignore pourtant tout du mouvement et de l’œuvre exposée ; il demande des éclaircissements pour pouvoir se défendre "devant les rappetisseurs [sic] étriqués" et les "attaques systématiques".



Ensor, James. 2 lettres à Georges Olivier Petit (9 mai 1927 et 9 mai 1931, 1 p. in-8 et in-12, une enveloppe). Envoie son tableau Chinoiseries pour que son correspondant l'examine, explique que les visiteurs de son atelier sont nombreux et mentionne ses expositions partout dans le monde.



Ensor, James. Lettre inédite à Willy Dubois. 23 mai 1939, 1 p. in-8, enveloppe. Dubois lui envoie un portrait qui "ranime et avive [s]es souvenirs de l’époque des XX".



Willy Du Bois. Portrait de James Ensor, photographie. Ostende, mai 1939. Tirage argentique d’époque (235 x 175 mm).



Références : James Ensor, Lettres. Edition de Xavier Tricot. Bruxelles, Labor, "Archives du Futur", 1999 (toutes les lettres y sont publiées, sauf celle à Picard du 12 avril 1909 et celle à Willy Dubois). -- Voir aussi la page "Ensor on Varnish" que consacre le Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers aux lettres à Picard dans le cadre du "Ensor Research Project" (www.kmska.be/en/Onderzoek/Ensor/).