PF1303

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Lot 81
  • 81

Lasker-Schuler, Else

Estimate
10,000 - 15,000 EUR
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Description

  • Lasker-Schuler, Else
  • Six lettres autographes illustrées et signées, à la baronne Lucy von Goldschmidt-Rothschild. 1916-1934.
12 pages manuscrites de différents formats, à l'encre noire ou brune, les dessins sont au crayon de couleurs et 5 enveloppes.

joint : Hebraïsche Balladen, 1915, dédicacé à la baronne de Goldschmidt-Rothschild : "Der lieben Baronesse Lucy von Goldschmidt-Rothschild und ihrer freundin vom Prinzen von Theben".

Catalogue Note

La baronne Lucie von Goldschmidt-Rothschild, soeur de Lili von Goldschmidt-Rothschild, se fiance en 1916 au diplomate autrichien Edgar von Spiegl, qu'elle épouse en 1917. A cette occasion, Else Lasker Schüler lui adresse des voeux chaleureux : "dass er Ihnen ja gut geht, beliebte Leila". L'artiste sera d'ailleurs conviée au mariage, à Vienne.

Else Lasker-Schüler voue une profonde affection pour Lucy, dont l'avis sur ses oeuvres semble être d'une grande importance pour elle. Dans sa lettre du 3 mai 1917, elle se réjouit ainsi que son oeuvre Thèbes ait plu à la baronne ; son approbation est "délicate et gentille comme une caresse" ("ist so fein und lieb von Ihnen wie ein Streicheln"). Elle emploie un style lyrique pour exprimer ses remerciements, et qualifie son amitié de "pieuse". La poétesse offre d'ailleurs régulièrement ses oeuvres à Lucy von Goldschmidt-Rothschild : en 1915, elle lui dédicace la plaquette des poèmes hébraïques, édités deux ans auparavant ; elle peint pour son mariage ("ich male denn nun für Sie Bilder", lettre du 22/01/17) et lui offre le manuscrit de ses "Gesammelten Gedicht". Après lui avoir envoyé le manuscrit, elle lui demande de le renvoyer afin de le compléter et de lui renvoyer pour sa collection : "Vous devriez m'envoyer le manuscrit immédiatement. Je veux vous le compiler (les 180 poèmes) pour votre collection. L'image qui vient sur la reliure est en votre possession" ("Sie sollten mir das Manuskript sofort senden. Ich will es Ihnen (die 180 Gedichte) abschreiben für Ihre Sammlung. Das Bild, das auf dem Einband kommt, ist in Ihrem Besitz" . Lettres de février et mai 1917).

Elle lui confie également ses difficultés. Elle évoque sa propre déception amoureuse en 1916, en parlant d'un amour "déchiré" ("das ist eine zerbrochene Liebe") et, parfois, de ses doutes. Ainsi écrit-elle dans sa lettre du 30 décembre 1916 : "Je ne me suis pas sentie bien du tout ces derniers temps... Je suis toujours aussi follement fatiguée" ("In der letzten Zeit fühlte ich mich gar nicht wohl… Ich bin immer so wahnsinnig müde"). Cette fatigue s'accompagne de doutes artistiques, au point que Lasker Schüler écrit avoir déchiré certaines de ses oeuvres.

Les lettres évoquent aussi la Première Guerre mondiale. Lasker-Schüler raconte son incompréhension devant la folie humaire : "Aussi je ne peux comprendre le monde ; je saurais mieux dire qui habite les étoiles" ("Auch kann ich nicht die Welt begreifen, ich könnte eher sagen wer auf den Sternen wohnt"). 
Elle évoque aussi le changement de nom de George Grosz : celui-ci, en 1916, ajoute un "e" à la fin de son prénom en guise de protestation contre le nationalisme allemand et en signe d'amour pour l'Amérique, ce qui lui vaut le surnom de "Indianer, wild west halb Amerikaner" (lettre du 30/12/16).

Else Lasker Schüler reçoit le prix Kleist en 1932 ; mais dès l’année suivante et l'arrivée des Nazis au pouvoir en Allemagne, ses œuvres sont frappées d’interdit. Elle émigre alors à Zürich. Depuis la Suisse, elle fait deux voyages à Jérusalem, en 1934 et en 1937, avant de s’y installer définitivement en 1939.
Sa lettre du 24 juin 1934 relate son premier voyage à son amie. L'artiste lui fait part de ses impressions sur la ville sainte dans un style très imagé, et dessine un croquis de la ville en tête de la lettre : "Je reviens de Jérusalem. J'ai vu la fiancée voilée de la Lune. Car la ville sainte est une fiancée [...] voilée comme les femmes qui marchent sans bruit dans la rue et qui ne relèvent leur voile de leur visage que lorsqu'elles regardent dans le ciel ou veulent voir le croissant de lune qui voyage à travers les nuages comme une nacelle dorée" ("Ich komme aus Jerusalem. Ich sah die verschleierte Braut der Mondes. Denn die heilige Stadt ist eine Braut [...] verschleiert wie die frauen die durch die Strassen leise gehen und ihre Schleier nur aufheben vom Gesicht, wenn sie in den Himmel sehen oder zur Mondsichel auf sehen wollen, die wie ein goldenes Nachen durch die Wolken fährt").