PF1303

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Lot 76
  • 76

Binding, Rudolf

Estimate
6,000 - 8,000 EUR
bidding is closed

Description

  • Binding, Rudolf
  • Lettres autographes signées, en allemand, à Lili Goldsmith-Rothschild, futur baronne von Schey. 1912-1927.
83 lettres et cartes autographes signées, à l'encre et à la mine de plomb, sur différents papier de différents formats et la copie tapuscrite de la lettre du 3 mars 1915.

Catalogue Note

Au travers de ces lettres, Rudolf Binding raconte à son amie Lili Goldsmith-Rothschild, futur baronne von Schey, les combats durant la Première Guerre mondiale et la difficile reconstruction allemande durant la Republique de Weimar.
Les premières lettres sont courtoises et littéraires. Il cite à sa correspondante des vers de Rilke, lui apprend qu'il se rend au théâtre voir la pièce Peer Gynp d'Ibsen, qui ne pourrait souffrir la comparaison d'avec Strindberg "qui n'aurait pu écrire de telles scènes divines". L'Allemagne profite de la douceur de vivre avant le déchainement de la guerre.
Puis la guerre commence. Les lettres sont envoyées depuis les différents fronts sur lesquels il est en poste : la Galicie et la Flandre. Il décrit l'effroyable quotidien des soldats allemands, les rudesses de l'hiver - il remercie Lili pour l'envoi d'une doublures pour ses bottes - et les combats : "Nous sommes finalement arrivés tout à l’avant. 9 jours et nuits de combat [...] C'est tombé au tour de nous, mais on a survécu, seulement deux morts et quelques blessés légers". Au fur et à mesure, le pessimisme et le fatalisme gagnent l'esprit de Binding : "C’est ainsi avec cette guerre, on devient, si on est sérieux, chaque jour un peu plus incapable de la raconter, non pas qu'on la comprenne moins bien, mais parce qu'on la comprend de mieux en mieux [...] Tout le monde n'a qu'un souhait, c’est de faire après la guerre ce que l'on faisait avant. Il n’y aura pas de changement. Je me souviens bien de la révolution française, qu’est-ce que ça a changé ? rien."
La défaite et ses conséquences sont dramatiques pour l'Allemagne. Binding comprend les bouleversements et y perçoit, dès 1919, la fin d'un monde : "Le monde n’a rien appris en plus. L’humanité est à présent encore plus folle que jamais [...] l’Histoire abandonne le destin des peuples aux Français, le peuple le plus fou du monde. Ils vont nous détruire, c’est sûr."

L'après-guerre lui permet de reprendre ses activités littéraires. Il indique à son amie ses travaux littéraires en cours avec l'éditeur C. H. Kleuklen.

Rudolf Binding, né en Suisse, à Bâle, commença sa carrière littéraire à l'âge de 40 ans, par des traductions. Son expérience de la Première Guerre mondiale, décrite à vif dans ces lettres, lui inspira le livre dépouillé et réaliste Sur la Guerre et d'autres oeuvres dont Orgueil et Douleur. Le souvenir des massacres de 1914-1918 le hantèrent toute sa vie. S'il publia son journal de guerre en 1927, ses nouvelles et poèsies écrites dans les tranchées ne parurent qu'après sa mort en 1938.