PF1303

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Lot 135
  • 135

Matisse, Henri -- Pierre de Ronsard

Estimate
45,000 - 50,000 EUR
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Description

  • Matisse, Henri -- Pierre de Ronsard
  • Florilège des Amours. Paris, Skira, 1948.
In-folio (380 x 275 mm). Tirage limité à 320 exemplaires sur vélin teinté pur chiffon à la forme des Papeteries d'Arches, signés par l'artiste et l'éditeur.
illustration :128 lithographies originales d'Henri Matisse dont 2 sur la couverture, une en frontispice, 27 hors texte dont une sur double page, 98 dans le texte dont une sur double page, toutes tirées en sanguine à l'exception de la vignette de la page de titre, tirée en noir.

un des 20 exemplaires de tête, n° 10, auxquel il est joint 12 lithographies originales dites "pierres refusées" sur Japon impérial, tirées chacune à 20 exemplaires monogrammés par Henri Matisse et ici non numérotées et 8 lithographies originales sur Japon impérial, tirées chacune à 50 exemplaires, monogrammées par l'artiste et ici non numérotées. Les épreuves de cette suite constituent des variantes de l'illustration du poème "Marie, qui voudroit votre nom retourner".  
reliure signée paul bonet. Maroquin cyclamen, décor irradiant de filets dorés couvrant toute la surface des plats et du dos, dans deux cercles intermédiaires s'inscrivent en lettres dorées le nom de l'artiste dans l'un, le titre dans l'autre. Gardes de daim pourpre. Couverture et dos. Couverture en peau de vélin illustrée par l'artiste. Chemise et étui.
Dos de l'étui passé.

Literature

Claude Duthuit, Henri Matisse, catalogue raisonné des ouvrages illustrés, n° 25 - Lydia Delectorskaya, Henri Matisse, Contre vents et marées. Peintures et livres illustrés de 1939 à 1943. Paris, Irus et Vincent Hansma, 1996, pp. 239 et suiv. - Louis Aragon, Matisse-en-France, en préface de Thèmes et Variations, 1943, pp. 21-22. - Louis Aragon, Henri Matisse, Roman, 1998, pp. 611 et suiv. - Paul Bonet, Carnets, 1538.

Condition

Dos de l'étui passé.
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Catalogue Note

Dès novembre 1941, Matisse écrivait à Albert Skira : "Je crois qu'il y aurait grand intérêt à traiter cette affaire le plus tôt possible, car je suis chauffé et j'ai le désir de faire un beau livre. Ensuite j'ai les éléments pour cela en ce moment et tout à fait provisoirement, et je suis dans le dessin [...]".
Il se passionne pour le texte et écrit le 19 du même mois à son ami André Rouveyre : "[…] Ronsard est toujours près de moi, il chante sa chanson sur tous les tons et il faut que j’en fasse quelque chose. je crois que j’en ferai simplement du Matisse […]". Pour la préparation de l’ouvrage, il entend être le plus libre possible dans la réalisation : "[…] Je préfèrerais illustrer 50 sonnets, de façon à pouvoir justifier le titre que tu indiques ‘Florilège des A. de R.’ par H.M. […], et alors la liberté absolue de mon choix suffit pour qu’à la lecture apparaisse une image suffisante, dans mon esprit, pour créer une litho. […] Mais, mon cher Rouveyre, si je me laisse aller, l’ouvrage ne va-t-il pas devenir spécialement 'galant'. Homère retouché par Armand Sylvestre. A mon âge ! Dans ma condition, que va-t-on penser de moi ! […] Et pourquoi ? Ne peut-on garder jusqu’au dernier jour une imagination jeune et ardente ? […] Pourquoi, puisque ma sensation de fraîcheur, de beauté, de jeunesse est restée la même qu’il y a 30 ans devant les fleurs, un beau ciel, un arbre élégant, devrait-elle se modifier devant un jeune fille ?... Parce que je ne peux plus y mettre la main ! Ce qui fait l’heureux temps de la vieillesse, c’est qu’elle est plus sensible aux parfums. […] Skira va venir lundi. Je voudrais lui indiquer une composition du livre de ma façon, pour ne pas qu’il m’oblige !!! à accepter la sienne. […] J’ai pris l’habitude de tout simplifier en me disant : j’ai 73 ans ! Qu’on me foute la paix. (j’exagère, je n’ai que 72 ans le 31 décembre prochain […] Ainsi, je ne voudrais composer les dessins qu’après la typographie, devant le blanc laissé par l’imprimerie, ou choisi, à l’avance, par moi. Mais je suis pressé de commencer ayant les modèles sous la main, autour desquelles naissent mes rêves en association avec la lecture des poèmes […]".

Malgré l’enthousiasme, l'élaboration de ce livre dure sept ans, entrecoupée de longues interruptions dues à la guerre et aux difficultés techniques qui en découlent. Au cours des années, Matisse remania la maquette à plusieurs reprises, il amplifia le volume, refit certaines illustrations, en ajouta quelques-unes, et les "20-30" gravures originales qu'il prévoyait au début, se chiffrèrent en définitive à 128.

Louis Aragon, à propos de l'ouvrage, de Matisse et de ce que Ronsard lui inspire, écrivit : "Pour l'heure qu'il est, Henri Matisse fait des dessins pour Ronsard. Cela m'a choqué au premier instant. On est bête. Je disais à Matisse (avant qu'il eût songé à me parler contre la Renaissance en peinture) : 'Qu'avez-vous à faire avec toute cette Renaissance ? le goût de l'antique...' Il n'a rien répondu. Il m'a dit : 'Vous croyez ?" Il m'a montré les premiers dessins. Une femme. Une autre femme. Ou la même. Et puis des visages faits d'un trait, des macarons, pour ouvrir chaque poème. Pas plus d'importance qu'une lettrine inventée, ces visages, ce visage toujours le même, terriblement graphique, un ornement... quel mot traître, pour ce qu'il y a de plus nu, de moins orné au monde ! Son chemin vers Ronsard, Matisse l'a trouvé seul. Les amours. Hélène. Peut-être lirait-on Ronsard autrement, après Matisse, comme cette soie aux baumes de temps..."