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vase en cristal de roche par les frères Miseroni, Milan, seconde moitié du XVIe siècle, la monture en vermeil, France, XVIIe siècle
Description
- vase en cristal de roche par les frères Miseroni, Milan, seconde moitié du XVIe siècle, la monture en vermeil, France, XVIIe siècle
- Haut. 25 cm ; 9 3/4 in
of elongated form, engraved with scrolls, fruiting foliage and pea pods, gadrooned lower section fitted to body with silver-gilt dog-tooth rim, scrolling acanthus handles and open-work foot, engraved French Royal inventory number 175 on foot and rim
Condition
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Catalogue Note
Le numéro 175 gravé sur le vase fait référence à l'Inventaire des Diamans de la Couronne de 1791 effectué par le Gouvernement révolutionnaire, reprenant la nouvelle numérotation instaurée par l'inventaire de 1784 malheureusement perdu, avec une description des plus précises et scientifiques :
"175. une caraffe de cristal de roche, gravée de feuillages, de fruits, de godrons; ce vase est monté en argent doré ; ses anses sont aussi d'argent doré.
La hauteur de ce vase est de 9 pouces, son grand diamètre de trois pouces, et son petit d'un pouce, estimé trois mille livres, ci........................3000 [livres]"
François Ier fut le premier à constituer une collection royale de gemmes, encore intime, le roi estimant cette activité comme « un divertissement noble et prive ». Ce fut Louis XIV qui lui donna toute sa splendeur, conformément aux exigences du Roi Soleil. Les gemmes étaient en partie visibles au public, présentées dans le Petit Appartement et le Cabinet des médailles, ce qui entraîna malheureusement pertes et dommages. En 1673, un inventaire fut alors entrepris, mais sans numéro ou signe distinctif sur les objets eux-mêmes. Le numéro 39 semble correspondre au vase offert dans cette vente :
"un vaze long en forme de fuseau gravé sur le corps de feuillages et rouleaux, taillé de godrons par le bas, garny d'argent vermeil doré, avec ses anses et son couvercle aussy vermeil doré, haut de 10 pouces. Nota : que le couvercle est perdu »
10 pouces étaient l'équivalent de 27 pouces, soit 2 cm de plus que sa dimension actuelle compte tenu du couvercle manquant, précisé par le Nota malheureusement non daté. Les objets de cet inventaire jusqu'au numéro 159 environ indiquent une acquisition durant les premières années du règne personnel de Louis XIV, avant 1671. Le noyau de cette collection a en effet été constitué grâce à l'acquisition en 1661 à la mort du Cardinal Mazarin d'une grande partie de sa collection de gemmes. Aucune mention cependant du vase offert ne fut trouvée dans cet inventaire.
En 1796, ce vase fut vendu par le Directoire qui, pressé par l'argent, préféra laisser quelques-uns de ses créanciers choisir parmi les anciennes collections royales. Jacques de Chapeaurouge (1744-1805), marchand genevois installé à Hambourg, ou le Citoyen Chapeaurouge, reçut livraison le 7 vendémiaire de l'an 5 de la République (28 septembre 1796) de 200 objets du Garde Meuble pour une somme totale de 99.180 francs, comprenant 145 objets en cristal de roche dont le 175 décrit ainsi : Une carafe gravée de feuillages, montée en argent doré, ses anses aussi dorées estimé 400 [Francs].
L'estimation de 400 francs semble tout a fait choquante par rapport à celle de 1791, 3000 livres, ce qui plaçait cet objet parmi les plus estimables de l'inventaire. Pierre Verlet lui-meme reste perplexe et ne peut trouver de raison a une telle dépréciation, remarquée sur d'autres objets de la collection, telles une coupe et une aiguière qui perdent 30 fois leur valeur. Collectionneur éclairé ou marchant avisé, Chapeaurouge sut saisir cette magnifique opportunité / effectua là la meilleure affaire de sa vie.
Un nombre de pièces acquis par Jacques de Chapeaurouge sont désormais dans des collections publiques, tel le Louvre, la Wallace collection et le Victoria & Albert Museum, ou bien privées : un pot à bouquet en cristal de roche, au numéro d'inventaire 188 fut acquis par le couturier Yves Saint Laurent (1936-2008) auprès de la Galerie Kugel et offert lors de la vente de sa collection, Christie's, 23-25 février 2009, lot 148.
Le cristal de roche a toujours été des plus recherchés depuis les XVIe et les XVIIe siècles ; un grand vase en cristal de roche du XVIe siècle, conservé au Kunsthistorisches museum de Vienne, aurait été estimé par ses contemporains à plusieurs fois la valeur d'une peinture de Titien. C'est au milieu du XVIe siècle qu'apparait à Milan les décors gravés sur cristal de roche, effectués par plusieurs ateliers mais dominés de manière évidente par les familles Sarachi et Miseroni. Gasparo Miseroni (vers 1518-1573) et son frère Girolamo (vers 1522-1600) travaillaient à la fois comme orfèvres et lapidaires, dont les créations étaient recherchées par les cours d'Italie et d'Europe. Ils furent ensuite épaulés par les neuf fils de Girolamo, dont Giovanni Ambrogio (vers 1551-1616) qui gravait « des divines figures », Giulia (vers 1559-1594) qui travailla en Espagne à la demande de Philippe II, et Ottavio (vers 1569- Prague,1624), anobli par l'empereur germanique et roi de Prague Rodolphe II.
Les objets en pierres dures étaient souvent remaniés, surtout à partir du XVe siècle quand les objets ne furent plus entièrement taillés dans un seul bloc, mais formés de plusieurs morceaux assemblés grâce à une monture en orfèvrerie. Il semble que le vase offert ait perdu ses anses en pierre et donc monté d'anses en vermeil, contemporaines de la pièce. Une coupe en brèche jaspée provenant des anciennes collections du Grand Dauphin, fils de Louis XIV, maintenant conservée au Louvre, présente les mêmes anses et montures ajourées et est datée du XVIIe siècle.
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The French Royal inventory number 175 with which the vase is engraved, refers to the Inventaire des diamans de la Couronne of 1791, based on a 1784 inventory now lost. The former was made by the Revolutionary government and describes 175 as follows :
"175. une caraffe de cristal de roche, gravée de feuillages, de fruits, de godrons; ce vase est monté en argent doré ; ses anses sont aussi d'argent doré.
La hauteur de ce vase est de 9 pouces, son grand diamètre de trois pouces, et son petit d'un pouce, estimé trois mille livres, ci........................3000 [livres]"
Although Francis I among French kings first made a collection of jewels according to his personal taste, an activity which he considered `un divertissement noble et prive' it was Louis XIV who gave the royal rock crystal collection its magnificent scale. He wanted it to be seen, to reflect his own magnificence and made it relatively public at Versailles, exhibiting it in the Petit apartment and the Cabinet de Médailles. However this `public' access resulted in losses as well as breakages and an inventory was made in 1673. At this time a numbering system was used but this number was attached to the description, not engraved as in 1784 on the object itself. Number 39 in the inventory of 1673 describes what is most probably the vase now offered for sale:
"un vaze long en forme de fuseau gravé sur le corps de feuillages et rouleaux, taillé de godrons par le bas, garny d'argent vermeil doré, avec ses anses et son couvercle aussy vermeil doré, haut de 10 pouces. Nota : que le couvercle est perdu »
10 pouces is the equivalent of 27cm or 2cm more than the current height of the vase. However the vase would have been slightly larger when it was measured with its cover, which as the undated Nota explains is now lost. It is thought that numbers up to around number 159 indicate an acquisition date during the earliest part of the King's reign. Louis XIV acquired the core of his rock crystal collection from Cardinal Mazarin after the latter's death in 1661, but it has not been possible to find the vase now offered in this inventory.
In 1796, the rock crystal vase was sold by the Directory. A severe financial crisis meant there was no money to pay their debts, so they allowed their creditors to take objects instead. One of these creditors was a Genevois merchant living in Hamburg called Jacques de Chapeaurouge (1744-1805).
Citoyen Chapeaurouge as he is decribed in the official document of Le sept du mois de Vendemiaire l'an 5 de la Republique une et indivisible took an astonishing 200 items from the Garde-Meuble for a total amount of 99.180 francs, including 145 items of rock crystal. Included was no. 175 removed from the Salle des Bijoux in the Garde Meuble, to which Louis XIV's collection of over 1000 items had been taken in 1738. Here it is described as Une carafe gravée de feuillages, montée en argent doré, ses anses aussi doré estimé 400 (Francs). The value here is interesting. In the 1791 record the vase is valued at 3000 livres, considerably more than the average value of items in the royal collection at the time. Here in 1796 it is 400 Francs which is an average or below average value. Pierre Verlet notes this discrepancy which in certain instances reached grotesque proportions. He mentions a cup and an ewer valued in 1791 at 15,000 and 40,000 livres respectively being valued without logic in 1796 at 500 and 300 Francs. Verlet gives no explanation for this except to say that when added to the fact that the sale occurred at a time of rampant inflation, the deal with Chapeaurouge was a disaster for the French Treasury.
A number of pieces which Jacques de Chapeaurouge acquired have found their way into public and private collections, including a return to the Louvre, the Wallace collection and the Victoria and Albert museum. A rock crystal `pot a bouquet' no 188 from the 1791 inventory was acquired by the fashion designer Yves St Laurent (1936-2008) from Galerie Kugel and sold Christies, 23-25 February 2009, lot 498
Rock crystal was highly valued in the 16th and 17th century. A large 16th century rock crystal jug, in the Vienna Kunsthistorisches museum is reputed to have been valued contemporaneously at many times the value of a painting by Titian. Engraving of rock crystal appears to have been started in Milan around the mid-16th century, where a number of workshops operated, but dominated by those of the Sarachi and Miseroni family. Gasparo Miseroni (circa 1518-1573) and his brother Girolamo (circa 1522-1600) were silversmiths and general hardstone carvers whose luxury products were exported to the elite courts of Europe. The family also comprised Giralamo's nine sons, including Giovanni Ambrogio (circa 1551-1616) who carved `divine figures' on crystal, Giulio (circa 1559-1594) who worked in Spain for Philip II and Ottavio (circa 1569-1624) raised to the nobility by Emperor Rudolph II.
Hard stone objects were often altered, especially from the 15th century when they were less likely to be cut from one piece, but formed out of several parts mounted together with gold or silver gilt. The vase offered here appears to have lost earlier handles sometime before 1673 when it was apparently described in its present form. It may have been acquired as an unmounted stone with the handles already missing necessitating the French silver-gilt mounts which appear contemporaneous with each other. A jasper cup on foot in the Louvre, from the collection Le Grand Dauphin (Louis XIV's son), has similar handles and an openwork foot mount, described as French, mid-17th century.
Associated Literature:
Daniel Alcouffe, Les gemmes de la Couronne, Paris, 2001
Stephane Castelluccio, Les collections royales d'objets d'art, de Francois Ier à la Révolution, Paris, 2002
Pierre Verlet, "Chapeaurouge et les collections royales françaises", Festschrift für Erich mEyer, Hamburg, 1959
Jean Guiffrey, Inventaire général du mobilier de la courone sous Louis XIV (1663-1715), Paris, 1854