Lot 356
  • 356

Rare petit coffret en fer damasquiné d'or et armorié, France, daté 1555

Estimate
30,000 - 40,000 EUR
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Description

  • Rare petit coffret en fer damasquiné d'or et armorié, France, daté 1555
  • Long. 9 cm ; 3 1/2 in
entièrement damasquiné de rinceaux, entrelacs et mauresques en or, la base et la serrure également damasquinées d'armoiries, le revers de la serrure gravé des lettres LLEV, probablement pour Louis Le Vallois, et de la date 1555, l'anse mobile

Condition

As usual some minor lacking in the damascened work, as can be seen on the different photos in the catalogue - Otherwise good condition. Exquisite piece of very good quality.
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Catalogue Note

Les armes sur le dessous du coffret et sur la serrure sont celles de Louis Le Vallois d'Escoville, seigneur de Fontaine, conseiller secrétaire du Roi, né le 18 septembre 1536 à Caen. Les armes mi-partie sont celles de la mère de Louis, Marie du Val. Son père, Nicolas, alchimiste à ses heures, est le fils d'un des plus riches marchands de Caen, annobli en 1522. Il se fit construire un magnifique hôtel à Caen, l'hötel d'Escoville, toujours visible, aujourd'hui siège de l'académie de Caen. Il mourra "suffoqué d'une huître qu'il avait avalée entière" en 1541. A sa mort, il légua tous ses livres "hermétiques" au prêtre Vicot, son serviteur et ami. Celui-ci laissa une appréciation assez inédite sur la médecine de son époque : "Ces ânes de médecins mettent dans leurs restaurants et confections des fragments d'or et de perles, ne jugeant pas qu'en tel état que l'homme prend l'or, il le rend au même état, en quoi ces pendards font bien voir qu'ils ont connaissance que dans l'or, il y a une grande vertu, mais jamais ne profitera rien tant qu'elle sera attachée à son corps, duquel elle ne pourra jamais être séparée par autre voie que celle de notre philosophie, et ces méchants, qui ne connaissent point cette science admirable, jettent des blasphèmes contre elle".
La disposition des armes sur les écus pourrait accréditer l'hypothèse qu'il s'agisse d'un cadeau fait par Marie à son fils Louis alors âgé de 19 ans et non encore marié.
Louis épousera le 14 février 1460 Catherine Bourdin, dame de Villette. De cette union naîtront deux filles puis deux fils. Le fils cadet, Benjamin Le Vallois de Villette, épousera Louise-Arthémise d'Aubigné, fille d'Agrippa d'Aubigné, fameux auteur des Mémoires. Leur fils Philippe deviendra le premier marquis de Villette.
Au milieu du XVIe siècle, les habitants de Caen avaient massivement rallié la Réforme ; la famille Le Vallois ayant une position dominante (Louis fut vicomte de Caen de 1558 à 1561), les alliances prestigieuses se multiplièrent. Ainsi, la mère du poète François de Malherbe était-elle née Loyse Le Vallois. Autre signe du destin, jusqu'en 1528, l'usufruit de la vicomté de Caen était l'apanage de l'illustre famille d'Este, ducs de Ferrare. Outre Caen, la vicomté comptait aussi Bayeux et Falaise. Cet apanage est issu de la dot de Renée de France, fille du Roi Louis XII, secrètement favorable aux idées de la Réforme, à l'occasion de son mariage en 1528 avec Hercule II d'Este, duc de Ferrare. Enfin, Anne d'Este, la fille d'Hercule et Renée, épousera François, duc de Guise, fervent adversaire des protestants. Tous ces liens entre l'Italie et la France d'une part et entre cet apanage et la famille royale de France pourraient expliquer la commande de ce merveilleux coffret par cette famille.

Ce coffret d'une grande rareté présente un décor damasquiné dont peu d'exemples ont survécu. Le Metropolitan Museum de New York possède une masse d'armes en acier damasquiné d'or et argent faite pour le roi Henri II de France, signée Diego de Caias vers 1550. La hampe de la masse est gravée de nombreuses citations, tirées en particulier de l'Enéide, ainsi que de la devise du roi (DONEC TOTUM IMPLEAT ORBEM). Cet artiste émérite, d'origine espagnole comme son nom l'indique, est actif en France à la demande du roi entre 1538 et 1550-1552. Certains historiens datent son séjour parisien entre 1538 et 1542, mais la masse signée de lui au Metropolitan confirme qu'il a également travaillé pour le roi Henri II monté sur le trône de France en 1547. Une autre masse faite également pour le roi Henri II mais non signée est au musée de l'Armée (Invalides) à Paris

Cet art du damasquinage, dont l'origine se situe probablement à l'époque mauresque de la péninsule espagnole, a connu son apogée en Italie et en France au milieu du XVIe siècle, en particulier à Milan et Paris. Une des premières mentions est relevée dans une lettre de Frédéric II de Gonzague, marquis de Mantoue où il indique rechercher un Espagnol, excellent damasquineur, (azamino), probablement le fameux Caias. Cependant, une rapière conservée au Kunst Historisches Museum de Vienne est signée d'un autre artisan, Damien de Nerven.
Dédié surtout aux armes et armures, cet art a aussi trouvé, de façon beaucoup plus épisodique, son application dans des pièces domestiques comme le coffret présenté ici. Néanmoins, le musée du Louvre possède un coffret, que l'on pense plutôt milanais ou florentin, aux armes de Côme de Médicis et d'Eléonore de Tolède, exécuté entre 1539 (date du mariage) et 1562 (date de la mort de la duchesse). De son côté, le Metropolitan Museum en a un aux armes Farnèse. Enfin le musée d'Ecouen au nord de Paris, musée de la Renaissance, possède un autre coffret que l'on pense italien, également damasquiné de paysages.
La proximité iconographique de ces trois coffrets peut naturellement s'expliquer par la mobilité des artisans. Par exemple, Diego de Caias, arrive d'Espagne à Paris vers 1538, à la demande du roi François I avec ses modèles et ses canons puis part s'installer à la cour d'Angleterre, permettant par là-même l'influence de son art dans ces cours européennes.
Il est intéressant de noter que les familles royales elles-mêmes commandaient des coffrets en acier damasquiné ; cela prouve combien cet art raffiné était prisé en haut-lieu.

Toutefois, cet art est par essence espagnol et a connu un fort renouveau à la fin du XIXe siècle au pays basque espagnol. Placido Zuloaga (1834-1910), dont la famille est installée depuis plus de trois siècles dans la ville d'Eibar, y créa de somptueuses pièces en acier damasquiné. Il expose certaines pièces à l'Exposition Universelle de Paris en 1855 alors qu'il n'a pas encore 21 ans. Parmi les collectionneurs les plus entousiastes de cet artiste figure l'esthète réputé Alfred Morrison. Pour un coffret par cet artiste, voir Sotheby's Paris, 10 avril 2008, n° 38

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The armorials on the base of the casket and on the lock plate are those Louis Le Vallois d'Escoville, seigneur de Fontaine. The divided armorials are those of his mother Marie du Val. Louis was born at Caen, on 18 September 1536, becoming in due course Vicompte of Caen, an administrative position (see below) and secretary to the king of France.  His father Nicolas, an alchemist by profession, born into one of the richest merchant families and ennobled in 1522, built L'hôtel d'Escoville, which still exists and is now site of the l'académie de Caen. Nicolas d'Escoville died in 1541, suffocated by an oyster he had swallowed. He bequeathed his library of Hermetic literature to a servant and friend, a priest, father Vicot. The latter was author of a rambling treaty on contemporary medicine.
`These quacks fill their potions and restoratives with gold and pearls, imagining in their criminal ignorance that the virtues of gold, which they have heard about, will miraculously lend itself to their patients, without the agency of our noble science, at which instead they hurl insults'
The armorials on the casket, suggest that it was a gift from mother to son, perhaps on the latter's 19th birthday, as the probable date on the clasp of 1555 would suggest.  Louis Le Vallois d'Escoville married Catherine Bourdin, dame de Villette, on 14 February 1560 and from this union came two daughters then two sons. The younger of the boys, Benjamin Le Vallois de Villette, married Louise-Arthémise d'Aubigné, daughter of Agrippa d'Aubigné, famous for her memoirs. Their son Philippe became the first marquis de Villette.
Very few damascened caskets from this period have survived. In the Metropolitan Museum, New York there is a mace in gold damascened steel, made for King Henri II of France around 1550 and signed Diego de Caias. The mace's shaft is engraved with a number of inscriptions, taken particularly from the Aenead, as well as the kings own motto ((DONEC TOTUM IMPLEAT ORBEM). Although some historians date the period of this renowned Spanish artist's stay in France to between 1538-1542, it is generally believed to have lasted  longer until 1550 or 1552, a dating supported by the Metropolitan Museum mace which could not have been made before Henri II ascended the throne in 1547. Another damascened mace, made equally for Henri II, but not signed is in the musée de l'Armée (Invalides) Paris
The art of damascening, which is believed to originate from the Iberian peninsula during the Moresque period, reached its zenith in Italy and France, particularly Milan and Paris, towards the middle of the 16th century.  One of the earliest references is in a letter of Frederick Gonzaga II of Mantua, who speaks of an excellent Spanish damascener (azamino), perhaps referring to the Diego de Caias already mentioned. Of course others skilled in the medium existed, such as Damien de Nerven whose signature exists on a sword in the Kunsthistorisches museum Vienna.  The art of damascening, principally served the decoration of weapons and armour, although occasionally it can be found on domestic items such as the casket now offered for sale. Another such casket is in the Louvre, thought to be Florentine or Milanese, with the arms of Como de Medici and Eleanore of Toledo, made between 1539, date of their marriage and 1562 when duchess Eleanore died; another casket with the arms of Farnese, exists in the Metropolitan Museum New York. The similarity of these three caskets while geographically separate, can be explained by the movement of the artists themselves who travelled from court to court. For example Diego de Caias, who arrived in France around 1538, worked in both France and England.
The population of Caen in the mid-16th century was largely protestant, and Louis le Vallois and the Le Vallois family were leading members of this interconnected community at the very moment when the tensions between Catholic and Protestant began to build towards the climax of 1572. The father of the poet Malherbes, Francois, was married to a Loyse Le Vallois, and he was also godfather to a daughter of Robert de la Beullière. The latter is recorded during the time of Louis le Vallois's Caen Viscomptship (1558-1561) in another role within the administration, revenue gathering as receveur du domaine. As a result of these governmental roles, Louis le Vallois and his protestant administration would have come into contact with the highest levels of French and Italian society
Since 1528 the Este, dukes of Ferrara had enjoyed the usufruct of the Vicompté of Caen. Bayeux and Falaise. It had been a marriage gift to the protestant Renée of France, when she was married to Ercole II, duke of Ferrara. At the time of Louis le Vallois's Viscomteship in Caen, there was also a French royal connection via the aggressively Catholic François duke of Guise (1519-63) husband to Anne d'Este, Renée's daughter

 

Associated literature:
Bulletin de la Societé de l'Histoire de Protestantism Français, Paris, 1862. pp 239/240

Pierre Carel, Histoire de la ville de Caen depuis Philippe Auguste jusqu'à Charles IX : nombreux documents inédits
(1886), p. 299

Stuart Carroll, Noble power during the French wars of religion, the guise affinity and the catholic cause in Normandy, Cambridge, 1998, pp. 48/49