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Livres et Manuscrits des XIX & XXe siècles (lots 99 à 171)

Céline, Louis-Ferdinand

Deux lettres autographes signées à Frédéric Empaytaz. Paris 27 oct[obre 1940] et 21 janvier [19]41.

Lot Closed

June 22, 01:45 PM GMT

Estimate

3,000 - 5,000 EUR

Lot Details

Description

Livres et Manuscrits des XIX & XXe siècles (lot 99 à 171)


CÉLINE, LOUIS-FERDINAND 

Deux lettres autographes signées à Frédéric Empaytaz.

Paris 27 oct[obre 1940] et 21 janvier [19]41.


LE Dr. DESTOUCHES SOLLICITE UNE PLACE DE MÉDECIN AU DISPENSAIRE DE BEZONS, ET S’INQUIÈTE DE LA SOUS-ALIMENTATION DONT SOUFFRENT CERTAINS ENFANTS.


4 et 5 pages in-4 (270 x 210 mm), avec cachets à l'encre à la date de réception ; la seconde lettre sur 3 feuillets à en-tête de la Mairie de Bezons. Signées "LF Destouches".


27 octobre [1940]. Après s’être entretenu avec le Dr. Bianchis, directeur des services de santé, Céline rend compte de cette visite à Empaytaz, président de la Délégation spéciale municipale de Bezons : "Il m’a semblé que la place serait en effet prochainement vacante, il m’a paru ensuite que M. Branqui [Bianchis] était en principe favorable à ma candidature. Je me tiens donc à votre disposition pour vous donner tous les détails et papiers nécessaires pour rendre cette candidature officielle".

Il joint un curriculum vitæ, indiquant sa filiation, la date d’obtention de son doctorat en médecine le 1er juin 1924, son enregistrement au greffe de Versailles trois ans plus tard, son statut de médaillé militaire, réformé pour blessure de guerre à 70 %.

On sait que le 29 octobre, Céline communiqua également son curriculum vitæ sous forme dactylographiée, en ajoutant : "Le poste de médecin du Dispensaire Municipal de Bezons (Seine-et-Oise) est actuellement occupé par un médecin étranger juif non naturalisé. En vertu des récents décrets ce médecin doit être licencié", et que quelques jours plus tard, il sollicita le soutien du docteur Cadvelle, Directeur de la Santé à Paris, pour obtenir ce poste "actuellement occupé par un nègre haïtien et sa femme. Ce nègre étranger doit normalement être renvoyé à Haïti ─ d’après les lois nouvelles en vigueur". Et le 9 novembre, il écrivit à nouveau à Empaytaz : "Je trouve qu’il y a un peu beaucoup de médecins juifs et maçons à Bezons par les temps actuels. Je trouve qu’il serait harmonieux qu’un indigène de Courbevoie ─ médaillé militaire et mutilé de guerre ─ y trouve sa place naturelle, enfin !".


Céline obtint sa nomination au dispensaire de Bezons le 1er décembre 1940, après la destitution du docteur Hogarth, médecin-chef titulaire du poste depuis la création du dispensaire en 1929. Frédéric Empaytaz poursuivit une carrière d’administrateur durant toute la guerre, de la mairie de Bezons à la préfecture du Lot en 1944, avant d’être suspendu et radié des cadres en avril 1945.


3 janvier 1941. Céline attire l’attention d'Empaytaz sur la situation des enfants dont les pères sont prisonniers en Allemagne et dont les mères ne subsistent souvent qu’avec la seule allocation militaire, n'ayant toujours pas les moyens d’acheter des bons d’alimentation. Après "enquête individuelle sévère", il préconise d’organiser pour ces enfants sous-alimentés "quatre repas par semaine, OBLIGATOIRES, composés richement de légumes, viandes, graisses, fromage, sucre, confiture. […] Il existe certes de grandes détresses denfants et d’adultes dans la catégorie ‘chômage’, mais lorsque le père est présent, (à moins d’alcoolisme habituel, incurable) le cas est tout de même moins désespéré. Les familles de chômeurs ont encore cent façons de pallier dans une certaine mesure aux insuffisances de l’allocation. Tandis que les femmes seules, sauf exception, sont absolument désarmées".

Ces repas, qui ne peuvent pas être remplacés seulement par du sirop, des vitamines ou de l’huile de foie de morue, permettraient, en plus du lait, de dépasser un cap de misère. Céline conclut sa lettre en rapportant les propos d’une femme de prisonnier, mère d’un enfant de 5 ans : "le jour où j’achète le charbon nous ne mangeons pas".


LITERATURE:

Lettres, Pléiade, p. 610 et 615.