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Bibliothèque R. et B. L. Autographes et Manuscrits XIXe et XXe Siècles

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Debussy, Claude
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À GEORGES HARTMANN, DATÉE LUNDI SOIR. 3 JUILLET [18]99.
4 pages in-12 (137 x 123 mm), sous chemise demi-maroquin rouge moderne.


Mais que deviennent ces pauvres petits Pelléas et Mélisande ?

À son éditeur, protecteur et ami, Georges Hartmann, Debussy évoque tour à tour ses travaux, le mariage de Pierre Louÿs avec Louise de Heredia, et sa nouvelle conquête. Criblé de dettes, harassé par les difficultés matérielles, il désespère de voir représenter Pelléas et Mélisande (qui ne le sera qu’en 1902).

Ces huit derniers jours, j’ai joué avec la fièvre la plus déterminée et, j’avais une conception très fantaisiste de la vie, où le désir de me flanquer par la fenêtre se disputait avec celui de me faire naturaliser Suisse ! Enfin j’ai été malade et cela vous explique mon retard à vous remercier d’avoir tenu votre promesse et de la vraie joie que m’a donné votre lettre malgré sa mélancolie pluviale ! Celui qui, du haut des cieux, dirige le service des eaux, s’obstine à vous les servir toutes les fois que vous mettez les pieds dans cette ville de Karlsbad […] Je n’ai pu assister au mariage de P. Louÿs, étant malade ; il paraît que ce fut très parisien et très esthétique ; P. L. avait une redingote à col de velours, un pantalon gris et une cravate mauve... il me semble que, comme esthétique on se rapproche davantage de Mr Lebargy [célèbre acteur de la Comédie-Française] que de Lucien de Samosate.

Suit une précieuse information, sur la célèbre Marche nuptiale, jamais retrouvée, que Debussy aurait composée pour la cérémonie : Maintenant, Noté [Jean Noté, baryton belge] n’a pas chanté de marche nuptiale pour la simple raison que celle-ci n’a pu être jouée par suite de malentendus avec l’organiste. Avez-vous la liste des ouvrages que M. A. Carré compte pour la saison prochaine : il y a Louise ; quelque chose de Pierné ; le Juif polonais, etc… Je sens très vivement l’intérêt que j’aurais à entendre ces œuvres, ironise-t-il. Mais que deviennent ces pauvres petits Pelléas et Mélisande ? — Faut-il que Mr A. Carré est [sic] peu de cœur pour ne pas les adopter tout de suite, ces deux enfants si gentils, vraiment leur avenir commence à m’inquiéter et bientôt je ne pourrai plus les nourrir... Vous, qui êtes aussi un peu leur père [Hartmann avait encouragé et même soutenu Debussy par des avances régulières], ne pensez-vous pas qu’il y aurait quelque chose à faire ? […] Je terminerai la Saulaie [jamais achevé], puis trois autres Nocturnes et les Nuits Blanches […] Quand je n’ai pas la fièvre, j’aime de tout mon siècle une jeune personne blonde = naturellement...= et qui a les plus beaux cheveux du monde et des yeux qui rendent poussives, les comparaisons les plus excessives... Enfin, Elle est à épouser !...

Il épousera en effet Lilly Tixier, le 19 octobre suivant.

Correspondance (1872-1918), éd. établie par F. Lesure et D. Herlin, Gallimard, 2005, p. 509-510.


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